Femmes humiliées

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Pour alléger le travail des mères, on propose le congé paternel. Mais il y a plus radical.

Dans une tribu mexicaine, les Huichol, on faisait participer le père aux douleurs de l’enfantement. La parturiente était reliée à l’homme par un cordon attaché à ses testicules. A chaque contraction, elle tirait sur la corde. En plus du cordon ombilical, on créait ainsi le cordon sexuel.

La Journée internationale de la femme soulève d’innombrables problèmes et questions. Un livre publié aux Etats-Unis il y a une dizaine d’années en fait le tour de manière saisissante : Half the sky, édité en français sous le titre La Moitié du ciel, les femmes vont changer le monde (Editions des Arènes, Paris, 2010, traduction Olivier Colette) par deux grands reporters du New York Times et Prix Pulitzer, Nicholas Kristof et Sheryl Wudunn.

C’est là que j’ai trouvé ce récit mexicain, mais aussi des reportages sur la situation des femmes dans tous les continents. « Les femmes entrent en résistance. Et survivantes, elles lancent un défi aux sociétés fondées sur la discrimination », écrit dans la préface Manon Loizeau, Prix Albert Londres.

Le titre de l’ouvrage est inspiré d’un proverbe chinois : « Les femmes portent la moitié du ciel ». « Ce livre rend compte des injustices terribles dont sont victimes les femmes, mais témoigne aussi des victoires, sources d’inspiration », écrit Nicholas Kristof.

Témoins et victimes, battantes et pionnières s’expriment. Femmes violées au Pakistan, prisonnières de la prostitution en Inde, créatrices d’hôpitaux en Somalie et au Congo, et d’écoles en Afghanistan, le courage de ces femmes est incroyable.

Et leurs malheurs aussi. Lorsqu’elles sont mariées à douze ans, que leurs grossesses surviennent quand leur corps n’est pas encore en mesure d’accoucher normalement, elles subissent parfois des fistules obstétricales qui les rendent incontinentes de façon permanente; l’odeur qui se dégage d’elles éloignent leurs proches qui les traitent comme une pestiférée. Il en va de même pour celles qui ont été violées et qui refusent de se marier avec ceux dont la tradition exige qu’elles les épousent, afin de réparer la honte. Ce qui aboutit souvent à des crimes d’honneur.

Ce livre date d’il y a dix ans. Peu a changé. Les statistiques plus récentes font froid dans le dos.

Fistule

Par manque de soins, plus de deux millions de femmes en Afrique et en Asie souffrent de fistule obstétricale, souvent concernant à la fois la vessie et le rectum. Ce qui a pour conséquence une vie intolérable, tant elles sont coupées du monde.

Excision

D’après l’Unicef, les mutilations génitales féminines se font dans une trentaine de pays. Si l’Egypte pratique l’excision sur 87% des femmes et l’Ethiopie 74%, l’Afrique n’est pas seule à agir ainsi. On en trouve aussi en Asie et en Amérique du sud.

Crimes d’honneur

Selon Amnesty, les crimes d’honneur se poursuivent dans une quarantaine de pays. La plupart sont des pays musulmans, quoique la charia l’interdise. Tradition culturelle et non religieuse, le meurtre ou l’attaque à l’acide est décidé par les hommes contre leur fille, leur sœur ou leur nièce si elles sont accusées d’adultère ou même si elles ont été violées. Un cas a été spécialement médiatisé récemment au Pakistan.

Esclavage sexuel

L’esclavage sexuel se répand. L’Index de l’esclavage mondial de 2017 annonce 40 millions d’esclaves sexuels dans le monde, dont 71% sont des femmes. Si l’on inclut dans cette catégorie les mariages forcés, on compte 5 millions de filles entre cinq et dix-sept ans mariées contre leur gré. Ce chiffre est sans doute sous-estimé, puisque les données provenant des pays arabes sont peu fiables.

Les immigrées clandestines n’ont souvent d’autre possibilité de survivre qu’en se laissant enfermer dans la prostitution. Un journal russe relate que les Ukrainiennes souhaitant quitter leur pays en plein marasme sont achetées par des bordels dans les pays proches.

Ne peut-on aussi parler d’esclavage sexuel dans le cas des nonnes abusées par les prêtres de leurs congrégations ? Religieuses abusées, l’autre scandale de l’Eglise, un documentaire de Marie-Pierre Raimbault et Eric Quintin diffusé sur Arte le 5 mars dénonce plusieurs faits de ce genre en France et en Italie. Croyant répondre à l’appel de Jésus, ces malheureuses étaient contraintes à des actes sexuels qui leur répugnaient. « Il me disait qu’il était le petit instrument de Jésus », raconte l’une d’elles. Actes de pénitence, pensaient-elles.

Mortalité

Le taux de mortalité des filles en Inde âgées de un à quatre ans serait supérieur de 71% à celui des garçons, selon une étude de la professeure américaine Emily Oster datant de 2007. En Chine l’avortement sélectif des filles est parfois combattu : dans une région où l’on cultive le thé, on a besoin de petites mains féminines, plus aptes à la récolte. La mortalité féminine y est nettement plus faible.

