Les M du musée Marmottan

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Le Musée Marmottan est voué aux M. Il est installé dans le quartier de la Muette, à l’ouest du 16e arrondissement de Paris. Il porte désormais le double nom de Marmottan-Monet, 

à la suite du don de 89 tableaux de Monet par le dernier descendant direct du peintre, Michel Monet, en 1966. Grâce à l’architecte Jacques Carlu, une nouvelle salle lui a été attribuée qui met en lumière, dans la sérénité, l’œuvre sublime du pionnier de l’impressionnisme.

Un autre don, 25 toiles et 50 aquarelles, offert par les petits enfants de Berthe Morizot en 1993, a fait du musée le propriétaire de la plus grande collection des œuvres d’une femme que l’on peut placer au premier rang des artistes français de la fin du 19e siècle. 

Rappelons que le musée a été créé en 1934 à la suite du legs à l’Académie des Beaux-arts par l’historien d’art et collectionneur Paul Marmottan du bâtiment et de sa collection. Celle-ci était centrée sur l’époque Empire, tandis que des pièces du Moyen Age et de la Renaissance, notamment des miniatures, avaient été réunies par son père Jules Marmottan.

Paul Marmottan avait consacré un ouvrage au peintre Louis Boilly et c’est dans la rue qui porte ce nom qu’est situé le musée.

Mondrian

Des expositions y sont organisées régulièrement. La dernière en date était consacrée à un M : le peintre néerlandais Piet Mondrian, mettant en lumière ses débuts figuratifs. Puisque l’exposition a fermé ses portes le 26 janvier, je donne ici la possibilité d’en saisir quelques bribes.

Piet Mondrian (Amersfoort 1872 – New York 1944) était né Pieter Mondriaan. Qui se prononce « monnedriane » et qu'il décide, arrivé à Paris, de franciser en supprimant un « a ». Il découvre Picasso et s’intéresse au cubisme, et bientôt à l’abstraction rigide dont il deviendra un des pionniers.

Mais l’exposition met l’accent sur un aspect souvent négligé du peintre. Elle réunit des toiles qui avaient fait partie de la collection du mécène Salomon Slijper léguée en 1971 au Kunstmuseum de La Haye. Slijper soutenait le peintre en achetant régulièrement ses tableaux figuratifs. Lorsque le collectionneur demande à Mondrian en 1930 de lui peindre un tableau figuratif, celui-ci répond : « Je n’ai absolument pas le temps de produire une œuvre dans l’esprit dont tu me parles, ce qui me désole. Mais cette œuvre me prendrait trop de temps et je n’en ai pas. » Ce fut la fin de leurs relations.

Comme Van Gogh, Mondrian a été attiré par la spiritualité : il avait hésité entre le métier de peintre ou de prédicateur. Il s’intéresse à la théosophie. Son autoportrait de 1908 le dépeint comme une sorte de prophète.

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En 1918, à la demande de son commanditaire, il brosse un autoportrait plus conventionnel, prouvant qu’il n’a pas encore complètement renoncé à la figuration.

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On peut voir les changements de perception dans deux paysages. Le premier, Bosquet de saules sur le Gein date de 1902-1904.

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Le second, Bois près d’Oele (1908), est plus coloré et structuré.

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Le Portrait d’une dame (1912) est la première toile cubiste de Mondrian. Elle a été acquise en 1919 par Slijper avec un ensemble de 60 œuvres de son atelier. L’artiste en était très heureux : « Le portrait de la dame noire (cubiste) me paraît très bien », lui écrit-il. Même si Slijper ne l’eut sans doute pas choisi. Plus tard Mondrian remerciera Slijper d’avoir conservé l’ensemble de ses toiles. « Tu me les avais payées à l’époque avec ce dont tu pouvais te passer. Ce n’était pas aucungrand-chose, mais  autre ne l’a fait. »

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Le Moulin de 1911 n’est pas apprécié par le mécène lorsqu’il le reçoit. Sorte de passage entre le figuratif et l’abstrait, il saisit par le contraste des couleurs. Slijper finit par reconnaître sa beauté en l’incluant dans une rétrospective qu’il organise pour les 50 ans de Mondrian au Musée municipal d’Amsterdam.

