05/05/2018

Epatant pastel

Deux expositions ont récemment mis en lumière l’art du pastel. L’une au Petit Palais à Paris est terminée mais l’autre, à la Fondation de l’Hermitage à Lausanne, reste ouverte jusqu’au 21 mai. Précipitez-vous pour réjouir vos yeux. De grands artistes ont sublimé ces couleurs à la fois franches et délicates. Je voudrais partager mon plaisir grâce à des illustrations.


 

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Commençons par quelques sélections de Paris qui, quoiqu’elles appartiennent au Petit Palais, ne seront plus visibles pendant des années, étant donné la fragilité de leurs surfaces poudreuses. Ce paysage, un vrai chef d’œuvre, est signé Berthe Morisot vers 1874. Sa sœur et ses deux enfants ajoutent des tons contrastés à la symphonie en vert du vaste parc de Maurecourt. Le noir sévère du chien et de la robe de la mère s’oppose aux touches claires des fillettes et des chapeaux.

Odilon Redon est l’un des maîtres dans l’emploi du pastel. Le velouté de ses bouquets est unique, comme dans ces Anémones, qui datent de 1912 environ.

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Le peintre français Lucien Lévy-Dhurmer (1865-1953) est moins connu certes, mais ses pastels, également influencés par le symbolisme, sont remarquables. Les tons rouille de ce portrait de Beethoven (vers 1906), qui formait un triptyque avec deux interprétations visuelles de la musique, semblent palpiter.

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A la même époque, l’artiste suisse Louis Breslau (1856-1927), qui fréquente les milieux artistiques parisiens, se met au pastel dans un style réaliste. Elle se fera connaître par ses illustrations de la Première Guerre mondiale. Son Retour du marché date de 1907. Elle en fit don au Petit Palais.

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Revenons en arrière, pour nous trouver à l’âge d’or du pastel, le 18e siècle. A ses débuts, du 16e au 18e siècle, le pastel servait surtout à des portraits. Ce n’est que dans la deuxième partie du 19e siècle que les sujets ont été plus variés.

L’élan a été donné par une Italienne, Rosalba Carriera (1675-1757), dont la venue triomphale à Paris en 1720 a lancé le pastel et influencé entre autres Maurice Quentin de la Tour (1704-1788), qui a connu une immense renommée grâce à ses portraits de personnalités mondaines. Mais après sa mort, quoiqu’il ait été surnommé le prince des pastellistes, sa cote a subi une chute telle que ses œuvres ne se vendaient plus ; le musée de Saint-Quentin a pu en recueillir une collection incomparable.

Pour nous Genevois, ce serait plutôt Jean-Etienne Liotard (1702-1789) que nous aimerions couronner. Car il a développé l’art du pastel dans d’autres champs que le portrait pur. Témoins Le jeu de loto (qui appartient au Musée d’art et d’histoire de Genève) et la Jardinière de pommes (collection privée), visibles à Lausanne.

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L’exposition de Lausanne présente une histoire de l’art du pastel, du commencement à aujourd’hui, alors que celle de Paris se penchait sur une période plus restreinte. L’idée de cette exposition provient d’un legs que reçut la Fondation de l’Hermitage il y a vingt ans, un pastel de Degas : Danseuses au repos. Pour l’entourer, on a rassemblé 150 pièces provenant de collections suisses publiques et privées.

Un petit film montre la fabrication des bâtonnets qui débuta dès le 16e siècle en Italie et en France. On mélange des pigments en poudre avec une charge blanche et un liant. Les teintes diffèrent en modulant leur dosage. Moyen terme entre dessin et peinture, le pastel ne nécessite pas de séchage, se travaille plus rapidement.

Dès le début, les peintres italiens emploient le pastel pour des portraits frappants par leur expressivité, dont Bassano, Barocci, Lorenzo Tiepolo et, bien sûr, Rosalba Carriera. Les Français prennent le relais. Après la Révolution française, le pastel a été vu comme un art frivole et il ne retrouve sa vitalité que dans la deuxième moitié du 19e siècle, en élargissant les sujets. Cependant, Elisabeth Vigée-Lebrun montre la voie dans ses paysages des Alpes en 1808.

L’Hermitage consacre une salle à chacun des grands pastellistes français, Sisley, Degas et Redon. Odilon Redon (1840-1916) est le peintre qui a le mieux exploité les spécificités du pastel, avec sa saturation des pigments. La Rêverie hiératique, 1900 (collection privée) incarne une réflexion de l’artiste : « Mes dessins inspirent et ne se définissent pas, ils ne déterminent rien. Ils nous placent, ainsi que la musique, dans le monde ambigu de l’indéterminé ».

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A la fin du 19e siècle, on peut aussi citer Paul César Helleu dont la Symphonie en blanc, 1895 (collection privée), qui offre le portrait d’une jeune femme assise nonchalamment sur un canapé, accueille le visiteur en haut de l’escalier.

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En Suisse, n’oublions pas les Giacometti – Augusto et Giovanni -, et Albert Welti. Les Belges ont aussi tâté du bâtonnet : Khnopff, Delville, Baes.

Ce qui est particulièrement intéressant dans l’exposition de Lausanne, c’est l’apport au pastel du 20e siècle et même d’aujourd’hui. De nombreux Américains ont apprivoisé cette forme de dessin – Sandback, Mangold, George Segal, Scully, John Chamberlain. En Angleterre, Tom Phillips (né en 1937), parmi ses nombreuses recherches artistiques, a aussi imprimé sa marque avec le pastel.

En France, je choisirai l’œuvre souvent labyrinthique de Sam Szafran (né en 1934) en présentant cet Escalier, 2000 (collection privée).

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Quant au clou de l’exposition de l’Hermitage, je vous en parlerai la prochaine fois.

 

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