Bataille de rues (bis)

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Revenons à ces changements de noms de rues que nous propose la Ville de Genève et qui ont suscité tant de réactions. Heureusement. Je reprends le combat.

Le carrefour des Vingt-Trois-Cantons, vous connaissez ?

 

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Contrairement à la place des Vingt-Deux-Cantons, à qui on offre la première maire genevoise, Lise Girardin, aucune habitation ne porte cette adresse. Voilà donc un lieu magnifique digne d’un nom féminin.

Il rend hommage à la création du canton du Jura. Franchement, était-ce nécessaire de lui consacrer cet emplacement ? On ne voit pas trop le rapport entre le temple de Plainpalais, sur lequel est apposée la plaque, avec ce canton à majorité catholique.

Je ne proposerai pas une nouvelle identité. Ce n’est pas ici mon propos. Je tiens seulement à suggérer une place que l’on pourrait débaptiser, sans trop de dommage, s’il fallait vraiment en arriver à cette solution pour mettre des femmes en évidence.

Les changements d’adresse posent toujours de gros problèmes aux habitants et à la Poste. Il ne faudrait s’y résoudre que pour des motifs solides.

Si l’on écarte les difficultés et que l’on choisisse des suppressions, il y aurait certaines possibilités : ces noms qui ne rappellent la mémoire de personne ou qui font double emploi.

La Baillive

En examinant, la nomenclature officielle, je suis tombée sur la rue de la Baillive, aux Eaux-Vives. Autrefois rue de la Ballive, elle portait le nom d’une propriété appartenant au professeur de médecine Alcide Jentzer (1849-1907) qui enseignait l’obstétrique et la gynécologie et fut aussi député au Grand Conseil. Or cet éminent scientifique n’a pas été négligé : une rue lui a été attribuée dans le quartier de la Roseraie, près de l’hôpital. La Baillive n’est donc pas indispensable.

Non loin de l’hôpital, deux rues portent des noms de couleur, Blanche et Verte, sans aucune raison d’être, sinon un manque d’imagination.

Les Philosophes ont un boulevard et une place. Le boulevard me paraît suffisant. Ne serait-ce pas là une bone place pour la philosophe Jeanne Hersch (1910-2000) dont le rayonnement est reconnu sur le plan international ?

Dans un précédent blog j’ai déjà fait allusion à l’équivoque remplacement du poète Jean Violette par la courtisane et poète Grisélidis Réal et à celui d’un autre poète, René Louis Piachaud par une personne du même nom qui avait été à la tête du service sténographique de la Société des Nations. J’ai appris depuis qu’elle portait le même nom pour une raison très officielle : elle était l’épouse du poète. Plutôt que de supprimer le mari, on pourrait rendre hommage au couple.

Des musiciens

Ce qui me fait penser à un autre couple qu’il vaudrait peut-être la peine de réunir : à la place Franz Liszt, pourquoi ne pas ajouter la célèbre Marie d’Agoult avec qui il vivait lorsqu’il résidait à Genève et en faire la place Marie d’Agoult-Franz Liszt ? A l’instar de la place Madeleine Renaud-Jean-Louis Barrault à Paris, dans le 15e arrondissement.

A propos de musique, le changement qui a soulevé la plus vive indignation a été l’effacement du plus grand compositeur genevois du 20e siècle Frank Martin par une obscure violoniste qui ne brilla que quelques années. Comment avoir l’idée de mettre au rencart l’auteur du Vin herbé, de la Petite Symphonie concertante, des oratorios In terra pax et Golgotha, de concertos, qui sont interprétés dans le monde entier ?

Un autre musicien est injustement visé, Bergalonne, Francis de son prénom, natif de Bretagne, qui fut chef d’orchestre du Théâtre de Genève de 1859 à 1901 et pendant vingt-sept ans dirigea le Corps de Musique d’Elite, la fanfare officielle de Genève.

Sa rue est toute proche du Musée d’ethnographie. Ce qui a suggéré l’idée de l’échanger contre Marguerite Dellenbach, l’ethnographe qui remplaça Eugène Pittard à la tête de ce musée. A propos de Pittard, son épouse, l’écrivaine Noëlle Roger aurait certainement mérité de figurer parmi les premières élues du chambardement.

Le Cirque

Puisqu’on en est à la culture, plaidons en faveur du maintien de la Place du Cirque, qui rappelle l’existence sur ces mêmes lieux du Cirque Rancy, un cirque permanent, très populaire, qui fut remplacé au début de 20e siècle par le cinéma Apollo, l’un des pionniers à Genève.

Les dames choisies pour cette première cuvée de seize dénominations (il y en aura une centaine au total) sont sûrement très respectables. Il en est d’assez surprenantes, telles les Trois Blanchisseuses mortes dans un accident en 1913. Mais il semble que l’on aurait pu débuter par des personnalités plus convaincantes. Ce qui aurait peut-être évité le tollé.

Lien permanent Catégories : Genève 5 commentaires

Commentaires

  • Contrairement à vous, j'ai beaucoup de sympathie pour les noms de rue "neutres", genre Blanche ou Verte (que je connais bien, une amie y habitait...).
    Et j'éprouve un profond dégoût pour cette foire aux vanités féministes ou non. Ce qui s'est passé à Neuchâtel à propos de Louis Agassiz, grand savant suisse, au profit d'une parlementaire qui n'avait pour elle que d'être "racisée" et femme est consternant. Agassiz a tenu des propos racistes en son temps ? Lequel d'entre nous ne l'aurait pas fait ? C'était aussi normal en son temps que d'être pour le GIEC aujourd'hui. Exactement la même chose et la leçon, c'est de ne pas se laisser avoir par l'air du temps...

  • " à la place Franz Liszt, pourquoi ne pas ajouter la célèbre Marie d’Agoult avec qui il vivait lorsqu’il résidait à Genève et en faire la place Marie d’Agoult-Franz Liszt ?"

    Mauvaise exemple, car Marie d'Agoult n'est célèbre que parce qu'elle partageait la vie de Franz Liszt et fut la mère des ses enfants. Ce serait quand même un comble de mettre son nom à elle avant celui du célèbre compositeur. Je préférerais qu'on nomme une rue rien qu'en son nom, mais pas ce genre de mélange.

    Dans ce cas on devrait aussi ajouter les noms des compagnons et maris des femmes d'après les noms desquelles on a nommé ou va nommer des rues! Je doute fort que les féministes hystériques apprécient.

  • Je n'ai pas l'habitude de reprendre le fil de la discussion, mais dans le cas de Marie d'Agoult, je prierai Marie A. de regarder un dictionnaire et elle verrait que Marie d'Agoult, sous le nom de Daniel Stern, a été une écrivain connue de son temps.

  • La qualité des propositions que vous faites pour aller dans le sens de cette reconnaissance par des noms de rue de l'importance des femmes dans l'histoire artistique, scientifique et sociale de Genève est fort admirable. Ce qui laisse songeur quant celle des propositions officielles du Conseil Administratif sortant. Comment a-t-on pu saboter aussi résolument une juste et bonne idée par un travail d'une telle indigence ? Manque de culture, mépris du passé, précipitation afin d'agir avant la mise à la retraite dorée des magistrats désirant laisser une trace de leur passage ? Le mystère reste entier. Il eût été bien difficile de faire pire en matière de lien avec la population. Cette absence de sens commun, déjà apparente dans la grotesque affaire des notes de frais, ne fait pas honneur à une fonction élue qui n'est pas une carte blanche.

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