La mortalité des femmes en couches est également terrifiante. Faute de soins, faute d’argent, par négligence.

Plafond de verre

Pour revenir plus près de chez nous, dans le journal Le Monde du 8 mars, trois articles soulignent la différence et le sexisme: « La trop lente féminisation de l’armée française. » « Harcèlement et sexisme dans les médias : un phénomène d’ampleur. Trois associations féministes ont recueilli près de 2000 témoignages en ligne. » « Le Quai d’Orsay mis à l’amende pour manque d’ambassadrices » ; à quoi une haute fonctionnaire du ministère réplique : « Le vivier est encore trop restreint. » 

Un autre article signale « le quotidien difficile des familles monoparentales, dont 85% sont menées par des femmes et qui sont quatre fois plus exposées à la pauvreté. »

Je ne vais pas continuer sur ce thème. Il y aurait encore beaucoup d’autres sujets à développer. Je voulais seulement, après la Journée des femmes, lancer un pavé dans la mare. L’injustice, l’indignité dont souffrent tant de femmes dans le monde sont infinies.

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Commentaires

  • Ce qui est désagréable, c'est cette litanie en forme de "j'accuse" contre les hommes.

    Si on prend l'excision, les mères sont les premières à forcer leur fille.
    L'infanticide est certainement aussi une décision conjointe, parce que le garçon représente une assurance vieillesse, et la fille devenant femme, part dans un autre foyer ou alors la dot est une dette insupportable.
    Le patriarcat est très souvent encouragé par les mères qui élèvent leurs fils dans cette tradition.
    Le mariage forcé, je ne suis pas certain que toutes les mères sont innocentes
    etc...

    On ne compte pas les situations où la femme est victime et complice.

    L'origine de la violence contre les femmes, vient beaucoup de traditions mélangés parfois avec la religion.
    Les "sorcières" tuées en Europe, l'ont été par méchanceté humaine venant autant des femmes que des hommes. On peut lire parfois que tout commence avec une querelle de voisinage entre femmes.

    Ce qui est une évidence si on enlève l'effet tradition, est que la violence physique et le harcèlement est plus associé à l'homme.
    La lutte contre ces fléaux est une évidence, mais on est loin de la majorité des hommes qui agissent de cette manière.

    Il y a la lutte pour enlever les handicaps de la femme dans notre société, elle doit être soutenu. Pour autant, certaines choses ne vont pas changer, tel une attirance plus forte chez les femmes pour les métiers sociaux. Peut-être dû à ce pouvoir de donner la vie que l'homme ne connaîtra jamais. Ce qui expliquerait peut-être, la plus grande empathie des femmes.

    Je comprends ce rappel des horreurs de la part de féministes, mais il y a un malaise lorsque cela laisse entendre que l'homme est un "monstre", alors que ce sont les traditions qui sont monstrueuses, avec souvent d'ailleurs, une complicité des femmes.

  • Bonjour Anne,

    Très intéressante la technique de cette tribu mexicaine, dans une version couillue et revisitée de
    « Pour qui sonne le glas », mais je doute qu’elle trouve en salle de travail sous nos latitudes l’agrément des obstétriciens et des sages-femmes… On préfère recourir à la péridurale, voire la césarienne.

    Boutade, mais qui illustre bien le gouffre, la discrépance entre les revendications légitimes des femmes de nos pays riches et gavés, en quête de quota et de salaires et les besoins essentiels, vitaux des femmes des pays pauvres : les inégalités criantes, le manque d’accès aux soins, à l’hygiène et à l’instruction, à la parole… Sans même parler de la réforme des structures mentales patriarcales de leurs maîtres et seigneurs, façonnées par les générations et légitimées par les textes dits sacrés...là le chantier est titanesque.

    Les femmes ont raison de manifester, on doit soutenir ce combat et ne pas se bloquer sur les excès des timbrées activistes confites en misandrie, qui ne représentent que l’écume de la vague.

    Ma mère me racontait que dans son village (canton de Fribourg), lors de la cérémonie de baptême d’un nouveau-né, on faisait tinter la petite cloche quand c’était une fille, la grande cloche pour le garçon. Une autre manière de sonner le glas. Si non e vero…

    Bonnes semaines.

  • "lors de la cérémonie de baptême d’un nouveau-né, on faisait tinter la petite cloche quand c’était une fille, la grande cloche pour le garçon."

