Embrasements

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L'incendie de Paris en rappelle d'autres, mais quel embrasement crépusculaire! Même si Notre Dame n'est pas notre dame à tous, elle fait partie de notre patrimoine. Sa chute nous émeut tous, mais évidemment davantage la communauté catholique. Particulièrement, cruelle ironie, en ce début de fêtes pascales.

 

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L'image ci-dessus évoque l'un des incendies les plus dévastateurs de l'histoire européenne, l'incendie de Rome sous le règne de  l'empereur Néron en 64 de notre ère. Il sévit des jours durant.

Londres subit deux incendies dramatiques, en 1666 et en 1834, l'incendie du Parlement qui a été peint par Turner.

1024px-Joseph_Mallord_William_Turner,_English_-_The_Burning_of_the_Houses_of_Lords_and_Commons,_October_16,_1834_-_Google_Art_Project.jpg

(Musée de Philadelphie, Google Art Project)

 

Nombre d'autres grandes villes ont connu de tels sinistres, avec des causes diverses. 

L'incendie de Lisbonne en 1755 a duré trois jours. A Moscou en 1812, les Russes mirent le feu  pour se venger de Napoléon. L'incendie de Chicago en 1871 a fait des centaines de morts dans le centre de la cité. A Tokyo, ce furent 150 morts en 1923. A Berlin, l'incendie du Reichstag en 1933 a marqué l'arrivée de Hitler au pouvoir.

En 1404, la ville de Berne pleura mille morts après un incendie.

Mais on peut aussi se souvenir d'autres feux. Les bûchers du Moyen Age ou des guerres de religion, des martyrs et des hérétiques, Jeanne d'Arc et Michel Servet. Les autodafés de l'Allemagne nazie. L'église d'Oradour ou les bombardements de Dresde.

Mais pour nos yeux d'aujourd'hui, ce sont les heures passées devant nos téléviseurs, sidérés par ces images d'une beauté spectaculaire. La flèche, telle une fusée en feu, s'effondrant au lieu de filer vers le firmament. (Une flèche, d'ailleurs, comme celle de Saint-Pierre à Genève, qui date de la fin du 19e siècle.) Ces langues de feu, comme celles du Saint Esprit, léchant des murs centenaires.

Les couleurs de ce brasier en font presque une oeuvre d'art plutôt qu'une destruction. La fascination qu'elles inspirent peut expliquer l'exultation des pyromanes.

Tandis que, rivée devant le poste, je regardais, impuissante, désolée, éblouie, oserais-je le dire, devant cette splendeur tentaculaire, j'ai entendu du bruit dans l'escalier. C'était des pompiers. Se trompaient-ils d'adresse? Ils avaient été alertés par l'alarme d'une cuisine surchauffée par un rôti brûlant. Retour au quotidien.

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Commentaires

  • Pas sûr que ce soit une bonne idée de tout mélanger. L'incendie de Notre-Dame, c'est visiblement notre 9/11 européen sur le plan symbolique. Et n'oubliez pas qu'il y a vraiment très peu de chances que les ouvriers y soient pour qqch, ce qui renforce furieusement la comparaison. De même que l'effondrement des tours du World Trade Center à NY ne concernait pas que les ultra-capitalistes américains, l'incendie de N-D de Paris ne concerne pas que les seuls catholiques, bien loin de là. Le catholicisme est complétement périmé, mais absolument pas le symbole que représente cette cathédrale, chef d'oeuvre de l'art européen (et pas catholique).

  • Choses vues. Au sortir d’une expo consacrée aux Nabis (Bonnard, Vuillard, Maurice Denis et al.) fort belle par ailleurs au Musée du Luxembourg, petit crochet obligé arrivés au bas du boulevard St-Michel . Les abords de la cathédrale sont évidemment bouclés par les Crs, l’esplanade sert de parking aux véhicules des pompiers . Des points étincelants et mobiles brillent dans le soleil de fin d’après-midi, ce sont les casques des soldats du feu qui vaquent en haut des tours, encore en surveillance. Une grue s’affaire de côté, peut-être pour étayer les superstructures de la nef et de l’échafaudage mis à mal. Les pompiers, saint-bernard des parisiens au quotidien (sauf dans certains quartiers hors la ville où ils se font caillasser…) sont définitivement devenus leurs chouchous.

    Impossible presque d’accéder au quai St-Michel, tant la foule est dense, le Paris touristique s’est trouvé une nouvelle attraction et la ferveur médusée et recueillie de lundi a fait place au safari photographique. Pourtant d’en bas, on ne mesure pas vraiment l’étendue du désastre, la flèche et la toiture ont certes disparu, la rosace du pignon sud est noircie, mais les structures de pierres sont restées debout, on aurait presque tendance à minimiser la dévastation de la nef que révèlent les clichés aériens qui circulent sur la toile. L’historien médiéviste qui m’accompagne est assez zen sur la suite et me demande un peu narquois quelle N-D va-t-on reconstruire, celle des origines, de Maurice de Sully ou celle de Viollet-le-Duc ? Les langues de feu de l’Esprit Saint dont vous parlez, Anne, ont encore du pain sur la planche...

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