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En 1914, cette Composition ovale en plans de couleurs 2, est proche d’un tableau qui fut, après les tractations de Slijper, accepté à titre de prêt à long terme par le Musée municipal d’Amsterdam un an après la rétrospective. Malgré ses réticences, Slijper soutenait toujours Mondrian dont l’absence de notoriété rendait la vie difficile.

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Nous n’irons pas plus loin dans le cheminement de Mondrian, sa théorie du néo-plasticisme, avec l’opposition des couleurs primaires et des non-couleurs. Il faut quand même inclure la Composition au grand plan rouge jaune noir gris et bleu, huile sur toile de 1921, qui rompt décidément avec le passé et rejoint l’abstraction quasi sectaire lancée par le groupe De Stijl. Slijper reconnaît les recherches de son protégé lorsque, en 1959, il décrit « la volonté inflexible déployée par Mondrian pour atteindre le fondement même de l’existence ».

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Malgré ses théories sur l’abstraction, Mondrian, comme un pianiste fait des gammes, dessinera tous les jours, à l’aquarelle, une fleur.

Dialogues inattendus

Le musée Marmottan organise d’autres expositions.

Sous le titre Les dialogues inattendus, il réunit un peintre de sa collection à un artiste contemporain. Jusqu’au 5 avril, Monet est confronté à l’artiste anglais Keith Tyson, né en 1969, lauréat du Prix Turner 2002, peintre, sculpteur, enseignant.

Avec ces deux toiles représentant des nuages, on peut se faire une idée des similitudes et des divergences entre deux époques et deux styles, deux manières d’aborder la peinture.

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All our endings, 2019, huile  sur aluminium, par Keith Tyson

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Bras de Seine près de Giverny, soleil levant, 1897, huile sur toile (dépôt de la Fondation Ephrussi de Rothschild) par Claude Monet

 

Lors du premier de ces Dialogues inattendus en 2019, l’invité était Gérard Fromanger, né en 1939. De ce dialogue subsiste une série de portraits représentant quelques-uns des artistes exposés au Musée Marmottan.

En voici quatre dont le style et les couleurs révèlent parfaitement l’esprit et l’humour de Fromanger: Auguste Renoir, Mary Cassatt, Eugène Boudin et Camille Pissarro.

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En marge de ces expositions, il m’est survenu une aventure dont je parlerai une prochaine fois.

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Commentaires

  • Se rendre à Marmottan, c’est que du bonheur, la sortie culturelle qui vous occupe sans problème la journée. D’abord, l’accès dès que l’on émerge du métro à la Muette (l’une des extrémités de l’avenue Mozart, encore un M !), la remontée de l’avenue de Passy, la traversée du parc du Ranelagh, avec un salut à Monsieur de La Fontaine faisant la leçon à son corbeau et son renard (on lui a remis une queue toute neuve à celui-ci, l’avait été vandalisée…), croisement de l’avenue Raphael et l’on est à pied d’œuvre. Rien que du beau monde…
    Si l’expo ne vous botte pas trop (j’avoue que Mondrian, même figuratif, bon…), vous avez toujours la possibilité de voir et revoir les expos permanentes. Vaste choix : des Monet bien sûr, avec la fameuse loco dans la neige et ses gros yeux jaunes, les Nymphéas, des Berthe Morisot, des Renoir, Pissarro, Sisley, Manet, un magnifique Caillebotte, un portrait de Bonaparte Premier Consul même….

    Et puis, au sortir, en redescendant sur le Trocadéro pedibus, ce ne sont pas les chouettes bistrots qui manquent pour se sustenter (Le Rallye Passy, avec sa cour intérieure, sans prétention, convivial ou alors un comptoir à huitres aux marché couvert de Passy (mais il ferme tôt). L’est pas belle la vie à Paris ?

    Cela, c’est le programme quand la Ratp fonctionne. Car autrement, selon l’arrondissement où vous créchez (Paris intramuros n’est pas si étendue mais quand même…), si vous devez tirer l’aller-retour à pinces, bien du plaisir.

  • Merci pour cette magnifique visite guidée du musée et la description pleine d’humour des aleas de déplacement en taxi.

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