Lire et faire lire

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Les cabines pour parler seront désormais ouvertes pour lire.

C’est ce que la Ville de Genève nous promet en annonçant la suite à donner à la suppression des cabines téléphoniques par Swisscom. (Voir la Tribune de Genève du 20 août.)

Mais c’est déjà chose faite.

 

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Au rond-point de Plainpalais un espace est réinvesti depuis plusieurs années par des artistes et la cabine téléphonique a été transformée en bibliothèque gratuite.

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Comme l’indique cet écriteau, on encourage le passant à déposer des livres, et à en choisir. 

Depuis quelque temps j’en observe régulièrement le contenu. Actuellement, est-ce l’effet des vacances, les rayonnages sont presque vides. L’autre jour, il y avait trois gros volumes d’histoire de l’art et quelques livres de poche en allemand.

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J’avais à peine quitté l’endroit qu’arrive une jeune femme. Elle prend les livres, les regarde, et en fourre deux dans son sac. L’un d’eux était un roman de Dürrenmatt. Je l’aborde et lui demande si elle s’y approvisionne souvent. « Oui, me répond-elle, d’habitude je prends les polars, mais aujourd’hui je me suis dit que je pourrais rafraîchir mon allemand… »

Je ne peux pas poursuivre la conversation, son tram arrive. Elle est pressée.

Le lieu est particulièrement bien choisi. Les personnes qui attendent le tram ont le temps de flâner et de flairer la bonne affaire. Le choix est varié, dans de nombreuses langues. Certains bouquins sont très propres, d’autres moins. La cabine, quoique ouverte, ne sent pas toujours la rose. L’accès à la culture est à dimensions variables.

Genève a d’autres boîtes à livres, ou à toutes sortes d’échanges. Celle-ci, rue Dancet, accueille des objets aussi. Ce qui lui donne un aspect désordonné, un peu comme dans la chambre d’un enfant qui laisse tout traîner autour de lui. D’ailleurs elle se trouve toute proche d’une école.

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L’une des boîtes les mieux rangées se niche à Chêne-Bougeries, au parc Stagni, à côté de la mairie. Ce parc a tout pour plaire : des emplacements pour le pique-nique, la pierrade, le ping-pong, le disc-golf, de beaux arbres, ainsi que la superbe sculpture de Sylvio Asseo, creusée dans un tronc ; et des bancs pour lire.

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(Photo publicinsta)

 

En France, les boîtes sont aussi entrées dans le paysage urbain. La journaliste Stéphane Stoll les a répertoriées (voir Le Monde du 17 août) et affirme qu’en dix-huit mois leur nombre a doublé.

La boîte à livres est une solution pour tous ceux qui aiment les livres et ne peuvent se résoudre à les jeter dans la poubelle à papier. Les rayonnages de la bibliothèque croulent sous le poids, il faut trier, lorsque de nouveaux arrivants réclament leur place.

Dès lors, le recours à la boîte à livres donne l’impression de faire une action à la fois bonne et utile à chacun.

Outre les boîtes plus ou moins officielles, on peut tomber sur des caisses sauvages. Sur le trottoir, des cartons remplis de livres indiquent le grand nettoyage. Quelquefois c’est même dans le hall d’un immeuble que les locataires offrent leurs bouquins aux voisins. Mais là, il n’y a pas réciprocité, tandis que dans les boîtes, vous prenez et vous donnez. 

Lien permanent Catégories : Genève 3 commentaires

Commentaires

  • Merci pour cet excellent billet. Je connaissais la boîte à livres de Plainpalais, mais pas les autres.
    Ceci dit, je trouve qu'il est bien dommage de supprimer les quelques cabines téléphoniques qui existent encore, car même si pratiquement tout le monde à un portbable, dans certain cas une cabine peut sauver une vie et je le sais, car je lai vécu! Et ça s'appelle le progrès? Non ce qui compte ce n'est que le rendement et donc l'argent, mais c'est partout comme ça et ça ira de pire en pire.

