Merci à Delphine de Vigan

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« Vous êtes-vous déjà demandé combien de fois dans votre vie vous aviez réellement dit merci ? Un vrai merci. L’expression de votre gratitude, de votre reconnaissance, de votre dette. »

Ainsi peut-on lire dès la première page de Les Gratitudes (JC Lattès, 173 p., 17 €) le thème du roman de Delphine de Vigan qui vient de paraître.

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Succès immédiat puisque, dans le magazine Lire, il figure déjà en tête de la liste des meilleures ventes.

Je veux dire ma gratitude à Delphine de Vigan pour un livre à la fois émouvant – par son sujet – et drôle – par la façon dont elle traite le langage, en fine ciseleuse de la langue française. Je l’ai lu dans un train et n’ai pas vu le temps, ni les paysages, passer.

L’histoire se déroule autour d’un personnage principal, une vieille femme, Michka, dont les mots commencent à lui échapper. Un orthophoniste, Jérôme, qui tente de l’aider à les rattraper, et une jeune femme, Marie, qui doit beaucoup à sa gentillesse, l’entourent affectueusement.

Les mots sont particulièrement importants pour cette vieille dame qui a été correctrice d’imprimerie. Pourquoi faut-il que si souvent les gens soient frappés précisément au point le plus personnel ? Un musicien qui devient sourd, un peintre aveugle, un sportif paralysé, un pianiste qui perd l’usage d’une main et un avocat, de la parole.

Michka est entrée dans une maison de retraite. En même temps que son équilibre, elle perd la maîtrise des mots. Elle dit tarre pour barre, une expression que, en bonne Française, l’auteur ne connaît sans doute pas, mais qui est ici très appropriée puisque Michka prononce merdi pour merci, d’abord pour d’accord, ou les circonflexes au lieu des circonstances.

Elle a un autre problème, plus fondamental. Elle souhaiterait retrouver la famille qui l’avait sauvée, elle, petite fille juive, pendant la guerre. Marie voudrait l’aider pour, en quelque sorte, payer sa dette envers Michka qui l’a tant soutenue dans sa jeunesse. Exprimer leur gratitude les motive.

Ses difficultés langagières n’empêchent pas Michka de dire ce qu’elle pense. Une douceur, une attention aux problèmes de ceux qu’elle côtoie font de Michka une sage, une prophétesse presque, au sens biblique, qui observe et conseille. Un personnage infiniment touchant.

Delphine de Vigan s’est fait connaître par une dizaine d’ouvrages. Je l’ai découverte par Les Heures souterraines (JC Lattès 2009, Livre de poche 2011) dont la sensibilité et l’acuité de l’observation m’avaient déjà conquise. Même si ses livres ne sont pas tous d’égales réussites, elle a été primée à diverses reprises et le mérite.

Les Gratitudes apparaît comme l’un de ses meilleur romans, avec ces pages qui pétillent d’humour et sont illuminées par la bonté.

Lien permanent Catégories : Langue française, Romans 3 commentaires

Commentaires

  • Remarquable votre billet sur ce roman, il transmet tellement bien l’émotion ressentie qu’il donne envie de le lire. Le sujet évidemment nous concerne tous, plus particulièrement nous qui sommes en première ligne, je veux dire les gens de notre génération, les baby-boomers déjà âgés mais pas encore archi-vieux, crounis, ratatinés, décatis.

    Si j’ai bien saisi, l’héroïne souffre d’aphasie, la perte du langage, la fuite des mots, le pire pour une lettrée qui en connaît le poids, la parole qui permet les instants partagés qui se fait la malle...

    Les personnes âgées placées en maison de retraite et qui commencent à dérailler, j’ai connu cela à la fois professionnellement -mais en visiteur soignant sans assumer la charge permanente du personnel à demeure (infirmiers, infirmières ou aides) - et personnellement dans l’accompagnement de parents et amis comme beaucoup d’entre nous. L’effet miroir est assez terrifiant : terminer sa vie ainsi, une existence rétrécie, subir une décrépitude qui fait mal à l’intéressé tout autant qu’à ses proches, on ne s’y habitue pas vraiment même si l’on se crée une carapace teintée d’un humour un peu noir… Le livre contient d’ailleurs des passages assez drôles, écrivez-vous.

    On aimerait pouvoir prendre la tangente, un itinéraire bis pour échapper à ce naufrage, pour reprendre les mots du Grand Charles. Nous en avons les moyens, du moins dans notre pays. Vieillir c’est apprendre à perdre, ai-je lu dans une des interviews de l’auteure. Rien de plus vrai, c'est un long apprentissage.

  • Anne Cendre est l'une des meilleures blogueuses du site. Elle mériterait donc mieux que ces minuscules pattes de mouches inventées et imposées par des informaticiens.

    Rien de tel pour décourager la lecture des blogs que de telles hideuses pattes de mouches. C'est la raison pour laquelle j'ai supprimé mon blog sans risque de retour.J'espère que mon présent message est lisible :-) !

  • Merci pour votre commentaire qui ma donné envie de lire ce livre, d ailleurs je l ai acheté. Je me réjouis de le découvrir. J apprecie vraiment Delphine de Vigan. J ai la plus part de ses romans et cela à toujours été un plaisir.

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