26/11/2018

Série noire

Black Friday. Black week. Shopping. Série noire. Sommet de la pandémie de surconsommation. Poussée de fièvre du mode de vie américain. Invasion trumpiste. Je broie du noir.


 

Ouverture de la saison des achats de Noël. Les prétendus généreux rabais proposés entraînent des ruées dans les grandes enseignes. Aux Etats-Unis, des bousculades monstres causent parfois des victimes, piétinées par la foule des chalands trop pressés.

La réplique du Fair Friday ne me rassure pas. On propose seulement au consommateur de consommer sans se sentir coupable, puisqu’il ajoute son obole charitable au prix d’achat.

Bizarre invention que ce Black Friday qui vient après le Thanksgiving.

Thanksgiving, « jour de merci donnant », comme le notait chaque année le chroniqueur facétieux du Herald Tribune, Art Buchwald, fête nationale américaine, célébrée le quatrième jeudi de novembre, qui remercie Dieu pour la bonne moisson. Elle prend sa source chez les Pères pèlerins de Plymouth célébrant leur première moisson après leur arrivée d’Angleterre en 1620.

Fête religieuse d’abord. Fête commerciale ensuite. Enchaînement devenu banal. Comme à Noël et à Pâques.

Commercialisation. Consommation. Consumérisme. Surconsommation, qui menace la planète entière.

Un appel

Un groupe de personnalités européennes lance un appel pour mettre l’humanité en garde contre les dangers des changements climatiques et proposer des changements dans nos modes de vie. C’est le « jeûne pour le climat » (www.jeunepourleclimat.net), à l’occasion de la COP24.

Parmi les premiers signataires, l’ancien ministre Nicolas Hulot, des écrivains, comme Emmanuel Carrère, des philosophes, comme Alexandre Jollien, des agriculteurs, comme Pierre Rabhi, des prêtres, des pasteurs, des rabbins, des musulmans, des bouddhistes, des médecins, des scientifiques, des artistes.

L’appel débute ainsi : « Jeûner, c’est prendre soin de soi, des autres et de notre environnement. Prendre soin de soi en offrant à son corps et à son esprit un temps différent. Prendre soin des autres en témoignant de notre capacité à nous limiter pour une meilleure répartition des ressources. Prendre soin de ce que certains appellent nature, d’autres création, en nous montrant capables de résister à l’avidité encouragée par nos sociétés de consommation.

« Jeûnons pour le climat, c’est répondre à l’alerte lancée par le Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat et interpeller les citoyens et les gouvernements à l’occasion de la COP24.

« Oui, nous avons entendu qu’il est à la fois urgent et possible d’agir pour limiter le réchauffement climatique en cours (…) Nous avons conscience que les conséquences du dérèglement climatique touchent et toucheront d’abord les populations les plus vulnérables. Chacun et tous devons nous mobiliser pour prévenir les injustices et les violences locales qui sont le résultat d’une irresponsabilité collective. (…)

« Jeûner pour le climat, c’est saisir l’occasion de réfléchir à notre manière d’habiter le monde et de décider de changements concrets dans nos modes de vie (choisir par exemple de manger, se déplacer, ou consommer autrement). (…)

« Jeûner pour le climat, c’est sortir de la fascination du désastre, témoigner de la capacité humaine au changement, à la solidarité avec sa propre espèce et l’ensemble du vivant et encourager les gouvernements à faire des enjeux climatiques le point giratoire de leur politique. »

L’appel s’achève en donnant rendez-vous les 30 novembre, 1er et 2 décembre, jour d’ouverture de la COP24 et « propose de jeûner seul ou en groupe, de nourriture ou d’autre chose (de sa voiture, de son smartphone). Et pourquoi ne pas rompre son jeûne par un repas joyeux qui célèbre nos engagements actuels et à venir ? »

Cette dernière phrase me laisse dubitative. Un gueuleton en rupture de jeûne ne va-t-il pas à l’encontre du principe même de solidarité avec les pauvres qu’implique le jeûne ? 

15:22 Publié dans Air du temps, Humeur | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Bonjour Anne,

Les rapports er expertises préconisant la décroissance économique, à tout le moins un contrôle et une stabilisation de son rythme, datent des années 70. La surface du monde et ses richesses exploitables étant limitées, pas nécessaire d’avoir suivi les cours des hautes écoles pour comprendre que les prélèvements abusifs des ressources vont amener leur tarissement à plus ou moins brève ou longue échéance.

Les belles âmes que vous citez (Hulot, Jollien, Rabhi, Carrère et al.), certes des personnalités respectables, en tous cas médiatiques, préconisent un jeûne symbolique. De quelle durée ? Il faudrait plutôt instaurer une diète obligatoire et drastique : à voir le gaspillage énergétique (dont je suis moi-même complice en utilisant mon pc), on n’en prend pas le chemin. Le symbole risque bien de paraître dérisoire, une réaction des nantis (que nous sommes) aux yeux des gueux et des misérables qui font un jeûne, involontaire eux, toute l’année, et qui ne rêvent – on les comprend- que de goûter aux fruits maudits de la consommation qu’ils découvrent grâce au réseau. Souvent sans accès à l’eau potable, mais équipés d’une antenne parabolique. On a crû et on s’est trop multipliés, suivant la bonne parole. Et l’on est trop nombreux. On est mal barrés.Pour paraphraser l'intitulé de votre billet :

Noir c'est noir, il n'y a plus (guère) d'espoir (air connu).

