28/06/2018

Mots à la mode

 

Après. Voilà. Clairement. En fait. On peut dire ça comme ça. On a changé la donne. Oui, tout à fait. Rien n’est anodin.

Vous avez sûrement entendu ces mots des centaines de fois. Ils servent à meubler une phrase qui trouve difficilement sa formulation. On ne saurait en vouloir – même si on s’agace - aux personnes interrogées à brûle-pourpoint et qui n’ont pas le temps de préparer une réponse. Mais que dire des professionnels de la parole ?

 


 

Ces tics de langage sont là pour rassurer. Comme l’expliquait Marc Rosset à propos des manies exaspérantes du joueur de tennis Nadal. Ces gestes automatiques calment le champion soumis à une pression énorme.

Dans le sport, on répète à satiété les poncifs. Commentant en direct, les journalistes recourent inlassablement aux mêmes considérations : la tension est palpable, l’équipe n’a plus droit à l’erreur, elle est en proie à ses vieux démons. Elle doit élever son niveau de jeu, rebondir et retrouver sa zone de confort. Elle a gagné dans la douleur. Rien que du bonheur. Elle caracole en tête.

Le pompon dans la mare des clichés bateau, c’est la fameuse cerise sur le gâteau.

En politique aussi, les expressions se répètent à l’envi. L’actualité est toujours brûlante. Tout n’est que manipulation, malgré les décryptages. Le harcèlement amène les femmes dans des circonstances clivantes. Gardons-nous des amalgames. Méfions-nous de notre ressenti face à un personnage sulfureux. La thématique et la problématique sont trompeuses, sans omettre les paradigmes illusoires.

Tout cela nous met dans une situation de précarité, proche de la dystopie, entraînant un dégagisme militant.

Et on ne parle pas maintenant de tous les anglicismes, de l’award au zoom en passant par le fact checking et le stress. (J'y ai déjà fait souvent allusion ici.)

Cyrano de Bergerac aurait réagi furieusement : « Ah ! non ! c’est un peu court, jeune homme ! / On pouvait dire… Oh ! Dieu !… bien des choses en somme… »

Concrètement, que voulez-vous dire ?

Du coup, pour faire court, je vous souhaite une très belle journée.

 

 

11:33 Publié dans Humeur, Langue française | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Comment ne pas être d'accord avec vous ? Que dire ensuite de toutes les énormités proférées par des journaliste qui finalement n'en ont que le nom ?
Exemples ? "Ceci dit"..., la "gageure" prononcée "eu", les geôles (prononcé "géoles" !) etc.

Écrit par : Michel Sommer | 29/06/2018

Après lecture attentive de votre dernière ponte, je suis définitivement "dévasté" par la pertinence de vos propos et l'impertinence de votre ton. Les "places de travail" des reporters sportifs "nominés" sont menacées au même rythme que les emplois. Et vous avez loupé un gros poisson dans votre chronique: le "coût de la santé" en lieu et place du coût de ...la médecine qui, à elle seule coûte bonbon. A part cela tout est nickel et suis "on tenterhooks" en attendant votre prochaine production.

Écrit par : Jacques-andré Widmer | 30/06/2018

Et vous oubliez la sempiternelle réponse : "c'est une bonne question". A peu près tout le monde l'emploie. Vous n'avez pas mentionné l'affreux "point d'orgue" qui ne fait que souligner l'inculture de celui qui le prononce...
Mais on est entré dans pire que cela : la plupart des gens qui causent dans le poste utilisent des expressions à contre-sens. Je n'ai pas d'exemple sous la main mais dès que cela arrive, je vous le transmets...

Écrit par : Géo | 30/06/2018

Tout à fait d'accord ! je voudrais y ajouter "le collectif" et le "vivre ensemble" expressions qui m'agacent particulièrement !!

Écrit par : Caron | 07/07/2018

Les commentaires sont fermés.