Extinction inévitable?

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Ils passaient sous mes fenêtres. Une fanfare bruyante et bon enfant. Extinction-Rébellion. Provocation ou invitation ?

Je les ai rejoints et les ai accompagnés pendant quelques moments.

 

Qui ne souhaite pas défendre l’humanité contre elle-même ? Beaucoup de gens, semble-t-il. On va droit dans le mur, entend-on.

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Ces jeunes ont décidé d’entrer en action. Il faut commencer à aider la nature à se défendre.

Ils défilent au son des tambours et des cuivres, de Plainpalais au lac. Sans agressivité. Ils ne cherchent pas à bloquer la circulation et se rangent sur les trottoirs.

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Ils essaient de parler aux passants qui les regardent, narquois plutôt que convaincus.

 

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Hier, aujourd'hui et demain

Il fait heureusement un temps magnifique et ils apportent de la couleur dans les rues – contribuant ainsi au thème de la Journée du patrimoine.

Ils se sont déguisés, portant des masques, arborant des tenues agricoles, des vêtements de travail, des trois pièces. Une brouette remplie de terreau. Des mallettes représentant les coffres-forts des grandes banques. Un bidon à pétrole (simulé) avec lequel ils arrosent les trottoirs.

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Dame Nature a créé elle-même sa coiffure végétale et se rassasie en croquant une pomme.

Pour terminer la marche, une bicyclette (électrique) avec un porte-bagages. Un peu comme la voiture-balai d’un tour cycliste. La conductrice s’appelle Joy. Je n’invente pas. Joy est courageuse, elle a l’air joyeuse, mais elle s’inquiète. Pour son fils de cinq ans qu’elle balade habituellement sur le porte-bagages.

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Dans la sacoche arrière, je devine des bouteilles d’eau en plastique. Joy se défend : elle a apporté des flacons en verre, elle a même inséré des protections entre chacun d’eux pour éviter qu’ils n’explosent. Mais d’autres membres du cortège ont ajouté des bouteilles en pet.

A la place Neuve, le groupe s’arrête pour se regrouper et reprendre son souffle. Ils marchent depuis des heures et se fatiguent.

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Une dame les contemple. Je remarque qu’ils ont l’air sympathiques. Elle fait mine qu’elle ne comprend pas. Il faut passer à l’anglais. Elle est américaine, en voyage touristique à Genève et le lendemain, à Zermatt – qu’elle a de la peine à prononcer.

« Ils veulent sauver les animaux ?», demande-t-elle. Pas seulement, la planète en général, lui dis-je. Elle me raconte qu’elle vit dans l’Etat du Mississipi ; sa maison est au bord du fleuve et son jardin est régulièrement inondé. Heureusement, l’eau n’arrive pas jusqu’à la maison. Mais elle constate qu’il faudra empêcher les gens de construire aussi près du fleuve. Je n’ose pas lui demander pour qui elle votera l’an prochain.

Américanisation

Il faudra bien que les Etats-Unis prennent conscience de la destruction de la planète. Ne sont-ils pas parmi les plus gros pollueurs ? Quand je pense à leur influence sur le monde entier, je m’interroge. Pourquoi continuons-nous à nous américaniser ?

L’un des aspects de cette contagion se révèle dans le langage – ma marotte. Tout ce qui est nouveau porte aussitôt une appellation américaine. Qu’on la comprenne ou pas. Sur la plaine de Plainpalais, samedi dernier j’ai découvert ce panneau. Sans autre explication. (J'y ai adjoint deux petits autocollants)

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Le mot ne se trouve pas dans mes dictionnaires un peu vieillots. Il faut aller sur un site internet de traduction.

Plogging : jogging en ramassant les ordures, m’explique-t-il. De plug, brancher et jogging, courir. Ce terme s’impose dans les communes genevoises qui se battent pour la propreté. Il y aurait sûrement des idées françaises pour encourager cette bonne action: courdure, courdéchet..

                                                                        America

Certains artistes ne s'en laissent pas conter. L'Italien Maurizio Cattelan est de ceux-là. Il a donné pour titre à sa dernière oeuvre d'art: America, une cuvette de w.c. en or. Selon lui, elle faisait allusion à Trump et au marché de l'art. Peut-être aussi à l'Urinoir de Marcel Duchamp.

Il a été très amusé d'apprendre qu'elle avait été volée au palais Blenheim en Angleterre deux jours après son installation. Cela lui fait penser à une scène surréaliste où l'on déroberait des toilettes sans toucher aux bijoux de la couronne. Les Britanniques n'oublient  jamais leur sens de l'humour.

Ajoutons que l'objet d'art avait déjà été exposé au Musée Guggenheim de New York où cent mille personnes avaient pu s'y répandre pendant trois minutes chacune, sans anicroches.

Commentaires

  • Bonsoir Anne,

    En lisant votre billet d’humeur légère, écrit sur le ton badin du badaud, à moins que ce ne soit l’inverse, sur un sujet grave, éminemment d’actualité, le réchauffisme, l’environnement et le sauvetage de la planète Terre avec un grand T etc … vous allez peut-être vous ramasser les foudres des climatosceptiques, des réfractaires aux ukases, de tous ceux qui détonnent dans la chorale de la doxa dominante.

