28/07/2018

Scènes de rue en hommage au "Matin"

Les rues de Genève offrent un spectacle permanent. En été particulièrement. Le plus vivant et rafraîchissant se voit aux alentours du pont de Sous-Terre.


 

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Les panneaux interdisant la plongée semblent au contraire l’encourager.

Allez vous poster sur une rive et vous assistez à des sauts et des plongeons de toutes sortes. Les jeunes gens, débarrassés de leurs maillots et de leurs chaussures, enjambent le parapet et quelques secondes plus tard on voit leur tête émerger des eaux superbement turquoise.

Comme je faisais remarquer à l’un d’eux le panneau d’interdiction, le nageur m’a répliqué que le dessin montrait un plongeur. Il n’était donc pas défendu de sauter. Ce qu’il fit immédiatement avec une magnifique culbute.

 

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Sauter d’un pont indique souvent un geste de mort. Ici, cela représente au contraire un signe de vie, de joie de vivre, de vitalité.

 

Le pont sert aussi à l’équilibrisme. Un câble a été tendu au-dessus de l’eau entre la rambarde du pont et le rivage côté sentier des Saules. Des fildeféristes s’y exercent avec plus ou moins de réussite. S’ils perdent le contrôle, ils évitent toutefois de tomber à l’eau en se raccrochant à la corde (dite slack line par les branchés). Là, les funambules ne cherchent pas à entrer dans l’eau mais à rester au-dessus.

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Dessus, dessous, pourquoi le pont de Sous-Terre ? Sans doute parce qu’il est dominé par les falaises de Saint Jean, celles qui abritent des bâtisses cossues dont les habitants n’apprécient guère l’animation qui se déroule sous leurs yeux et trouble leur quiétude. Dommage qu’on ne puisse s’entendre mutuellement.

                                                          Plainpalais

Non loin de la Jonction, la plaine de Plainpalais, notre Champ de Mars, si l’on peut se comparer à plus grand que soi, constitue aussi un vrai spectacle. Les adeptes de sports, dont les noms et les variations se multiplient, proposent de sinueuses, folles et artistiques évolutions.

Comme pour tenter d’y mettre un frein, l’effrayante sculpture du monstre de Frankenstein se dresse à proximité dans toute sa sinistre grandeur, sur les lieux mêmes où la créature de Mary Shelley avait perpétré son premier crime. Le surnommé Frankie a été conçu par Klat, un groupe de jeunes.

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D’autres statues, d’un abord plus serein, vous accueillent au rond-point de Plainpalais. Une passante, comme si elle cherchait de la présence humaine, est assise sur le banc qu’occupe depuis plusieurs années un notable genevois, sculpté par Gérald Ducimetière (dit John Aldus, né en 1940).

Alors que je demandais à la dame si je pouvais la photographier au côté de son compagnon muet, une habitante du quartier s’est approchée pour identifier le personnage : André L’Huillier (1937-1998), amateur d’art, initiateur du MAMCO et ami du sculpteur.

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Le collectionneur n’est pas seul de son espèce. De l’autre côté des voies du tram, une femme se tient debout, cherchant quelque chose dans son sac : Monique Barbier Mueller, mécène associée au musée qui porte son nom – toujours en vie d’ailleurs – a inspiré le sculpteur. Ducimetière a complété le trio par l’écrivain Michel Butor (1926-2016, qui a enseigné à l’université de Genève), une valise à ses pieds, en attente d’un hypothétique taxi.

Les trois bronzes sont le résultat d’un concours lancé par la ville de Genève en 1980 pour décorer la place. La proposition de Gérald Ducimetière avait été gagnante en même temps que celle de Maurice Ruche (né en 1920), deux colonnes de ciment, intitulée Iraklion.

Parmi les spectacles qui remplissent nos rues, il en est de surprenants et fugitifs. A l’arrêt du tram 12, rue de Carouge, deux jeunes Roms attendent. Soudain, l’une d’elles s’écroule. L’autre essaie de la ranimer en lui donnant des tapes sur le visage. A côté, une passante s’interpose et annonce qu’elle appelle du secours. Aussitôt, comme par miracle, une voiture de police s’approche le long des rails. Autre miracle, la jeune fille se redresse, empoigne les baskets posés à côté d’elle et, pieds nus, s’enfuit, filant comme une fusée au risque de se faire écraser par des voitures. Nous ne l’avons pas revue. Début d’un autre spectacle sans doute.

Et il y a autre chose que nous n’allons pas revoir, Le Matin, le journal papier, qui aurait mieux que moi raconté ces histoires.

 

 

12:09 Publié dans Air du temps, Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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