24/12/2017

Noël épicène

Chères amies et chers amis lectrices et lecteurs. Comment noter cela en écriture inclusive ? Impossible, heureusement. Donc, en bref, chers tous !


Bizarrement, les révélations sur le harcèlement ont eu pour conséquence une remise en question de beaucoup de normes et ont relancé de manière plus visible la polémique sur la féminisation dans la langue française. On a ressorti par exemple une fameuse remarque du grammairien et académicien Nicolas Beauzée : « Le genre masculin est réputé plus noble que le féminin à cause de la supériorité du mâle sur la femelle », de sorte que le masculin l’emporte sur le féminin, supprimant la règle de proximité. C’est pourquoi on doit écrire « les hommes et les femmes sont beaux » et non belles.

Nicolas Beauzée s’exprimait en 1767, avant la Révolution française. Il a peut-être une excuse. En revanche lorsque l’académicien et historien Pierre Gaxotte s’écriait en 1980 : « Si on élisait une femme, on finirait par élire aussi un nègre », il n’en a pas. Contrairement à son but, sa remarque a été prémonitoire, puisque c’est l’année où Marguerite Yourcenar a été élue à l’Académie française, grâce, rappelons-le, à Jean d’Ormesson. Et en 1983, le Sénégalais Léopold Segar Senghor y faisait son entrée.

Mais, on a beau (belle ?) vouloir pistonner le féminin, on en arrive à des complications, des alourdissements dont la langue française ne sort pas enrichie. Lorsque l’on commence par le féminin, ces nouvelles formes préconisées, incluant le point ou le tiret médians, sont inutilisables. Car, avec le mode inclusif, on est obligé de commencer par le masculin, puisqu’il est plus court. Une preuve de plus que la langue française est misogyne à la base. Et que penser de la contraction de « ils et elles » en « iels » ? Serons-nous plus proches du ciel ?

Un linguiste, Pierre Encrevé, a trouvé un bon côté à l’écriture inclusive : «Le grand avantage de l’abréviation inclusive avec point, c’est qu’elle est irritante, dérangeante. On peut donc s’en servir comme poil à gratter (…) jusqu’à ce que l’égalité soit enfin appliquée » (Réforme, 14 décembre 2017). 

Certains mots sont euphoniquement laids au féminin. Le terme officiel pour une belle-fille est « bru », presque une abrutie. Pour un beau-fils, « gendre », plus près du gentleman. Celui-ci sonne vraiment mieux que celle-là. De même, la « tante » contient un sens péjoratif que « l’oncle » n’a pas. Pourquoi « efféminé » et « femmelette » sont-ils dépréciatifs ? Y a-t-il plus vilain et lourd que « Suissesse » ? Les citoyennes de Corse ne sont pas des « Corsesses » ni les sujettes du roi des Belges, des « Belgesses ».

Parfois, des mots offensifs ne se déclinent qu’au masculin. Un bourreau n’a pas de féminin, mais les victimes sont-elles toujours des femmes ? Vainqueur est masculin, comment appeler une femme qui gagne ? Mon ordinateur me propose : « variqueuse ». Cela me fait une belle jambe.

                                                   Misogynie                                                     

Un même mot, s’il est proposé au masculin ou au féminin, peut avoir des significations totalement différentes et péjoratives, comme le prouve cette liste (que j’emprunte à « La Feuille de trèfle », N° 108, Journal de Genève des gens en rade, publié par Carrefour-rue, sous la plume d’Olivier) :

Un gars, c'est un jeune homme; une garce, c'est ...

Un courtisan, c'est un proche du roi; une courtisane, c'est ...

Un masseur, c'est un kiné; une masseuse, c'est ...

Un coureur, c'est un athlète; une coureuse, c'est ...

Un professionnel, c'est un homme qualifié; une professionnelle, c'est ...

Un entraîneur, c'est un homme qui conseille les sportifs; une entraîneuse, c'est ...

Un homme à femmes, c'est un séducteur; une femme à hommes, c'est ...

Un homme public, c'est un homme connu; une femme publique, c'est ...

Un homme facile, c'est un homme agréable à vivre; une femme facile, c'est ...

Un homme qui fait le trottoir, c'est un paveur; une femme qui fait le trottoir, c'est ...

Un péripatéticien, c'est un disciple d'Aristote; une péripatéticienne, c'est ...

Merci Olivier, pour ce florilège.

                                                          Exceptions                                                    

De nombreux mots peuvent être masculins ou féminins avec des sens différents selon le genre. Dans ces cas, le féminin n’est pas toujours l’inférieur.

Par exemple :

Un aigle: un rapace; une aigle: la femelle, mais aussi une figure héraldique.

Un cartouche: une ornementation; une cartouche: une munition.

Un crêpe: une étoffe; une crêpe: une pâtisserie.

Un foudre: un tonneau, un foudre de guerre, un grand capitaine; la foudre: une décharge électrique.

 

Heureusement il existe des appellations épicènes: journaliste, artiste, humoriste, enfant, désignent également femme et homme.

On connaît aussi les trois mots qui sont masculins au singulier et féminins au pluriel : amour, délice et orgue. Lorsqu’ils atteignent leur comble, ils deviennent féminins. Cet état d’exaltation engendre un changement de sexe.  

Dans un ordre d’idées un peu similaire, on peut se demander pourquoi le soleil est masculin en français, italien, espagnol, et féminin en allemand. Etant viril, serait-il considéré comme agressif, ou au contraire, protecteur, dans le sud ?

Puisque cette chronique est écrite pour Noël, nous trouvons là aussi les deux genres : je vous souhaite un bon Noël et j’espère que vous fêterez joyeusement la Noël.

00:26 Publié dans Langue française | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |

Commentaires

"C’est pourquoi on doit écrire « les hommes et les femmes sont beaux » et non belles." - Je n'écrirai jamais cela car, dans ce cas, on m'a appris à écrire: "Les femmes et les hommes sont beaux".

Écrit par : Madelaine | 24/12/2017

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