Violet, couleur de la colère, couleur de la violence

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Les femmes se sont approprié le violet pour exprimer leur colère, transformant ainsi la symbolique des couleurs. De mal-aimé, il est devenu triomphant, l’arme des féministes.

 

Pendant des siècles, cette couleur a eu une mauvaise réputation ; parce qu’elle était instable chimiquement, elle manquait de franchise.

L’Eglise catholique en a fait une marque d’affliction et de pénitence. Alors que pour le grand deuil on portait du noir, le demi-deuil se satisfaisait du violet. Les évêques portent le violet tandis que les cardinaux ont droit au rouge.

Avant que Newton ne décrive le spectre qui place le violet entre le rouge et le bleu, on l’assimilait plutôt à un noir d’un type particulier. Du sous-noir médiéval (« subniger »), il a émergé au rang des vraies couleurs. Au second rang, cependant, avec le brun.

Michel Pastoureau, l’historien ès-couleurs, raconte, dans Les Couleurs de nos souvenirs (Points, 2015), à quel point les enfants sont imprégnés d’une méfiance à l’égard du violet. Même la violette représente pour eux un aspect vieillot.

Mais les symbolistes en avaient fait une couleur secrète, « en prise avec le mystère des êtres et des choses ». Dans notre siècle, les stylistes s’en sont emparés et les femmes aussi.

Lors de la dernière grande manifestation féministe de 1991, on parlait plutôt de fuchsia, prononcé à la suisse « foucsia » ou à la française « fuchia ». Le violet ne pose pas de problème discriminatoire de prononciation.

Pour les féministes inclusives, le violet reste un mélange de rose et de bleu. Il n’exclut pas totalement l'espèce masculine, semble-t-il.

Dans le choix du mot, y aurait-il une allusion au viol , à la violence ? Certainement pas, m’assure-t-on. En ce qui me concerne, j’aime l’associer au doux parfum de la violette, qui n’a rien d’agressif.

A propos d’agressivité, j’ai été surprise de lire dans une chronique de la Tribune de Genève du 14 juin sous la plume de Yannick van der Schueren que « le but d’une grève est de désorganiser la société, pas d’arranger les bidons pour ne pas trop déranger ». La journaliste a dû se réjouir, en fin de journée, en constatant le superbe pétchi dans les rues de Genève. Les personnes qui en ont subi les désagréments ont-elles vraiment compris et accepté les causes du mouvement ou risquent-elles au contraire de s’y opposer davantage ?

Mais peut-être a-t-elle raison. Pour secouer la société suisse dans son bien-être, il faut parfois la bousculer. La cause des femmes en vaut la peine.

 

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Commentaires

  • Les couleurs de la Femme…
    Chez les hindous, Krishna était considérée comme un sage infaillible, comme la vraie Divinité. Sa révélation donnée dans la Bhagavad- Gîtâ est regardée comme l'évangile de l'Orient. On appelle « un chant divin » cet enseignement donné par une femme qui explique à son disciple le néant du monde et des hommes, le néant de tout ce qui n'est pas l'Etre en soi, l'Etre suprême, la Femme-Esprit, c'est-à-dire elle-même, puisque c'est en elle qu'elle a contemplé la grande loi de la Nature qui régit les sexes.
    Au lieu du Linga et de la Yoni qui avaient servi d'emblèmes jusque-là aux partis masculiniste et féministe, Krishna prit pour emblème l'ombilic, cicatrice du cordon ombilical qui relie l'enfant à la Mère, dont elle fit le symbole d'un lien moral. Ensuite, se plaçant sur le plan spirituel et non plus sur le plan sexuel, elle renonce aux couleurs blanche et rouge que les deux partis arboraient, et qui étaient les couleurs sexuelles, et prend pour drapeau le bleu, couleur du ciel, qui va désormais représenter l'Esprit.
    Et le nom de Krishna signifiera « bleu céleste ». C'est l'origine des draperies bleues dont on habillera les Déesses, jusques et y compris la Vierge Marie.
    On donne aussi à Krishna le nom de « Cœruleus », qui veut dire « bleu foncé ». Plus tard, mêlant le rouge sexuel et le bleu spirituel, on en fera le violet qui restera la couleur du sacerdoce.
    Dans le culte qu'on rendait à Apollon dans l’antique Grèce, nous voyons les anciennes couleurs symboliques interverties. Le rouge qui, d'abord, a représenté l'élément générateur féminin, devient l'emblème de la force fécondatrice masculine. C'est l'homme qui va représenter le phénomène mensuel de l'autre sexe, et la pourpre sacerdotale, qui en était l'emblème, va recouvrir les Prêtres et les Rois, parce qu'elle a recouvert les Prêtresses et les Reines.
    Et au sujet des couleurs d’un point de vue scientifique, la vieille théorie de la lumière blanche unique et se décomposant en 7 couleurs élémentaires est une erreur qu’il faut reléguer avec la théorie de la transmission de la lumière et avec celle de l’attraction.
    Toutes les couleurs sont des couleurs élémentaires manifestant la propriété lumineuse des éléments radiants émis par chaque soleil (Étoile).
    Si la lumière solaire était décomposable, on devrait pouvoir la décomposer par des moyens chimiques partout où elle existe, puisque chaque rayon coloré possède des propriétés chimiques spéciales que l’on pourrait utiliser pour cela. On devrait, de même, en mêlant les sept couleurs reformer du blanc, cela n’est pas davantage possible. Les sept couleurs, mélangées sur une palette dans des proportions quelconques, ne donnent jamais du blanc.
    Quant à la petite expérience qui consiste à faire tourner un disque sur lequel sont peintes les couleurs élémentaires, elle ne prouve pas du tout ce qu’on veut lui faire prouver.
    Par le mouvement de rotation, on amène la confusion des couleurs, notre œil alors, qui ne peut plus les distinguer parce que l’impression qu’elles font sur la rétine est trop rapide, ne les voit plus du tout, et, ne les voyant plus du tout, nous voyons du blanc, c’est-à-dire la couleur de la lumière solaire qui est interposée entre le disque et nous. Mais en faisant tourner le disque moins vite, c’est-à-dire en laissant aux couleurs le temps d’arriver à notre œil, l’impression colorée recommence à se produire ; nous recommençons à voir les couleurs. Il n’y a rien de plus dans cette expérience. Elle ne prouve qu’une chose : c’est qu’il faut que l’émission d’une lumière colorée dure un temps déterminé pour qu’elle soit perçue par notre œil.
    Cordialement.

  • Bonjour Anne,

    A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles,
    Je dirai quelque jour vos naissances latentes :
    A, noir corset velu des mouches éclatantes
    Qui bombinent autour des puanteurs cruelles( …)

    Vous connaissez of course l’un des plus (mal) connus des poèmes de Rimbaud, où, et pour cause elles étaient toutes prises, il n’a assigné aucune voyelle au violet. Sauf qu'il en est question pourtant dans le dernier vers :

    « — O l’Oméga, rayon violet de Ses Yeux ! »

    De quels yeux s’agit-il, les paris restent ouverts. Des générations d’étudiants se sont esbignés lors d’épreuves à fourbir une explication du texte d’Arthur, de savants écrivants, professeurs émérites et autres pinailleurs de la stance ont donné leur version, conjecturant et insistant sur le rapport des lettres avec la couleur désignée. Toutes les interprétations se valent, dans l’Art poétique chacun trouve midi à sa porte, on peut même penser, connaissant l’homme aux semelles de vent qu’il a commis là un canular, presque aussi drôle que le commentaire précédent dézinguant en une ligne Sir Isaac et Albert …

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