    Sans la "petite" il n'y a pas de "grandes"! :)

  • Tant de platitudes étonnent un peu de votre part, Madame. Vous nous aviez habitués à beaucoup mieux. On trouve le contenu de votre billet chaque semaine dans la presse féministe gratuite, encartée dans le Matin-dimanche, Femina.
    Sérieusement, qui ici n'est pas convaincu depuis des décennies et des décennies des méfaits des sujets traités ci-dessus. Et soit dit en passant, les fistules sont justement dues à l'excision...
    Mais que pouvons-nous y faire ici ? J'ai travaillé quatre ans au Burkina, dont deux ans à Léo. Ma compagne avait engagé une aide de ménage et elles étaient devenues assez proches pour que Fatima lui raconte l'horreur de son excision. Mais elle avait ajouté qu'elle avait tout de même fait exciser ses deux petites filles...
    Comment on peut froidement torturer de sang froid et de telle manière des petites filles de six ans, c'est incompréhensible pour nous. Après un mois en Afrique, j'en avais déduit que bien évidemment nous n'étions pas de la même race, mais que probablement ces gens ne faisaient pas partie de la même espèce que nous...
    Merci de publier mon commentaire, même s'il ne vous plaît pas vraiment...

  • Et à tout hasard, les hommes en ont aussi bavé sur cette planète...
    https://www.youtube.com/watch?v=z-yRaEYQNQs

  • Le dernier Femina parle évidemment du même sujet que vous, comme il le fait pieusement toutes les semaines. Compte-rendu de "Female Pleasure", de Barbara Miller. Extrait, vers la fin, à propos de l'excision :
    "Beaucoup de femmes me disent que si la tradition consistait à couper le pénis des garçons, cela fait bien longtemps que les politiques de tous les pays se seraient élevés avec force contre une telle abomination" (p.13)
    Pauvre Barbara Miller ! Comment peut-on être à ce point à côté de la plaque ? D'abord, cela se fait et cela s'appelle la circoncision et cette dame n'en a jamais entendu parler...
    Ensuite, elle n'a jamais rien lu ni compris de ce qu'était l'excision. Il s'agit dans les croyances de ceux qui la pratiquent d'extirper de la femme tout ce qui est masculin, comme il est question dans la circoncision d'extirper chez les garçons tout ce qui est féminin. Et pas de leur trancher le pénis, ni aux femmes de boucher leur vagin...
    Je trouve que les gens qui écrivent, qui font des films ou qui s'expriment de toute autre manière, sont de plus en plus incultes. Pas vous ?

  • MDR Géo lit Fémina!? LOLLLLLL

  • "MDR Géo lit Fémina!? LOLLLLLL" J'achète encore le matin-dimanche et d'ailleurs, je le regrette de plus en plus. Cela ne vaut pas les 5 frs qu'il faut le payer. Et entre autres paperasses aussi inutiles que pesantes, il y a Femina. Je ne le lis pas, je le parcours. Je m'intéresse aux idéologies et comme vous avez pu le constater, cela me permet de déceler quelques grossièretés pas piquées des vers. Ce qu'il y a de curieux dans Femina, c'est que sa rédac'cheffe (!!!) écrit des billets souvent drôles et intelligents qui ne correspondent pas du tout au reste du journal...

  • Suite et fin

    Autre type de fistules, celles dites gynécologiques traumatiques, observées dans les zones de conflits (au Kivu par exemple). Pas de données chiffrées. Dues non à des accouchements difficiles, mais à des viols perpétrés avec une sauvagerie et une bestialité inouïes (introduction d’objets dans les cavités naturelles comme des canons d’armes à feu, des armes blanches…), viols en série utilisés comme armes de guerre et de terreur. Là également, les tissus cicatriciels de l’excision n’arrangent rien, mais, pour les femmes qui survivent, c’est un « moindre mal » si l’on ose dire au vu des dégâts occasionnés : le but recherché reste le saccage méthodique physique et psychologique des victimes.

    La chirurgie réparatrice consiste à refermer ces communications en reconstituant les parois membranaires. On joue sur l’élasticité résiduelle des tissus et l’on obtient souvent de spectaculaires réhabilitations, encore faut-il pouvoir disposer d’un plateau technique et atteindre les victimes. Nombreuses sont les ONG et les bonnes volontés qui œuvrent en Afrique dans ce créneau en épaulant les prestataires locaux très qualifiés dans les centres urbains, il faut le dire. Le dernier Nobel de la paix a mis l’un deux en lumière, le Congolais Denis Mukwege. Il appartient à l’espèce Homo sapiens sapiens je crois, la même que la mienne… Soit dit en passant, je suis fier d’en être aussi, pensez donc, une si belle compagnie …

  • Gislebert@ "Il appartient à l’espèce Homo sapiens sapiens je crois, la même que la mienne…"
    Vous savez, quand on voit des abrutis qui prétendent que les races n'existent pas, on peut douter de tout...
    L'exposition "Tous parents, tous différents" date d'un temps où seul le 1% du génôme humain était connu. Les grands idéologues pseudo-scientifiques à la base de cette négation des races ont tout simplement décrété que le 99% restant était de l'ADN poubelle, ne servant à rien. Elle est pas belle la vie, quand on simplifie tout ?
    Je reste sur mon idée d'espèce différente, par ailleurs. Comme les seraient des martiens ou des vénusiens...
    Mais je ne suis pas spéciste, je vous rassure...

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