  • Un roman de Dürrenmatt , z’êtes sûre ? L’heureuse exception…Ma fréquentation, quand j’y jette un coup d’œil, très occasionnellement c’est vrai, m’a plutôt conforté dans l’idée qu’on y trouve des rossignols dont les gens ne veulent plus, des best-sellers hors des dates limites , des modes d’emploi d’appareils électroménagers ou des méthodes pour trouver l’âme sœur quand ce ne sont pas des polars de catégorie C... Pour les chefs d’œuvre de la littérature universelle, faudra repasser. L’idée est belle, certes, mais comme la démocratie, l’application pratique dépend des usagers…

  • Chère consœur,

    Avec un vif intérêt, je découvre votre dernier « Entre guillemets » sur la conversion de nos braves et fidèles cabines téléphoniques en pseudo-poubelles à livres. Cette mutation imposée est indigne des trésors que sont nos livres !

    Autant vous le dire d'emblée : je ne partage pas votre éblouissement sur la dégradation du statut de nos cabines PTT de jadis, en vulgaires poubelles à livres poisseux et écornés. Peut-être cédez-vous, avec les hordes de « réchauffistes » à la mode contagieuse du recyclage... Le jour où je trouverai un volume de La Pléiade dans une cabine téléphonique, je changerai peut-être d'avis.

    Ce que vous ignorez probablement, c'est qu'à l'origine de la désaffectation desdites cabines, ce n'est pas seulement la généralisation du « smartphone » qui est en cause mais bien une pratique douteuse fort répandue.

    En effet – les PTT sont toujours demeurés discret à ce sujet – nombre de couples échauffés par leur libido mal maîtrisée, avaient coutume d'y abriter leurs fugaces ébats debout, au point où nos hôpitaux ont dû traiter plusieurs cas documentés de « virgo capta ».

    En outre – et nous n'allons pas nous brouiller pour si peu – si la plupart d'entre nous possédons un téléphone portable, c'est faire preuve de peu de commisération pour ceux des usagers handicapés et malvoyants. Personnellement en attente de deux opérations de la cataracte (opacification du cristallin), j'en suis réduit à me servir de lunettes et ... d'une loupe auxiliaire pour identifier et appuyer sur les touches virtuelles minuscules de mon portable.

    Je ne tiens nullement à vous tirer des larmes par cet aveu public mais si je le cite, c'est que des milliers d'autres vieillards sont aussi gauches que moi en maniant leurs portables.

    Décidément, les cabines PTT, élégants parallélépipèdes cubiques, ne déparent point nos paysages urbains. Ils méritent vraiment des fonctions plus nobles que celle de poubelles à livres qui n'osent dire leur nom.
    Or, on ne saurait badiner en matière de sécurité publique, vous en conviendrez.

    Je propose donc à Swisscom de reconquérir sa dignité en lui restituant son cœur de métier : la communication !

    Chaque cabine devrait désormais être dotée d'un appareil téléphonique de secours, sans rondelle ni touches : ainsi les usagers en péril n'auraient qu' soulever le combiné pour appeler les secours sans avoir à se remémorer de numéros ni à les composer. L'appareil devrait se trouver à hauteur de main des enfants.

    Pour prévenir le vandalisme, lesdites cabines restaurées dans leur fonction originelle, devraient être dotées d'une ou de plusieurs cameras dissimulées derrière des miroirs sans tain. Ainsi nos belles qui auraient oublié leurs miroirs de poche pourraient aussi se repoudrer le bec avant leurs rendez-vous galants. Suis certain que vous m'approuverez sur ce point, au moins...

    Dans un commentaire précédent, « Richard » parle d'un cas mettant en jeu une vie humaine. Mon innovation pourrait, j'en suis sûr, sauver des vies,

    Comme on comprend ce blogueur ! Les smartphones sont déchargés dès qu'on en a un besoin  décisif !

    Enfin, votre titre « Lire et faire lire » me paraît excessivement impératif. Ne vaudrait-il pas mieux convaincre l'intelligence et persuader la volonté des lecteurs potentiels plutôt que de les « faire lire » alors qu'ils sont encore traumatisés par les lectures obligatoires traumatiques subies pendant toute leur scolarité ?

    Genève ne compte pas moins de dix Bibliothèques municipales et d'un Bibliobus. Qui dit mieux en matière de lecture gratuite ?

    http://institutions.ville-geneve.ch/fr/bm/?fb_locale=fr_FR

    Merci, chère consœur, pour vos blogs, toujours intéressants et si bien rédigés, comme au temps où nous oeuvrions ensemble à la TDG. Un aveu pour conclure : je me surprends parfois à lire en priorité les lettres de lecteurs et les blogs avant les articles de « notre » quotidien...
    jaw

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