19/10/2017

Virée à Venise

Quelques jours à Venise pour la Biennale. En octobre, c’est le meilleur moment, ni trop chaud, ni trop froid. Avec quelques brumes à la Turner et des couleurs encore éclatantes, comme cette installation qui nous accueille au bout de l’immense Corderie de l’Arsenal (que je n'ai pas pu photographier!).

 

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Bien sûr, je ne vais pas vous raconter la Biennale, ni même en faire un résumé. De longs chapitres n’y suffiraient pas. D’ailleurs, à vrai dire, ce sont les lieux plutôt que les œuvres qui m’ont touchée. Magnifiques Giardini, avec les pavillons nationaux datant d’une autre époque, comme l’étrange bâtiment circulaire, recouvert de vigne vierge rougissante, qui représente la Hongrie.

La Suisse propose une étonnante vidéo sur deux faces. Sur le premier côté, le fils (putatif) de Giacometti raconte, de sa résidence californienne, la rencontre de sa mère avec l’artiste suisse à Paris au début des années 1930, photos à l’appui. Sur le revers de la vidéo, l’histoire est reprise comme un sujet de fiction, une comédienne interprétant le rôle de la jeune femme, faisant le portrait de Giacometti et évoquant sa vie à Paris. Le narrateur est-il vraiment le fils du peintre grison, rien n’est prouvé. La question demeure, pour lui aussi.

D’autre part, dans son immense bâtiment longiligne, l’Arsenal offre à des dizaines d’artistes du monde entier la possibilité de montrer leurs créations. Sculptures, tapisseries, peintures, dessins, installations. Ce qui frappe surtout, c’est l’accumulation. Lorsqu’une idée est trouvée, elle est répétée à satiété. Et pas toujours originale. (Jusqu’au 26 novembre.)

Mais la Venise des arts, ce sont aussi d’autres propositions. J’en choisis trois : David Hockney à la Ca’ Pesaro, Jérôme Bosch à l’Accademia et Damien Hirst au Palazzo Grassi et à la Punta della Dogana.

Ca’ Pesaro, le musée d’art moderne, a invité le peintre anglais Hockney qui vient d’achever une série de 82 portraits de ses amis et connaissances, réalisés en quelques jours. Chacun est assis sur le même fauteuil (qui n’est pas celui que l’on exhibe dans l’exposition !). Toutes les toiles ont le même format. Les couleurs vibrent. Les poses reflètent autant que les visages chaque personnalité. Cette réunion des amis me ravit. (Jusqu’au 22 octobre, l’exposition ira ensuite à Bilbao, puis à Los Angeles.)

Venise a participé à un projet de recherche sur Jérôme Bosch et le résultat est présenté à l’Accademia. Des retables très endommagés ont retrouvé leur subtile splendeur : la martyre crucifiée, sainte Liberata, les quatre Visions de l’éternité qui vont de la chute des damnés à la montée au ciel par un extraordinaire tunnel de lumière, et le Retable des ermites, Antoine, Jérôme et Gilles qui ont choisi de vivre leur foi dans le désert. Grâce au minutieux travail de restauration, les détails toujours si étranges de l’art du peintre néerlandais sont remis en lumière. On pourrait passer des heures à scruter chaque détail, fruit d’une imagination hallucinée.

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Avec son gigantesque projet, -Treasures from the Wreck of the Unbelievable - Damien Hirst se situe dans la lignée de Bosch. Il donne une forme concrète à ses visions fabuleuses, en l’occurrence la découverte d’un navire naufragé, transportant d’innombrables objets et œuvres d’art, de la plus petite à la plus énorme sculpture. La plus grande statue, un monstre en bronze, de 18 mètres, nous accueille au palazzo Grassi, tandis que d’autres démons et déesses se retrouvent à la Punta della Dogana.

 

 

 

Cette fantasmagorie boursouflée, qui a occupé dix années de l’artiste, entouré de centaines de collaborateurs sur terre et dans l’eau, est une reconstitution imaginée, mais si bien maquillée, à l’aide de vidéos et de textes explicatifs, qu’on y croit presque. Toutefois, le navire naufragé s’appelle « Incroyable », comme un clin d’œil au visiteur. Ce n’est pas beau, mais c’est sidérant. Pour l’occasion, la Punta della Dogana a inauguré sa restauration, une réussite, que l’on doit à l’initiative de François Pinault. (Jusqu’au 3 décembre.)

Lorsqu’il y a Pinault, Arnault n’est jamais loin. On a l’impression qu’ils se courent après. La rivalité des deux « nault » milliardaires est spectaculaire. Donc on retrouve Bernard Arnault à Venise, dans une entreprise commerciale unique : un grand magasin hors taxe, le seul en Europe, qui fête son premier anniversaire.

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Le bâtiment, majestueux, est un ancien palais Renaissance situé à côté du pont du Rialto. Appelé Fondaco dei Tedeschi, il était à l’origine un entrepôt pour marchands allemands. Il a été remanié par l’architecte néerlandais Rem Koolhaas qui a créé une sorte de place entourée de galeries à arcades. Toutes les boutiques de luxe s’y sont installées, mais presque aucun prix n’est affiché, puisqu’il varie selon la tête du client – a-t-il droit au hors taxe ou non ? Une terrasse a été aménagée sur le toit avec une vue imprenable sur la cité. Je n’ai hélas pas pu le vérifier. La file d’attente m’a découragée.

Art et commerce, telles sont toujours les mamelles de Venise.

11:05 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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