Musée de Lausanne : extraits

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Après le contenant, le contenu. Retour au Musée cantonal des beaux-arts de Lausanne pour mettre en évidence quelques œuvres saisissantes à plus d’un titre. Choix totalement subjectif, car il y en aurait beaucoup d'autres à signaler.

Je ne prends pas particulièrement en compte les orientations de l’exposition inaugurale, dans laquelle l’accent a été porté sur l’art des 20e et 21e siècles et où la balance penche fortement sur les tendances actuelles.

Sur les 141 artistes présentés, près des deux tiers sont nés après 1900 et beaucoup appartiennent à la scène internationale. Tandis que neuf seulement sont nés avant 1800. Pour le 19e siècle, les artistes suisses, et principalement vaudois, sont prépodérants. On compte vingt-six femmes, surtout contemporaines, ce qui indique que les critères changent.

Dans les onze salles consacrées chacune à un thème différent, les œuvres de toutes les époques se confrontent, suscitant des rencontres inattendues et stimulantes. Les productions de quelques artistes vivants donnent cependant l'impression d'avoir été incluses par principe politiquement correct, un musée cantonal se devant de soutenir l'art cantonal, voire helvétique. Ou est-ce que je radote?

Intitulée, « Atlas. Cartographie du don » l’exposition rend hommage aux dons. L’une des donations les plus significatives est celle de la galeriste lausannoise Alice Pauli à qui l’on doit les maîtres de l’art contemporain, de superbes Penone, Kapoor, Soulages, Nevelson ou Kiefer. Elle s’explique : « Il est primordial pour moi de contribuer à une meilleure connaissance des grands noms de l’art moderne et contemporain en permettant au public le plus large possible la confrontation avec les œuvres originales ».

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Les filles du Rhin d’Anselm Kiefer, 1982-2013, collage de gravures sur bois, acrylique et vernis sur toile, travail de longue haleine, est l’un de ses généreux cadeaux, ainsi que l’arbre Luce e ombra qui domine le hall d’entrée (voir la photo dans mon blog précédent).

La Fondation Félix Vallotton fait partie désormais du MCBA. Vallotton (1865-1925) est d’ailleurs avec un autre Vaudois, François Bocion (1828-1890), l’artiste le plus représenté dans cette exposition inaugurale. Plus d’une dizaine d’œuvres chacun.

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                    Barques à Ouchy, François Bocion, 1890 (don de la veuve de l’artiste, 1903)

Si Bocion a surtout peint des paysages lacustres, Vallotton a touché à des sujets très divers : scènes urbaines, domestiques, mythologiques, et paysages, de sorte qu’on le retrouve dans plusieurs salles. J’ai choisi Le Crime châtié, 1915, pour montrer à quel point, à travers un style très personnel, il participe à un thème bien actuel, la revendication de la femme.

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Autre collaboration importante du MCBA, la Fondation Gottfried Keller qui dépose ses collections dans plusieurs musées suisses. Ici elle propose une charmante Scène de la vie romaine ou Joueuse de harpe (1787), par un autre Vaudois, Jacques Sablet, né à Morges en 1749, mort à Paris en 1803, qui passa une vingtaine d’années en Italie.

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Puisqu’on en est aux Vaudois, n’oublions pas Charles Gleyre (1806-1874), dont la carrière s’est épanouie à Paris, après un grand voyage autour de la Méditerranée. Son Académie accueillit des élèves, devenus de grands impressionnistes, que son goût pour l’antique et son orientalisme n’ont guère influencés. Sa Minerve et les Grâces, de 1866 (acquise par une souscription publique), démontre la grâce de ses pinceaux.

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Il n’oublia pas son pays, la preuve étant L’Exécution du major Davel, qui fut partiellement détruit par un incendie criminel (voir mon blog précédent).

Balthus, artiste délicat, qui se donne des allures aristocratiques dans son autoportrait en Prince des chats, 1935, a vécu à différents moments de sa vie en Suisse, où il meurt au chalet de Rossinière en 2001. Sa veuve a créé une fondation, donatrice de cette œuvre.

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La vie de Balthasar Klossowski, dit Balthus (1908-2001), mériterait un roman. On raconterait ses amitiés avec les artistes de son temps, ses relations féminines, sa direction de la Villa Médicis à Rome, due au soutien d’André Malraux, son amour pour les chats qui égale celui des adolescentes qui, disait-il, exhalent plus de mystère que les femmes mûres.

Pour montrer un pan de la peinture suisse actuelle, voici Thomas Huber, né à Zurich en 1955. Il a étudié et travaillé en Angleterre, en Allemagne et aux Pays-Bas. Son Jacobs Traum II, 1997, offert par les Amis du Musée, met en évidence le postsurréalisme suisse, basé souvent sur des constructions architecturales. Son Échelle de Jacob oscille entre rires et pleurs, tandis qu'un personnage appelé FIGURE s'en balance. 

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Dernier sur ma liste, le trublion de l’art suisse : Thomas Hirschhorn, né à Berne en 1957, établi désormais à Paris. Une salle entière brillamment bricolée est consacrée à son Swiss Army Knife, une installation qui date de 1998, mais qui n’a rien perdu de son tranchant. Il s’attaque à des mythes – l’armée, l’or nazi, le luxe, la mondialisation, Hodler – et met en évidence des incompris, tel Walser.

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Hirschhorn agace par une certaine prétention, mais il faut avouer qu’il n’a pas toujours tort. Toutefois, est-ce encore de l’art ?

 

Le catalogue est un magnifique album (64 pages, 28 fr.) contenant un grand nombre de reproductions : Atlas, cartographie du don. Son format peu usuel – 42/28 cm – le rend difficile à manier, mais il est très complet.

Horaires : mardi-dimanche 10-18 h. Jeudi jusqu’à 22 h. Fermé lundi, Noël et Nouvel An.

Jusqu’au 12 janvier 2020.

Prochaine exposition : A fleur de peau. Vienne 1900, de Klimt à Schiele et Kokoschka. Du 14 février au 24 mai 2020.

 

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Commentaires

  • A fleur de peau, de Klimt à Schiele et Kokoschka, quel programme-découverte pour notre journaliste préférée... Revenant du Belvédère à Vienne (modeste demeure du prince Eugène de Savoie), je me demande si les plus belles toiles de Klimt partiront de Vienne pour Lausanne? Si c'est le cas, cela vaudra absolument le déplacement! Et un autre Blog!

  • Bonjour,

    Jolie présentation du musée et de son contenu. Mais aujourd'hui j'ai un point de désaccord. C'est un peu long et dans mes thèmes, alors j'en ai fait un billet:

    http://hommelibre.blog.tdg.ch/archive/2019/12/06/felix-vallotton-peintre-pre-feministe-pas-exactement-302941.html

    Bien à vous.

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