06/11/2017

La langue au chat

Sauver la langue française. Ce n’est pas seulement lutter contre l’invasion des mots anglais ou américains. C’est aussi se battre pour l’intégrité de la langue, cette si belle langue, si riche de son histoire, de sa littérature, de ses nuances, pratiquée dans le monde entier.


Lorsque l’on lit certains textes sur quelque support que ce soit – courrier officiel ou réseaux sociaux – on a parfois l’impression que l’auteur a donné sa langue au chat. Au sens propre : le chat ne connaît pas les règles d’orthographe ou de grammaire. (D’ailleurs, on trouve aussi la patte du chat dans la musique : certains morceaux ont l’air d’avoir été composés par un chat courant sur un piano. Mais c’est une autre histoire.)

En Suisse romande, on commence à s’inquiéter. Notre chère Tribune de Genève et 24 Heures ont publié le 27 octobre un article de Benjamin Chaix évoquant la campagne de l’association Défense du français contre les anglicismes.

En France, la situation semble enfin préoccuper les médias. Coup sur coup, deux défenses ont été apportées : par un hebdomadaire et par une émission de télévision, non des moindres.

Dans son numéro du 26 octobre Le Point a titré en couverture : « Qui en veut à la langue française ? ». Ne perdant pas le sens de l’humour, le magazine entraîne Zep dans son sillage et lance un plaidoyer pertinent et percutant.

Dans la foulée, C à vous sur France 5, le 1er novembre, invitait Sylvain Szewczyk, un jeune homme de 25 ans, propre sur lui, aux yeux bleus, aux cheveux blonds décolorés, à la moustache bien taillée, qui lutte depuis trois ans sur son site internet « Bescherelletamère.fr » pour la survie de la langue française. Faut-il porter un nom polonais pour se faire entendre en français ? Le « justicier de l’orthographe » traque les erreurs les plus farfelues, méthode comique d’apprentissage. Le titre du livre qui vient de paraître chez Flammarion montre la voie : Je t’apprends le français, bordel !, « un livre pas chiant qui t’apprend des trucs avec les fautes des autres », a écrit un commentateur.

Créateur de vidéos dans une agence de communication, il a le sens de la formule et sait viser juste. Il n’est certes pas le premier à choisir cet angle d’attaque, mais son âge lui permet de se mettre du côté des jeunes et de bien saisir leur langage. Pas puriste pour un sou, pas pédant, mais rigoureux dans son approche. Il n’est certes pas le premier à cibler les fautes, de préférence amusantes. De nombreux livres ont récolté les perles d’élèves, de lycéens, de fonctionnaires et autres bêtisiers. Saluons cependant son combat personnel comme il se doit.

Signalons un autre combattant solitaire, le poète Alain Borer qui a exhalé son désespoir dans De quel amour blessée. Réflexions sur la langue française (Gallimard). Il déplore notre soumission à l’anglais et l’état piteux du français. Le Point, qui l’a rencontré, consacre vingt pages aux maladies de la langue. Novlangue, écriture inclusive, orthographe, sont les sujets annoncés. La novlangue, inspirée par Orwell, nous emmène sur un terrain dangereux, elle nous lave le cerveau et menace notre liberté.

Les fautes d’orthographe peuvent être simplement ridicules ou porter à conséquence. Si vous écrivez à quelqu’un que son ami « a été mangé », la signification n’est pas la même que « son ami a été manger ». Le contexte devrait évidemment aider à comprendre : si l’ami est au milieu de la jungle en Amazonie ou s’il est en pleine ville.

Certaines erreurs font sourire. Que penser de cette phrase : « L’homme fait sang blanc de découvrir le poteau rose » ?

La notion d’ « écriture inclusive » est nouvelle. On la doit aux féministes inventives. Pour placer homme et femme au même rang, on ajoute un « point milieu ». Exemple : agriculteur.rice, étudiant.e. Chez nous, on a plutôt l’habitude de mettre une barre oblique. Quoi qu’il en soit, c’est imprononçable et vilain. Pour paraître politiquement correct, il faut désormais toujours inclure masculin et féminin ; on alourdit ainsi la phrase : chacun et chacune, ou chacune et chacun sont omniprésents et les accumulations de ils/elles et de barres obliques insupportables.

Rien ne suscite plus la polémique que la féminisation des noms de métier. Pourquoi une pharmacienne serait-elle inférieure à un pharmacien ? L’Académie française se ridiculise dans son attitude intransigeante. Chez elle, les membres féminins ne sont pas académiciennes, mais académiciens.

Au premier rang des combattantes, on trouve forcément des auteures, des autrices et des écrivaines. Lorsqu’on rejette « écrivaine » parce qu’elle serait vaine, l’objection ne tient pas debout. Vain est aussi péjoratif au masculin. Le dernier Petit Robert a tranché : écrivaine n’y figure pas. Quant à autrice, si on cherche ce mot, on est renvoyé à auteur.

Heureusement journaliste est un mot épicène.

 

11:54 Publié dans Langue française | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Note très intéressante et pertinente. Félicitations !

"Le dernier Petit Robert a tranché : écrivaine n’y figure pas. Quant à autrice, si on cherche ce mot, on est renvoyé à auteur." : Et c'est tant mieux ! Ouf !

Écrit par : Kissa | 06/11/2017

Pour ne point faire de jaloux et préserver la paix des ménages, j'aime autant les femmes-grenouilles que les sages-hommes. Ils ont tous deux le mérite de pratiquer une profession risquée en histoires d'eaux...

Quant aux . en lieu et place de / pour distinguer les sujets mâles et femelles, je préférerais à vrai dire les () mais je risque probablement une plinthe pénale pour harsèlement de la part de cheffes épis-scènes si je m'y risque... car ces dames vétilleuses détestent être mises entre parenthèses comme de frivoles objets de désir.

Auf deutsch darf "man" nicht mehr "man sagt" sagen sondern "frau sagt"...

Heureusement que les navires sont toujours féminins en anglais et les plantes de même en latin.

Q'attendent les mâles pour défiler d'un pas martial sur le pas V et crier à leur tour à l'heinjustice au motif que les recrues sont assimilées à des femelles :-) ?

Écrit par : Jacques-Andre WIDMER | 06/11/2017

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