"Entre guillemets" - Page 5

  • Les derniers mots

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    Lorsque l’on veut évoquer des œuvres littéraires, on cite souvent les premiers mots. Par exemple, qui n’a entendu cette fameuse phrase de Proust : «Longtemps, je me suis couché de bonne heure. » ? 

    J’ai choisi de prendre les romans par l’autre bout. Et je me suis rendu compte que, bien souvent, les derniers mots résument presque l’œuvre.

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  • Musées aux Pays-Bas

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    Récemment, je vous ai emmenés dans des musées suisses. Aujourd’hui je vous conduirai dans quelques musées néerlandais. Et vous découvrirez au bout de cette promenade une exposition de quatre Suisses, quatre frères, tous peintres, les Barraud.

    Où qu’on aille aux Pays-Bas, on trouve des musées, et de nouveaux, par surcroît. Sans oublier ceux que l’on agrandit.

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  • Le mystère Houellebecq

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    « Rien ne semblait pouvoir freiner mon chemin vers l’anéantissement. » « Je ne parvenais simplement pas à assumer la complexité du monde. » « La bonté ne s’était pas développée en moi. » 

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    Ces quelques phrases situent le personnage créé par Michel Houellebecq dans son dernier roman, Sérotonine (Flammarion 2019, 350 pages, 22 €). Il manque de sérotonine, une hormone liée à l’estime de soi, et par conséquent, il sombre dans la dépression.

    (Il semblerait que le déséquilibre de sérotonine expliquerait 50 % de cas de mort subite chez les nourrissons. Mais « je m’égare revenons à mon sujet qui est moi » dit le narrateur, et il ajoute : « ce n’est pas qu’il soit spécialement intéressant mais c’est mon sujet. » Remarquez la ponctuation, souvent frappante.)

    Mauvais début

    Sa vie a mal commencé. Il déteste son prénom, Florent-Claude, que lui ont donné ses parents, pourtant excellents, et si unis qu’ils choisirent de mourir ensemble. On prétend que si l’on n’aime pas son prénom, on ne s’aime pas non plus et que cela vous marque pour la vie. Mauvais début donc.

    Pourtant tout n’a pas été catastrophique, encore qu’il n’envisage rien d’autre que la catastrophe finale pour le monde sur lequel il jette des coups de projecteur ciblés. En ce qui le concerne, il a vécu des moments de bonheur absolu, partagé, et des périodes d’abattement profond, solitaire.

    Il s’en souvient maintenant que « le petit comprimé blanc, ovale, sécable (…) l’aide à vivre, ou du moins à ne pas mourir – durant un certain temps. » Mais il en a perdu tout désir érotique. Et il en parle beaucoup, d’un ton volontiers trivial, voire pornographique. « On me reprochera peut-être de donner trop d’importance au sexe ; je ne le crois pas. » « Le sexe demeure un moment dangereux (…). Je ne parle pas spécialement du Sida, encore que le risque de mort puisse constituer un piment vrai, mais plutôt de la procréation, danger en soi beaucoup plus grave ».

    Si le sexe est une partie du problème, ce n’est certes pas le seul.

    Les hauts et les bas de Florent-Claude emmènent le lecteur comme sur un carrousel, ballotté dans tous les sens. On passe de l’admiration à la répulsion, de l’agacement à l’amusement.

    Révolte prémonitoire

    Ingénieur agronome, comme l’auteur lui-même, le narrateur travaille en province et observe et comprend la situation souvent intolérable dans laquelle se trouve la paysannerie.

    Cela lui inspire un des plus beaux passages de son livre, celui où il décrit la lutte d’un aristocrate qui tente de subsister par une agriculture artisanale face à l’agronomie industrielle. Combat qui l’entraîne dans une révolte paysanne, dont la description paraît prémonitoire, à l’heure des « gilets jaunes ».

    Cet épisode sanglant l’incite à dénoncer le triomphe du libre-échangisme et la course à la productivité.

    Une fois de plus Houellebecq tape dans le mille. Ainsi qu’il l’avait fait dans Soumission, à la veille des attaques du djihad. Serait-il vraiment visionnaire ? Quoi qu’il en soit, il sait regarder et réfléchir.

    Têtes de Turc

    Lorsque l’auteur, qui n’oublie pas la littérature, s’engage dans des digressions percutantes, il s’en prend souvent aux écrivains : Rousseau, Proust, Thomas Mann ne font pas le poids ; Goethe est « un des plus sinistres radoteurs de la littérature mondiale » ; « Blanchot est l’auteur idéal pour apprendre à taper à la machine, parce qu’on n’est pas dérangé par le sens », aurait dit Cioran, selon Houellebecq. Etonnamment, Conan Doyle passe l’examen.

    Parmi ses têtes de Turc figurent les Hollandais. Que lui ont-ils fait pour qu’il stigmatise cette « race de commerçants polyglottes et opportunistes, on ne le dira jamais assez. (…) La Hollande n’est pas un pays, c’est tout au plus une entreprise. »

    On pourrait lui appliquer cette phrase qu’il écrit ailleurs : « Enfin je simplifie, mais il faut simplifier sinon on n’arrive à rien ».

    Le mystère Houellebecq

    En lisant Sérotonine, on n’arrête pas de se poser des questions. Où l’auteur veut-il en venir ?

    Négatif, désespéré, Houellebecq ? Ou laisse-t-il une faille positive où s’engouffrer ?

    Il nous tient constamment en haleine.

    A la dernière page, il récapitule : « J’aurais pu rendre une femme heureuse. Enfin deux ». Mais il nous entraîne tout à coup vers une autre piste, pas encore explorée. « Dieu s’occupe de nous en réalité. (…) Ces élans d’amour qui affluent dans nos poitrines jusqu’à nous couper le souffle (…) sont des signes extrêmement clairs. Et je comprends aujourd’hui le point de vue du Christ, son agacement répété devant l’endurcissement des cœurs. (…) Est-ce qu’il faut vraiment, en supplément, que je donne ma vie pour ces minables ? Est-ce qu’il faut vraiment être, à ce point explicite ? »

    Se prendrait-il pour le Christ ? Il conclut : « Il semblerait que oui. »

    Il reste entier, le mystère Houellebecq. 

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