Londres-Paris-Genève

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Londres-Paris-Genève, le samedi 18 janvier 2020. Le ciel était bleu. Le trajet s’annonçait agréable.

On devait certes s’annoncer près d’une heure avant le départ, mais le train à la gare de Saint Pancras était à l’heure. Les formalités douanières ne furent pas trop pénibles, encore fallait-il, sans aucune aide, déposer ma valise sur un plateau, un peu élevé, pour les exigences de la sécurité.

Le passage sous la Manche ne fait plus peur à personne et se déroule sans encombre. Les annonces par haut-parleur sont à peu près audibles, malgré l’accent fortement anglais dans les phrases prononcées en français. Ma voisine, une Australienne en vacances européennes, s’en réjouit. Entendre l’accent de la jolie voix de la contrôleuse anglaise lui semble le comble du charme ferroviaire.

Bref, nous arrivons à l’heure.

Entre l’arrivée à la gare du Nord et le départ de mon train à la gare de Lyon, l’horaire est assez serré. Moins de deux heures. Comme ma valise était lourde, j’avais prévu de prendre un taxi. De toute façon, le RER D ne fonctionnait pas, touché par la grève des cheminots.

Bêtement, naïvement, je n’avais pas compté sur les manifestations du samedi – gilet jaunes et grévistes confondus. Me croyant maligne, j’évite de me joindre à la file en attente à la sortie de la gare et je hèle un taxi sur le boulevard. Mais il ne pouvait aller plus vite que ses collègues. On était aussitôt bloqué par des cordons de sécurité. 

Pendant une demi-heure nous avons tourné autour de la gare sans pouvoir nous éloigner. Un convoi d’une vingtaine de voitures de police, toutes sirènes enclenchées, passait dans un sens. Suivi, quelques minutes plus tard par un autre convoi, d’une vingtaine de motocyclistes casqués et le sifflet à la bouche, qui bloquait la route dans le sens inverse.

On ne rencontrait aucun manifestant. Sauf le déferlement policier. Au bout d’une heure je désespérais d’atteindre mon objectif à temps. Le chauffeur lui-même était impatient : il devait rejoindre sa base, à plus d’une demi-heure en temps normal. Tâche évidemment impossible.

Cependant, petit à petit, à grands coups de klaxon, sans brûler les feux rouges, nous avançons. Certaines avenues se dégagent peu à peu, en utilisant les allées de bus. Le chauffeur consulte régulièrement son GPS qui l’aide à trouver les routes où la circulation est la plus favorable.

La manifestation n’a pas encore atteint le quartier de la gare de Lyon et j’y suis déposée un quart d’heure avant le départ. Juste le temps d’acheter un gâteau et je me précipite sur le quai. Cinq minutes après, le train s’ébranle.

Le wagon est étonnamment calme, après toute cette agitation. Les voyageurs sont comme assommés. Un gros chien noir s’est installé au milieu du couloir et personne ne se plaint de la gymnastique nécessaire pour éviter de piétiner la bête. A l’arrivée à Bourg en Bresse, un couple se lève, l’homme tient le harnais de l’animal et la femme le suit, une canne blanche à la main.  Je comprends enfin pourquoi personne n’avait bronché.

L’arrivée à Genève se déroule normalement, avec quelques minutes de retard seulement.

Rentrée à à la maison, j’apprends les débordements, les quasi-émeutes qui atteignent la gare de Lyon. J’y ai échappé belle.

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Commentaires

  • Se rendre en France aujourd'hui tient du masochisme pur. Enfin, disons encore un peu plus que d'habitude...
    Cela dit, j'avais un maison en Espagne et pour se rendre dans ce pays, malheureusement...
    Les Français se disent le pays le mieux aimé des touristes. Et justement, le Drang nach Süden des Allemands, des Scandinaves est compté comme "touristes en France"...alors qu'ils traversent le plus vite possible.

  • N’aviez pas choisi le bon créneau horaire, Anne, pas de bol. Je reviens moi-même d’un séjour de plus de deux semaines dans la Ville Lumière, vous fais grâce de mes trains Lyria annulés, en carafe avec le troupeau Gare de Lyon, pas un taxi, tous coincés par une manif… Une ville de voyageurs errant comme des âmes en peine, couples, familles, tous à tirer leurs valoches à la recherche de leur hôtel ou pour regagner leurs pénates… Pas à dire les voyages forment la jeunesse !
    Ce sont les Parisiens qui souffrent le plus de ce bordel ambiant, en raison de la grève de la R’tape, comme ils disent. Le plus curieux à observer, c’est la résilience (apparente ?) dont ils font preuve, pour user d’un terme cyrulnikien…. Le royaume du système D : déferlement de trottinettes, de vélos, scooters, conduits n’importe où, n’importe comment, j’aimerais bien avoir des stats des services de traumatologie des AP-HP…
    En évitant l’émeute, vous avez peut-être raté le scoop pour une journaliste aux aguets, sur la brèche. Vous auriez pu goûter aux âcres lacrymos des CRS, décrire les tirs balistiques de leurs flashballs, enregistrer les cris des manifestants dont les plus excités sont carrément dans l’insurrection et se voient dans le Grand Soir… Dommage, vous avez laissé échapper une occase de décrocher le Prix Albert Londres, ça vous assoit une réputation de correspondante de guerre…

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