12/12/2017

Une mort chasse l'autre

« La mort elle-même ne peut rien contre moi ». La phrase écrite par Jean d’Ormesson sur la feuille qui devait mettre fin à son dernier texte, Un hosanna sans fin (à paraitre en janvier), a pris un goût amer puisqu’une autre mort a chassé la sienne.


Il arrive que deux personnalités décèdent au même moment. L’une tue l’autre en quelque sorte. La chose est arrivée à la violoniste Ginette Neveu dont la mort a été éclipsée par celle du boxeur Marcel Cerdan. Ils se trouvaient tous deux dans l’avion qui s’abattit dans les Açores le 28 octobre 1949. On ne parla que de lui.

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Avant de monter dans l'avion qui devait les rassembler dans la mort, la musicienne montre son violon au boxeur.

Jean Cocteau mourut le lendemain du décès d’Edit Piaf, le 11 novembre 1963. Aux funérailles, comme pour Johnny, les foules innombrables suivirent la chanteuse plutôt que l’écrivain. L’élite d’un côté, le peuple de l’autre.

La mort n’en fait qu’à sa tête.

Tous les journaux et revues ont mis Johnny sur leur première page. Comme j’en faisais la remarque à la buraliste, elle répondit : « C’est la vie ! ».

« La mort ? N’y pensons pas trop, car elle est trop prévue et la perspective manque d’intérêt », a écrit le poète Jean-Claude Pirotte, peu de temps avant son décès en 2014.

De toute façon, comme l’écrit Denis Grozdanovitch dans son Petit éloge du temps comme il va, « Il vaut toujours mieux vivre jusqu’au bout dans l’espérance ».

Il n’empêche que la mort est souvent dure pour ceux qui restent. Lorsqu’elle frappe les plus jeunes, surtout. A la disparition de sa fille, Victor Hugo s’écrie dans Les Contemplations : « Je cesse d’accuser, je cesse de maudire, / Mais laissez-moi pleurer ! ».

09:48 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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