    Je dois vous avouer que j’en suis, mais, ma maman m’ayant bien élevé, je ne vais pas vous voler dans les plumes. Et puis je n’ai plus l’âge pour m’enflammer, quelle que soit la cause… A long terme, l’extinction est programmée, inévitable, forcément aurait dit feue Marguerite.

    L’écologie personnelle, je la pratique depuis belle luette comme le disent mes collègues Orl… Ces petits jeunes avec leur fanfare sont bien sympas, mais ils ne soulèvent pas le vrai problème. Les atteintes à l’environnement sont dues au nombre des hommes, à la surpopulation, à la concentration d’hyperconsuméristes que nous sommes pour la plupart…Ceux qui ne le sont pas pour des raisons économiques ne rêvent que de le devenir. Je défilerai, volontaire pour la grosse caisse, porteur de banderoles (suis déjà engagé chez Davier) le jour où il sera question de limiter la prolifération… Cela n’en prend pas le chemin puisqu’il est question partout de GPA ou de PMA, une véritable OPA sur les esprits … Faudrait changer le logiciel au niveau du disque dur de Homo paraît-il sapiens… Bien du plaisir.
    Me rappelle une sortie d’Helen Mirren, la magnifique actrice anglaise, à qui l’on demandait ce qu’elle faisait pour l’environnement : « Je n’ai pas eu d’enfant ! ». J’avoue ne pas avoir suivi ce chemin de vérité, j’en ai eu trois… Faites ce que je dis, vous connaissez la suite… Aurais dû faire de la politique

  • Bonjour Gislebert,

    Je me permet de vous contredire: la surpopulation n'est pas le fond du problème, loin s'en faut.
    En effet, si l'on prend les chiffres proposés par OXFAM en 2015 (https://www-cdn.oxfam.org/s3fs-public/file_attachments/mb-extreme-carbon-inequality-021215-en.pdf), les 10% des personnes les plus riches du monde, sont responsable de 49% des émissions totales de CO2.
    De l'autre côté de la balance, les 50% les plus pauvres de la population mondiale (3.5 milliard d'individus), ne sont responsable que de 10% des émissions globales.
    Et nous ne parlons ici QUE des émissions de la population.

    Greenpeace a mis en évidence que, rien qu'en 2017, UBS et Crédit Suisse, de part leurs investissements, ont généré DEUX FOIS plus de CO2 que toute la Suisse! (https://www.greenpeace.ch/fr/communique-de-presse/9395/les-grandes-banques-suisses-financent-des-emissions-massives-de-gaz-a-effet-de-serre/)

    Même, pour s'écarter un peu du sujet, en considérant les capacités planétaires de nouriture, les rapports de l'ONU, résumés dans le livre "Destruction Massive" de Jean Ziegler, montrent que nous produisons en moyenne suiffsemment pour nourrire de manière décente et régulière 12 milliards d'êtres humains. Soit presque le double du chiffre actuel.

    Ceci étant dit, l'hyperconsumérisme que vous évoquez est bien un réel problème. Mais seulement parce qu'aucune altérnative n'est proposée. Tant que le profit et la concurrence resteront nos moteurs économiques, pour viser toujours plus de croissance, les petites entreprises cherchant à proposer un modèle économique différent seront (presque) systématiquement détruites par le système capitaliste, car pas assez compétitives.

    Enfin, sur un niveau plus individuel, comme vous, (et comme je crois, un nombre toujours croissant d'individus) je pratique "l'écologie personnelle" depuis de nombreuses années. Mais lorsque l'on considère les chiffres évoqués plus haut (UBS & Crédit Suisse) ou des multinationales agralimentaires, par exemple, il est évident que les actions individuelles ne suffiront pas: il est impératif que les gouvernements mettent en place des régulations et des sanctions, afin que les entreprises cessent de détruire impunément notre planète, avec pour seule excuse le profit.

  • Chester@

    Evidemment, avec des références comme Oxfam, Greenpeace et, cerise sur le gateau, notre Ziegler national, on est mal barrés, comme disait ma grand’mère, pour un dialogue constructif…

    La bombe P a toujours été niée par les yakas « débarrassons-nous du capitalisme et des ploutocrates cupides d’abord ». Beau et vaste programme, l’ennui c’est de trouver un succédané qui ne « bugue » pas complètement le logiciel de nos frères humains. Ce changement de paradigme, comme on dit dans la bonne société, et la décroissance qui l’accompagnera ne se feront pas sans violence, ni douleur.… La révolte de GJ en comparaison apparaîtra comme une série de gentils monômes.

    Une sortie de René Dumont, « l’agronome de la faim », me revient en mémoire, qui écrivait à peu près : la Terre pourra peut-être nourrir douze milliards d’habitants, le problème sera de pouvoir manger assis…
    On va s'arrêter là.

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