Romont et la bénichon

Imprimer

La bénichon, la cuchaule, la cuquette, le vitroparcours, la Collégiale, le château et le Vitromusée, tout cela m’a été dévoilé un deuxième dimanche de septembre à Romont.

Un arrêt avant Fribourg, je décide de descendre du train et de découvrir une bourgade qui ne m’était connue que de nom.

J’en découvre les trésors en grimpant le long de la colline, car il faut mériter sa surprise. Le site de quelque 5000 habitants est constitué d’un centre ancien à son sommet, entouré d’un rempart dont on peut parcourir toute la circonférence, et qui est ponctué par quelques solides tours moyenâgeuses.

Arrivée sur la rue principale, je ne vois pas âme qui vive. Tout est bizarrement calme. Il est midi passé et je cherche un restaurant. Mais lorsque je pénètre dans un établissement ouvert, je suis accueillie par un brouhaha, de la musique, des bruits de voix et de fourchettes. Pas une table vide. C’est la bénichon, me dit-on. J’aurais dû réserver.

Le gueuleton de la bénichon

La bénichon, c’est un peu notre Jeûne genevois. Sauf qu’on se remplit la panse en remerciant le Bon Dieu pour les bonnes moissons. Bénichon vient du mot latin benedicto et se fête dans le canton de Fribourg le deuxième dimanche de septembre.

Le repas traditionnel se compose de la cuchaule (sorte de brioche safranée) à la moutarde, de la soupe aux choux, de jambon et viandes fumées avec carottes et pommes de terre, de gigot aux raisins avec poires et pommes, de gruyère et vacherin, et se termine par la meringue à la double crème.

J’étais privée de ce gueuleton succulent ; forcément, je n’avais pas réservé. Je trouve heureusement dans la Grand’Rue un café qui ne le proposait pas, mais qui m’accueille très gentiment, en m’offrant même la meringue au dessert, avec beaucoup de double crème, pour compenser. (Allez, je vous donne le nom du café : l’Escale.) Dans la pâtisserie voisine, je trouve la cuchaule et la cuquette (un biscuit feuilleté au beurre).

Ayant ainsi repris des forces, je poursuis mon ascension et fais un petit tour sur les remparts, où les poteaux du Vitroparcours renseignent sur les liens entre Romont et le verre.

vitroparcours.JPG

 

Les tours, telle celle du Sauvage, veillent sur la cité. Et c'est l'arrivée sur l'esplanade, surplombée d'un côté par la collégiale et de l'autre par le château.

 

Les vitraux de la Collégiale

collégiale.JPG

C’est dans la collégiale, Notre-Dame de l’Assomption, église gothique du Haut Moyen-âge, 13e et 15e siècles, que l’on peut voir ses premiers vitraux. Ils sont de toutes les époques. Les plus récents datent du 20e siècle. On a confié au Genevois Alexandre Cingria (1879-1945) les six fenêtres du haut qui évoquent les douze apôtres (1939). Dans la nef, l’Argentin Sergio de Castro (1922-2012) a apporté d’intenses couleurs à ses créations.

vitrail.JPG

Sergio de Castro : Le prophète Elie et son char de feu, 1981

Une musique enregistrée accompagne doucement le visiteur.

Le château de Pierre de Savoie

château.JPG

Le château construit par Pierre II de Savoie au 15e siècle a conservé l’enceinte sur trois côtés, que les enfants se hâtent d’escalader, et le donjon circulaire. La grande roue à eau en bois attire aussi les gosses qui grimpent sur ses rayons du 18e siècle. La cour est vaste, ombragée par des arbres somptueux.

Le Vitromusée

Vitromusée.JPG

Le Vitromusée, anciennement Musée suisse du vitrail et des arts du verre, ouvert en 1981, occupe une grande partie de l’édifice, qui abrite aussi la préfecture. Il évoque l’histoire du verre par ses objets et ses œuvres d’art. Le vitrail en est évidemment l’une des formes les plus élaborées, et la peinture sous verre est spécialement à l’ordre du jour avec une exposition sur la Chine.

Parmi les œuvres contemporaines présentées, un des artistes les plus saisissants est l’Allemand Jochem Poensgen dont voici un exemple.

Poensgen.JPG

Hinterglasbild 38/2015, 42x29,7 cm.(Deutsches Glasmalerei-Museum, Linnich)

Du couple américano-suisse Philip Baldwin et Monica Guggisberg, qui avait exposé au Musée Ariana en 2011, on admire l’immense bateau ivre, rempli de flacons de toutes tailles et couleurs.

L’atelier du verrier

Si, au bout de la visite, on n’a pas très bien compris comment s’élabore une peinture sous verre, on peut visiter l’atelier du verrier où amateurs et professionnels la pratiquent sous nos yeux.

 

Vitromusée, château de Romont, ouvert de mardi à dimanche, 10-17 h.

Lien permanent Catégories : Art 3 commentaires

Commentaires

  • Un souvenir personnel si vous permettez.

    Ma mère, fribourgeoise pur sucre, était originaire de Cheyres, au bord du lac de Neuchâtel, près d’Estavayer. A l’époque, nous étions des mômes, nous assistions avec la famille chaque année à ces fêtes de Bénichon qui alors ne consistaient pas seulement à se taper la cloche lors d’un repas assez peu basses-calories (pas autant cependant que celui de la Saint-Martin en Ajoie qui lui est vraiment pantagruélique), c’était aussi l’occasion d’un bal où la jeunesse du village et des environs se retrouvait. Et plus si affinités pourrait-on dire…
    Je me souviens, trop minots pour être admis mais déjà intéressés, nous regardions les jeunes filles (qui n’avaient jamais qu’une dizaine d’années de plus que nous, mais à cet âge c'est rédhibitoire...) qui tournoyaient dans les bras de leurs cavaliers en faisant virevolter leurs belles robes de gala…
    Le village avait alors un boulanger, une armoire à glace, qui avait une recette de cuchaule bien à lui. Je n’en ai jamais retrouvé une qui en ait la saveur et la finesse… Peut-être n’est-ce qu’une réminiscence enfantine embellie par le temps, comme les gambettes des jolies danseuses… Les bizules de ce temps-là, mes copains du village, tous devenus rentiers Avs, s'y retrouveront sûrement.
    Pour ce qui est de Romont, à part un dancing dont j’ai oublié le nom fréquenté en tant que militaire, je garde surtout le souvenir de la caserne de Drognens lors de cours de répètes. Rien qui ne vaille le détour comme on dit chez Michelin.

  • Merci à vous Maître Gislebert (je trouve que ce titre vous va comme un gant)
    pour ces beaux souvenirs de ce cher Pays de Fribourg!

    Ah la cuchaule, la crème de Gruyère et toutes ces jolies jeunes filles!

    Notre ami "Santiago" l'archivsite vous dirait sûrement d'en faire un poème ou au moins des les mettre par écrit.

    A très bientôt sur son blog,

    Arthur

  • « Maître Gislebert », vraiment c’est trop, appelez-moi simplement Gislebert…

    Je plaisante bien sûr, mais vous remercie pour votre aimable retour. On aura effectivement l’occasion de se relire sur le blog d’El Barbudo, encore qu’il paraisse ces temps plus préoccupé de politique que de poésie… Sûrement qu’Oona la volcanique gaélique lui en a fait une belle qui lui coupe la chique versifiante…

Les commentaires sont fermés.