Musée forteresse

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Lausanne a réussi en dix ans ce que Genève, avec tous ses atermoiements, n’a pas accompli en plusieurs décennies : un nouveau musée, qui s’est donné des airs de forteresse.

 

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Par contraste, l’identité graphique du Musée cantonal des beaux-arts Lausanne donne le tournis. Comment doit-on la lire ?

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Le Musée cantonal des beaux-arts a eu l’audace d’abandonner son palais centenaire de Rumine. Et Rumine, en perdant son M (pour musée), va-t-il devenir Ruine ? On ne le lui souhaite pas, tant il a de cordes à son arc.

En s’installant à proximité de la gare, le MCBA facilite l’accès aux visiteurs venant d’ailleurs. On lui a donné le nom de Plateforme 10, faisant suite aux 9 quais ferroviaires.

Pourquoi Plateforme 10 et pas Quai 10 ? Est-ce l’influence insidieuse de l’anglais ? Sous des dehors faussement français, le quai de gare anglais est effectivement a platform. Cependant, si je consulte mon Petit Robert, j’apprends que la plateforme est «  la partie de la voie préparée pour recevoir le ballast et les rails ». Elle peut aussi être une terrasse et bien d’autres choses encore, donc pourquoi pas un musée ? CQFD.

                                                               Architecture

Les architectes barcelonais Barozzi et Veiga ont été chargés du projet après avoir gagné le concours lausannois et avoir été les lauréats de prix prestigieux pour des projets tels que la salle du Philharmonique de Szczecin et le musée de Coire. (Barozzi Veiga)

Tenant compte de la proximité avec le chemin de fer, ils ont envisagé le bâtiment comme une barrière entre la ville et le rail. Ils ont cependant conservé le souvenir vivant du passé en incorporant le pignon de la nef centrale de la halle aux locomotives qui inclut  une lumineuse ouverture sur les voies et forme une sorte de chapelle.

Que la façade sud, vue des trains, offre, autour de ce grand vitrage, un mur uniformément gris ne gêne guère, mais que la façade nord, avec l’accès des visiteurs, ressemble à une prison, sinon à une forteresse, me gêne davantage. Si on regarde bien, on s’aperçoit que ce n’est pas du béton ; ce sont des briques. Mais rien que du gris.

Après la plaque tournante, dernier vestige des occupants précédents, on cherche l’entrée, qui est presque cachée.

De l’autre côté de ce qui devient une place publique s’élèvent déjà des ateliers, une suite d’arcades en demi-cercle qui contraste avec la verticalité du musée.

Dans deux ans, au fond de la place, une autre structure muséale achèvera l’édification de ce centre d’art lausannois. Les frères Manuel et Francisco Aires Mateus, de Lisbonne, ont gagné le concours pour la reconstruction du Musée de l’Elysée (musée de la photographie) et du mudac (musée de design et d’arts appliqués contemporains). Il s’agira d’une bâtisse moins austère, semble-t-il.

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Les frères Aires Mateus ont beaucoup construit au Portugal. En France, ils ont agrandi le Musée des Augustins à Toulouse et créé le Centre musulman de Bordeaux, qui ressemble un peu au projet lausannois.

                                                                       Entrée

Entrons maintenant par une porte étroite.

On est accueilli par le Luce e ombra de Giuseppe Penone, 2011 (donation Alice Pauli), un immense arbre de bronze qui se dresse au centre de l’atrium et rappelle celui du Musée du Louvre Abou Dhabi.

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J’ai pris cette photo depuis les marches qui mènent au grand vitrail nord. Elle montre les étranges proportions de ce hall d’entrée. De hautes parois vides sous un plafond de verre. Au fond, l’entrée, toute simple. A gauche, le guichet pour les billets et les renseignements. Et l’accès à l’ascenseur.

Le rez-de-chaussée abrite d’un côté la librairie et un Espace projet et de l’autre le restaurant, un auditorium et l’administration.

