Amour délice et orgue

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L’orgue, quel instrument étrange et mystérieux !

Des touches d’un clavier bougent sans que l’organiste les effleure. Des timbres différents sortent des mêmes touches. Les pieds apportent des sons qui soutiennent et orientent la musique.

Ces mystères de l’orgue sont visibles désormais.

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Chaque été, Saint-Pierre organise des concerts d’orgue le samedi à 18 h. (après le concert de carillon à 17 h.) avec, cette année, l’adjonction d’un écran tendu dans le chœur. Deux caméras nous montrent ainsi l’organiste assis devant ses claviers et son pédalier, tandis qu’une assistante tourne les pages des partitions.

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Alors que naguère, je fermais les yeux pendant le concert puisque rien ne pouvait surgir entre la musique et moi, cette fois-ci j’étais subjuguée par les mouvements de l’interprète, en l’occurrence le Jurassien Benjamin Guélat, titulaire de la cathédrale Saint-Ours à Soleure. Il avait choisi un programme éclectique, du 17e au 20e siècle, de Sweelinck à Elgar, passant par un délicieux Capriccio de John Ireland et achevant par la somptueuse Toccata de Widor. Mais le choral de Bach BWV 663 m’a laissée sur ma faim, oserai-je le dire ?

                                                        Grandes orgues

L’instrument que l’on utilise aujourd’hui n’est pas ancien. La cathédrale n’a pas toujours abrité un orgue. Le premier, celui du Moyen Âge, a été fondu en 1562 parce qu’il n’était plus de saison. Calvin souhaitait que les psaumes se chantent a cappella, sans accompagnement. Au 18e siècle, un nouvel instrument a retrouvé sa place à Saint-Pierre.

Il est remplacé par les grandes orgues Metzler en 1965. Elles comprennent 68 jeux, 4 claviers, 95 rangs, la traction mécanique des claviers et la traction électrique des jeux.

Ces jeux portent des noms dont certains sont entrés dans le langage sous une forme surprenante. Si la bombarde, le tremblant ou le bourdon n’étonnent pas, que dire de dulciane, de tirasse, de la chamade, de la voix céleste et surtout du larigot ? A tire-larigot provient de ce jeu d’orgue que l’on tire peut-être trop souvent. Un son flûté à l’origine, mais qui a parfois dérapé sous l’effet de l’alcool…

Les orgues ont suscité d’autres glissements linguistiques; n’a-t-on pas surnommé orgues de Staline les lance-roquettes soviétiques durant la deuxième Guerre mondiale ? Ce qui est une contre-vérité : les tuyaux d’orgue n’aiment pas la chaleur. 

                                                       Masculin ou féminin  

Le mot orgue lui-même laisse planer un mystère sur son genre, son sexe. Il appartient aux LGBT. Est-il masculin ou féminin ? Il a longtemps hésité.

Qui ne connaît le fameux trio « amour délice et orgue », puisque amour et délice partagent ces dérives sexuelles ?

Dans son premier dictionnaire, en 1694, l’Académie française le féminise : « l’orgue d’une telle église est excellente » et « il y a de bonnes orgues à tel endroit ». Un siècle plus tard, le jésuite Féraud, dans son Dictionnaire critique de la langue française de 1787, soulève la question : « Le Père Buffet est du sentiment qu’orgue est, au singulier, plutôt masculin que féminin, et il n’est pas le seul à penser de la sorte ». Bizarre, cette intervention d’un Buffet pour parler d’orgue, alors que l’orgue ne se conçoit pas sans buffet…

Plus tard, l’Académie a admis que l’orgue est masculin au singulier et féminin au pluriel. « Cette différence de genre est un bien grand inconvénient, observe Littré, car on ne peut pas dire : cet orgue est une des plus belles… » Jean Pruvost qui explique ces variations dans Les Secrets des mots (Vuibert, 2019) s’écrie : « Voilà la langue qui se prend les pieds dans ses règles ! »

Lien permanent Catégories : Langue française, Musique 3 commentaires

Commentaires

  • Heureusement que les organistes, elles et eux, ne sont pas "genrés". Une occasion perdue pour les féministes de hurler à l'inégalité de traitement. Mais pourquoi vouloir MONTRER le buffet, les claviers, les tuyaux et la bobine des interprètes ? Cette poussée de narcissisme tue le mystère de cet instrument to-talitaire qui prétend imiter (avec maladresse) un orchestre symphonique...Luttons ardemment contre cette mode qui veut tout MONTRER. Si on les laisse faire, les organistes ne se gêneront plus pour proclamer par haut-parleurs: " C'est moi, Tartempion qui vais vous interpréter la Grande Toccata-bla-blabla... L''exemple des RADIOS FILMées est insupportable à cet égard. Démontez moi sans délai cet écran tendu dans le choeur et ces p... de caméras qui déparent notre cathédrale !

  • Votre billet vengeur m'a plu. Il ne m'a pas convaincue.
    Pourquoi ne montrerait-on pas les mains de l'organiste? Dans une salle de concert, ne regardez--vous pas celles de la pianiste ou du violoniste?

  • Jadis, je jouais de la flûte traversière. Un seul tuyau qui me suffisait pour exprimer mes états d'âme, assez romantiques, il est vrai... Je n'ai rien contre les mains agiles des organistes qui sautillent sur les claviers.: c'est la valse obscène de leurs pieds maltraitant le pédalier qui me gêne ainsi que l'effet amphigourique imposé comme une fanfare... Quand j'entends Martha Argerich dans les concertos pour piano et orchestre de Ravel, je ferme les yeux et je regarde où ? En moi-même ! Moins l'on en montre... plus l'on s'émeut ! https://www.youtube.com/watch?v=cJOW5mlhH_Y

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