La messe et les Huguenots (01/03/2020)

Les protestants qui protestaient contre l’organisation d’une messe à la cathédrale Saint-Pierre se réjouissent. Elle a été annulée, à cause du coronavirus. Ils y ont peut-être vu un signe de Jean Calvin. Et ceux qui hésitaient à s’y rendre et à participer n’ont plus eu besoin de se poser la question.

Pourtant l’invitation de la paroisse protestante n’était pas tellement révolutionnaire. La cathédrale en a vu d’autres. Ce n’est pas la première fois que des catholiques y sont reçus, ni d’autres religions d’ailleurs.

Le sanctuaire genevois a aussi accueilli des spectacles qui n’avaient rien de calviniste. Le film de Murnau, Faust, par exemple, y a été présenté avec un grand succès l’automne dernier.

Choisir pour date le 29 février était peut-être ironique : on ne pourra pas en faire un rituel annuel. (L’invitation sera reportée à la veille de la Pentecôte.)

La Saint-Barthélemy

D’autre part, par une curieuse coïncidence, au bas de la colline,  le Grand Théâtre affiche ces jours Les Huguenots. L’opéra de Meyerbeer met en scène les luttes entre catholiques et protestants et, particulièrement, le mois d’août 1572 pendant lequel se déroula le fameux massacre de la Saint-Barthélemy.

Ce massacre dont les responsables ne sont toujours  pas identifiés avec certitude.  L’historien Denis Crouzet s’est penché sur la question dans une conférence au Musée international de la Réforme et n’a pas choisi son ou sa coupable. Beaucoup d’historiens ont accusé la reine Catherine de Médicis.

Dans l’opéra, elle est nettement considérée comme l’instigatrice du complot. Ont-ils raison ? Elle avait pourtant essayé d’apaiser les querelles en organisant le colloque de Poissy où notre cher Théodore de Bèze avait été convié. Le mariage entre sa fille, la catholique Marguerite et le prince protestant Henri de Navarre était également dû à son initiative. Les ultras des deux côtés en ont décidé autrement.

Mais dépassons les querelles et tâchons de nous entendre.

Au Grand-Théâtre

La messe a été annulée et Les Huguenots ont triomphé, pourrait-on presque dire. Cependant, le Grand-Théâtre a aussi subi les conséquences du coronavirus. Il a fallu diminuer le nombre de spectateurs pour ne pas dépasser le total de mille personnes. Lorsqu’il faut déjà compter plus de trois cents participants au spectacle – musiciens  sur scène et dans la fosse et personnel dans les coulisses – il ne reste que sept cents places environ pour les membres du public, qui étaient encouragés à prendre leurs aises, en laissant des fauteuils  vides autour d’eux.

Puisque j’ai eu le privilège d’assister à l’opéra dimanche après-midi, je souhaite exprimer le bonheur que j’ai eu d’entendre une musique grandiose, des voix magnifiques et un orchestre dans une forme splendide sous la direction de Marc Minkovski. Je n’en dirai pas autant de la mise en scène qui m’a paru inutilement compliquée.

Évidemment, les metteurs en scène cherchent toujours à faire du neuf. Pour cela ils se sentent obligés de recourir à des contorsions si savantes qu’il est souvent difficile de les comprendre sans explications préalables.

Jossi Wieler, Sergio Morabito et Anna Viebrock sont allés puiser dans des films pour étoffer le sujet, passant d’une époque à l’autre : on commence dans les années trente avec des hommes équipés de raquettes de tennis, pour terminer en costume du 16e siècle avec des épées au côté, en passant par un duel en gants de boxe, un concours de beauté, et un chœur dont les chanteuses portent des renards de fourrure. Une débauche de costumes dont les huguenots n’auraient sûrement pas approuvé les dépenses somptuaires.

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