                                                                  Restaurant

Le restaurant vaut la peine qu’on s’y arrête. Il s’appelle Le Nabi, nom d'un groupe d'artistes de la fin du 19e siècle, pour lui donner une touche artistique. Et l’un de ses murs accueille une œuvre grand format, Nature never hurries (2,80 sur 5 m.) par Maya Rochat. L’artiste a été conviée par le Musée. Elle inaugure un programme d’invitations pour cet espace qui sera très visité, car le restaurant est bon et sympathique. Les invités seront en priorité des Vaudois s’étant fait connaître sur la scène internationale.

Maya Rochat, née en 1985, vit et travaille à Lausanne. Elle est active non seulement dans la peinture, mais aussi dans la photographie, la vidéo et la performance. Ses oeuvres ont été vues à Londres, Paris, Salzbourg, Genève et ailleurs.

Sa création au Nabi est constituée par une peinture et une photo superposée, donnant ainsi une impression de légèreté et de transparence très attirante. (Je n'ai pas pu prendre une photo qui lui rende justice.)

                                                            Exposition

L’exposition inaugurale remplit tout le musée : 349 œuvres sur trois étages, dans 14 salles. Elle rend hommage aux mécènes en puisant parmi les dons et dépôts actuels et anciens.

Le choix est magnifique, passionnant.

Nous y reviendrons une autre fois, mais pour donner un avant-goût, je citerai deux œuvres, l’une du passé et l’autre actuelle, qui figurent dans la salle consacrée à l’Histoire.

La plus ancienne date du 16e siècle. Elle a été peinte par François Dubois, Français né à Amiens en 1529 et mort à Genève en 1584. Huguenot, frappé par les guerres de religion, il a représenté le Massacre de la Saint-Barthélemy de 1572 (don de la municipalité de Lausanne, 1862), montrant la défénestration de l’amiral Coligny et beaucoup d’autres horreurs d’une façon si précise qu’on s’y croirait. De la même époque que Breughel l’Ancien, son style s’en rapproche.

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L’autre œuvre est signée par Sophie Calle (née en 1953) qui relate ses relations avec le major Davel. La plasticienne française, en séjour à Lausanne, avait admiré un tableau de la mort du major Davel qui avait brûlé par la suite. Le major Davel, 1994 (cibachrome) est un texte qui inclut un fragment du tableau  - un homme qui pleure -, dans lequel elle raconte l’épisode.

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Nous reviendrons bientôt pour la suite de l'exposition qui dure jusqu'au 12 janvier 2020.

Horaires: ouvert du mardi au dimanche: 10 h. - 18h. Jeudi 10 h. - 20 h.

Fermé le lundi, ainsi que le 25 décembre et le 1er janvier.

 

 

Lien permanent Catégories : Art 10 commentaires

Commentaires

  • "un tableau de la mort du major Davel qui avait brûlé par la suite" C'est un peu court, madame. Il a été incendié par un détraqué qui avait trop bien lu la critique artistique de Françoise Jaunin et qui s'intitulait "Au feu, les pompiers !".
    Cela méritait d'être dit, et aussi que c'était un tableau de Charles Gleyre, sacrifié sur l'autel de la cuistrerie journalistique...
    https://www.wikiart.org/fr/charles-gleyre/all-works#!#filterName:Genre_history-painting,resultType:masonry

  • Géo rappelle les circonstances de la destruction de cette toile de Gleyre, reproduite dans tous les manuels d’Histoire de la Suisse, enfin ceux de notre jeunesse…. Un acte de vandalisme perpétré au Musée de Rumine, de nuit, en 1980. J’ignorais par contre que l’incendiaire avait été motivé par un article d’ une critique d’art qui apparemment persiflait sur le style académique du peintre, je n’ai pas retrouvé l’article, pas plus que l’on a mis la main sur l’incendiaire d’ailleurs.
    Evidemment, la dame est une admiratrice de Soulages, alors Gleyre imaginez…

