10/12/2018

La belle Escalade

Batoillons un peu à propos de l’Escalade. En parlant genevois.

Le duc de Savoie, un véritable agnoti, s’est bien encoublé en voulant envahir Genève pour chasser les mômiers calvinistes et rétablir les papistes. On lui a infligé une sacrée torniole et ce fut une vraie cacade. Ses soldats ont dérupité le long des remparts, faisant la cupesse. Ils ont voulu nous bourreauder. Mais tout a pécloté.  


Une quinquerne leur a envoyé un toupin sur le bobéchon. Sans pétouiller, un zicot vigousse et pas trouillon a déguillé une herse pour leur barrer la route. Il a réussi par les poils.

Ils étaient si taborniaux et niolus, les Mammelous, que, comme que comme, prenant tare pour barre, ils n’auraient pas trouvé de l’eau au lac. Pas même la moindre gouille.

Toute ce chenil, les roille-gosses vous l’apprennent à l’école. Si, brelaires, vous oubliez les détails et si vous mascognez, un rapportapet vous dénoncera à la mégotte. Je ne vais pas peindre le diable sur la muraille, mais à moins d’avoir les quatre pieds blancs, vous risquez de la piler.

Pour choisir qui devait raconter l’Escalade, on a pidé : Ampro (ou Empro) Giraud Carin Caro Dupuis Simon Carcaille Brifon Piron Labordon tant est follhe mollhe et tant est clu. 1)

Le sort a désigné un craset un peu nioquet, tout gogneux, encore en cuissettes, assis sur un botatiu ; il s’est mis à baboler, à dire un tas de beufferies, tout de bisingue. Ce bobet connaissait quand même quelques couplets du chant « Ah la belle Escalade…  

Allons, citoyens, de grand cœur (bis)/ Réveillons ici notre ardeur (bis)/ Pour chanter les exploits/ Des vaillants Genevois/ Du temps de l’Escalade/ Savoyards, Savoyards/ Du temps de l’Escalade/ Savoyards, gare, gare.

Ce fut l’an mil six cent et deux (bis)/ Qu’on vit ces Savoyards furieux (bis)/ Dans l’ombre de la nuit/ Violer notre réduit./ Ah la belle Escalade/ Savoyards, Savoyards/ Ah la belle Escalade/ Savoyards, gare, gare. (Sur l’air de la Carmagnole. Et il y a encore huit couplets.) 

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                            Trois rangs de soldats du cortège de l’Escalade défilant, par Ferdinand Hodler, 1886-1887

                                   (Musée d’art et d’histoire de Genève, dépôt de la Fondation Gottfried Keller)

 

Toute la volée a participé au défilé avec la milice bourgeoise, les arquebusiers, le pétardier, les piquiers, les argoulets, les fifres et les tambours. Il faisait une fricasse pas possible. On leur avait dégotté des costumes qui coûtaient le lard du chat.

Tout à coup un mollachu a poussé une ciclée. On ne sait pas ce qu’il avait foutimassé. Il était bon à jeter au ruclon. Mais une cauque un peu folache est arrivée à saut de chien. Voyant qu’il grebollait, elle lui a mis une jaquette et sa greulette a donné le tour. Quel gâtion. Après ça, on ne pouvait plus le nifler.

La proclamation, l’hommage aux dix-huit morts dans la nuit du 11 au 12 décembre 1602 et le picoulet terminés, on a renvoyé tous les petits à Piogre. Ce fut un vrai tout-retombe.

Les parents sont allés bambocher et s’offrir une verrée dans un carnotzet ; au milieu d’une cotapile terrible, le garçon les a fait pedger (on ne lui donnera pas de bonne-main). Pendant qu’ils bresolaient, ils échangeaient des witz et finalement ils ont été déçus en bien. Après une petite prune, ces bons Genevouais étaient assez schlasses, mais ils ont schmolitzé et se sont requinqués avec une tombée de lie, en braillant le Cé qu’è lainô. 

(Premier couplet) : Cé qu’è lainô, le Maître dé bataille, / Que se moqué et se ri dé canaille/ A bin fai vi , pè on desande nai,/ Qu’il étivé patron dé Genevouai.

(68e et dernier couplet) : Dedian sa man il y tin la victoire,/ A lui solet en démure la gloire./ A to zamai son Sain Non sai begni !/ Amen, amen, ainsi, ainsi soit-y !

 

1) Ne confondez pas avec l’Ampro, une fameuse bouteille du vigneron de Peissy, Jean-Claude Crousaz.

 

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Commentaires

Très sympa votre billet, Anne, faudrait pouvoir le faire dire par un comédien avec l’accent de Saint-Gervais et l’on serait aux anges. Pour ceux qui ont un peu de peine avec le patois franco-provencal de "nos" aïeux, je signale le lexique du patois genevois que Sylvie Neidinger avait en son temps mis en lien sur son blog.

Pour être franc, mes ancêtres étaient plutôt géographiquement du côté de la Maison de Savoie, d'où les guillemets à nos, mais il doit y avoir prescription…

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k50631x

Écrit par : Gislebert | 10/12/2018

Bon, parlons peu mais bien. Le 90% de votre texte est en vaudois pur caillon...

Écrit par : Géo | 10/12/2018

Ce travail de redzipéteuse force le respect. Vous n'êtes pourtant point une grande berclure habituée à ses trois décis...A bientôt, chère consoeur :-) ! La Julie se devrait vous ré-engager pour une telle rubrique régulière !

Écrit par : J.-A. Widmer | 15/12/2018

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