Écrit par : Gislebert | 26/11/2018

Il est absolument ridicule de parler de Monsieur le Président Trump dans votre billet, comme s'il était le créateur du "Black Friday." Croyez-vous peut-être que ça n'existait pas avant lui? Bien sûr que non, c'est de la mauvaise foi de votre part, cette même mauvaise foi que l'on voit tous les jours dans les médias, car ils sont pour la plupart détenus par ceux qui poussent à cette surconsommation, mais que vous ne dénoncez pas, et qui en veulent à Trump justement parce qu'il est protectionniste et eux mondialistes. En conclusion vous êtes à côté de la plaque:

http://osonscauser.com/medias-pourquoi-10-milliardaires-controlent-ils-notre-information/

et

https://www.bastamag.net/Le-pouvoir-d-influence-delirant-des-dix-milliardaires-qui-possedent-la-presse

Écrit par : Arthur V. | 26/11/2018

Pour mieux comprendre le sujet dont vous traitez, vous devriez écouter ça en entier. C'est édifiant:

https://www.youtube.com/watch?v=FyX4F7y2RFM

Écrit par : Marianne | 26/11/2018

En complément de l'excellente video de Marianne, je vous conseille aussi celle-ci qui explique comment le système a fait de nous des consommateurs compulsifs:

https://www.youtube.com/watch?v=VKZJmt09OFY

Écrit par : Marie B. | 27/11/2018

Pourquoi le Black Friday est mauvais pour la planète et comment l'éviter Echo Républicain, Nogent-le-Rotrou, le 22/11/2018 à 08h02
Le "Black Friday", de ce vendredi, rend les écolos verts de rage. Et pour cause selon une enquête de Greenpeace, 30% des articles achetés sur le net et renvoyés par les clients, finissent... à la poubelle.
C'est vrai que si l'on traduit en français, ça donne "vendredi noir" et là, tout de suite, ça sonne comme le plus grand krach boursier de l'Histoire qui avait eu lieu, lui, un jeudi... Bref, même si on a moins de 90 ans, ça peut faire peur.
Mais ce qui inquiète le plus les écologistes de Greenpeace, c'est l'impact sur l'environnement de ces centaines de millions d'achats impulsifs générés par ces supposées "super promotions" comme l'explique Challenges.
Plus particulièrement dans le collimateur de l'ONG cette année : les achats sur internet. Parce qu'un de leurs sondages en Allemagne révèle plusieurs choses.
Beaucoup de retours
Chez les Allemands de moins de 30 ans, 1/4 des colis commandés sont retournés à l'expéditeur. Bilan carbone déplorable.
Des destructions de matériels neufs
Pour le commerçant – l'exemple pris est celui d'Amazon – la vérification et le reconditionnement des produits ayant un coût, il est plus rentable de procéder purement et simplement à sa destruction.
Ainsi 30% des articles traités partent à la poubelle. Des employés de la firme aux Etats-Unis témoignent avoir détruit des machines à laver, des téléviseurs, des téléphones, des matelas... entièrement neufs.
Des coursiers
Certaines plateformes, comme Zalando, encouragent leurs clients à faire "cabine d'essayage à la maison" et donc à commander leurs articles en toutes les tailles ou tous modèles.
Et ils mettent à disposition des clients, rien moins qu'un service de coursiers pour récupérer les articles non retenus. Super sympa pour l'acheteur mais pas vraiment top pour la planète.
Cinq choses à savoir sur Too good to go, l'application qui lutte contre le gaspillage alimentaire
Se poser cinq questions
Pensez à la méthode BISOU ! Avant de céder à la tentation, l'association Green Friday invite à réfléchir avec cette méthode qui consiste à se poser cinq questions essentielles pour éviter tous nos achats compulsifs : Ai-je vraiment Besoin de cet objet ? En ai-je besoin Immédiatement ? Ai-je un objet Semblable chez moi ? Quelle est l’Origine du produit ? Ce produit est-il vraiment Utile ?
Agir plutôt qu'acheter
En opposition à ces pratiques consuméristes, l'association de défense de l'environnement lance le "Make something week", autrement dit la "Semaine de l'action", pendant laquelle, du 23 novembre au 2 décembre, elle encourage les citoyens "à ne rien acheter et à agir à la place". Pas moins de 260 manifestations sont prévues dans 34 pays : ateliers de création de cadeaux de Noël ; bourses d'échanges de vêtements ; cours pour cuisiner sans déchets ; etc.
Parmi les mots d'ordre : "n'achetez rien et créez quelque chose" cela "aidera la planète à faire une pause". PARIS ECONOMIE COMMERCE - ARTISANAT FRANCE

Écrit par : Cresson | 27/11/2018

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