    Ce que j’aimerais rajouter c’est que les « pompiers » reviennent en faveur dans les musées de France, eux qui ont été tant moqués au siècle dernier… Une citation de Chastel, éminent historien de l’art du XXe siècle, recadre les contempteurs, Géo utilise le terme de cuistres, il exagère toujours un peu. Citation :

    "L'ouverture du musée d'Orsay en 1986 sera l'occasion de vives polémiques en France. Beaucoup y verront une réhabilitation des « pompiers », voire du révisionnisme. André Chastel considérait cependant dès 1973 qu'il n'y avait que des avantages à substituer à un jugement global de réprobation, héritage des vieilles batailles, une curiosité tranquille et objective."

  • Bonjour,
    J'en ai plus qu'assez de ces fanfaronnades lausanno-lausannoises.
    Oui, il y a de jolies choses faites à Lausanne. Mais arrêtez un peu cette auto-glorification qui commence à nous chauffer.
    "Ce que Genève n'a pas réussi en plusieurs décennies" : à quoi vous référez-vous ?
    Et le Musée d'ethnographique, dans son nouveau bâtiment flambant neuf au boulevard Carl-Vogt, autrement plus agréable à voir que ce cube ?
    Et la bonne vingtaine de musées que comptent Genève, et qui sont de haute tenue ?
    Cela me fait penser à la fake new de Darius Rochebin lancée précisément lors de l'inauguration de votre musée : "Lausanne capitale culturelle de Suisse romande". C'est du grand n'importe quoi, Genève au niveau culturel fait très fort et je le dis, possiblement beaucoup plus que Lausanne. Mais je n'aurais la prétention de l'affirmer.
    Et je ne vous dis pas lorsque la Cité de la musique sortira de terre à côté des Nations-Unies dans quelque temps.
    Voilà sans rancunes, mais comme je l'ai dit ici ou là, avec moi on ne critique ni démolit Genève sans réaction.
    Cordialement.

  • Le MEG de Genève, le musée catacombe, le caveau funéraire ? Magnifique.

  • Je n'aurais jamais cru que ce genre de dinosaure existait encore. Fascinant. Il faut envoyer d'urgence une équipe de paléontologues pour lui prendre son ADN, à ce diplodocus...

  • Entre le nouveau MCBA, le second bâtiment qui est en construction et la future maison de la culture du bâti, Plateforme 10 semble être une vraie réussite valdo-lausannoise. Quant à Genève, son fiasco du MAH (malgré les 40 millions promis par un milliardaire... vaudois) et la cité de la musique (merci là encore à une fondation milliardaire) à l'architecture sans grand caractère, elle démontre que l'argent ne fait heureusement pas tout.

    Entre le Chaplin's World Museum, le nouveau musée Audemars Piguet en double-hélice de la Vallée de Joux, Plateforme 10, Aquatis, les Collections de l'Art brut, l'Hermitage, l'opéra de Lausanne, l'OCL, la Cinémathèque suisse (Penthaz et Lausanne) agrandie et modernisée, le Montreux Jazz, le Montreux Comedy Festival, Paléo, le théâtre de Vidy, le BBL, Le Rosey Concert Hall, la Maison d'Ailleurs, les Numerik Games, l'arène d'Avenches, le msuée Yénisch et la kyrielle d'autres manifestations et institutions, Lausanne et le canton de Vaud sont incontestablement en train de se profiler comme la capitale culturelle de Suisse romande, tant par la diversité que par la qualité, et avec des moyens pas si gargentuesques.

  • Joli le gargentuesque, néologisme sympa. J'espère que ce n'est pas une faute de frappe...

  • Une cour de récréation de plus, me dis-je, en lisant ces commentaires.

  • Mère-Grand@

    Peu amène, votre remarque, même si bien amenée… Serions-nous tous devenus si mauvais ? Cela fait toujours plaisir, une fois passé ses septante balais, de se voir rajeunir aux temps de la petite école et de nos récréations. Commentez, commentez qu’ils disaient…

  • Néologisme? Plutôt une faute de frappe!

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