Hammershoi, peintre de la sérénité

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Si vous aimez la sérénité dans l’art, allez voir Vilhelm Hammershoi, peintre de la vie paisible, de l’intimité, que l’on peut contempler à Paris, au Musée Jacquemart André, jusqu’au 22 juillet 2019.

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Intérieur avec femme debout, s.d. (Coll. ambassadeur John Loeb Jr, Danish Art Collection) 

L’exposition reflète tous les aspects de l’œuvre du peintre danois né en 1864 et mort d’un cancer en 1916 : paysages, portraits de sa famille et de ses amis, nus, vues urbaines et surtout de nombreuses scènes d’intérieur.

On pénètre dans un univers de paix et de silence. Aucun être humain ne trouble la tranquillité de ses paysages ou de ses vues urbaines. Dans son appartement, sa femme est presque toujours vue de dos, vaquant à quelque occupation paisible. Aucun détail superflu. Ordre et simplicité.

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Paysage de Virum, 1888 (Collection ambassadeur John Loeb Jr. Danish Art Collection)

Quoique Hammarshoi ait beaucoup voyagé, il ne s’est jamais départi de son style personnel. L’impressionnisme ou l’expressionnisme ne l’ont pas phagocyté. Qui pourrait penser que Hammershoi et Toulouse-Lautrec sont nés la même année ? Hammershoi n'expose pas ses tripes, il montre l'essence des choses.

Pourtant Hammershoi ne s’est pas écarté de son époque. Il a admiré Whistler, par exemple, et a vainement tenté de le rencontrer. Le portrait de sa mère, comme à l’envers de celui de Whistler, prouve cet attachement.

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Portrait de la mère de l'artiste, 1886 (Collection particulière)

On peut sentir une proximité avec la peinture hollandaise du 17e siècle, les Pays-Bas et la Belgique ont été d’ailleurs son premier séjour à l’étranger. Si l’on compare avec une scène d’intérieur de Pieter de Hoogh ou de Vermeer, on remarque que chez lui, les portes, quoique ouvertes, ne donnent jamais sur l’extérieur. Il se referme sur lui-même.

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Intérieur, Strandgate 30, 1901 (Städel Museum, Francfort sur le Main)

 

L'artiste a peint quelques nus féminins, toujours sa femme. Plus mélancoliques que sensuels.

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Nu féminin, 1910 (Davids Samling, Photo Pernille Klemp)

On dirait qu'il est fasciné par la nuque de sa femme, dans ce Repos.

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Repos, ou Hvile, 1905 (Musée d'Orsay, acheté en 1996, photo René Gabriel Ojeda)

Les Offices de Florence lui commandèrent un autoportrait en 1913.

 

 

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Autoportrait, 1913 ( Offices, Florence)

 

J’ai découvert et aussitôt aimé Hammershoi lorsque je préparais Les Peintres de Londres (Conti-Edita, 1990). Pendant plusieurs séjours à Londres, il a créé une série de vues autour du British Museum, caractéristique de son style épuré, sans âme qui vive. La touche délicate de ses structures architecturales en fait des scènes fantomatiques, noyées dans la brume. Les tons sont presque monochromes.

Cette solitude laisse au spectateur toute liberté d’interprétation. Hammershoi ne nous impose rien. Dans notre société si agitée, sa peinture d’atmosphère apporte un calme reposant.

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Vilhelm Hammershoi, 1912 (photo Bibliothèque royale danoise)

 

Hammershoi, le maître de la peinture danoise, au Musée Jacquemart André, 158 boulevard Haussmann, tous les jours, de 10 h. à 18 h. Lundi, nocturne jusqu’à 20 h. 30.

Jusqu'au 22 juillet.

 

 

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Commentaires

  • Bonjour Anne,

    Tout dernièrement, j’ai également eu l’opportunité de visiter cette expo et de découvrir ce peintre dont je n’avais jamais entendu parler ou si peu, je l’avoue. On s’y pressait. La saison des expos à Paris bat son plein : Nabis au Luxembourg, Macke et Marc à l’Orangerie, le Modèle Noir à Orsay, la Collection Bührle chez Maillol, il y a vraiment matière pour l’amateur à s’en mettre plein les mirettes.

    Dans votre billet, vous dites l’essentiel, une peinture sereine certes, un brin taciturne à mon gré, à l’image de son auteur : le vide apparent, les lignes géométriques, les visages pensifs pour ne pas dire les tronches d’enterrement… Les nus sont froids, sans sensualité ni complaisance, on dirait des illustrations pour encyclopédie médicale… On est loin des odalisques de chez Ingres, Gérôme ou Chassériau ! Faut préciser que je sortais de l’expo consacrée à « L’Orient et les peintres » au Marmottan. Rude contraste… Paradoxalement, les deux ou trois toiles d’Ilsted et Hoelsoe, ses amis peintres pourtant moins cotés, apportent dans l’expo une touche de couleur, de chaleur. Reste évidemment la maîtrise : les compositions sont extrêmement travaillées, il suffit de s’approcher des toiles pour admirer la technique impeccable. Intéressant aussi de rapprocher en pensée les scènes de l’intimité familiale avec celles de son contemporain nordique, le suédois Carl Larsson et ses aquarelles remplies d’enfants et pétantes de joie de vivre.

    Cette ambiance un peu austère rappelle le film danois « Le festin de Babette », tirée d’une nouvelle de K. Blixen, avec Stéphane Audran dans le rôle-titre, qui incarne une communarde réfugiée au Danemark et devenue domestique au service d’une famille confite dans la bienséance luthérienne. Elle gagne à la loterie et offre à ses patrons coincés qui n’en reviennent pas un repas de gala. Hammershoi avec ses personnages en noir, ses tables blanches et ses murs gris a dû inspirer le cinéaste, c’est d’ailleurs, paraît-il, le cas.

    Une fois son art maîtrisé, le peintre n’en n’a pas dévié, restant fidèle à sa manière toute sa vie. Ainsi que vous le relevez, malgré ses voyages et ses séjours en France, Italie ou Angleterre, on ne trouve aucune trace d’influence d’impressionnisme, fauvisme, postimpressionnisme, de tous les mouvements et de l’évolution de la peinture pendant cette période charnière. Permettez cette digression : en musique, il me fait penser à Richard Strauss qui lui aussi a forgé son langage dès sa jeunesse et n’a jamais éprouvé le besoin d’en changer ou d’emprunter celui des autres. Les admirables « Vier letze Lieder » composés en toute fin de vie auraient pu être l’être cinquante ans auparavant. Dans les deux cas, aussi bien chez le peintre que chez le musicien, des caractères bien trempés et sûrs de leur art.

    Bien cordialement.

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