Triste gloire des frères Coligny (18/04/2021)

C’était il y a 500 ans, le 18 avril 1521 que naissait François de Coligny. Cet anniversaire  me donne l’occasion d’évoquer une famille qui connut son heure de gloire, si j’ose dire, pendant les guerres de la Réforme.

Ils étaient trois frères : l’aîné Odet, cardinal, né en 1517, le deuxième et le plus connu, Gaspard, amiral, né en 1519 et François, un homme d’armes. Tous les trois se sont convertis au protestantisme et en ont subi les conséquences.

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Odet, Gaspard et François de Coligny, par Daniel Dumonstier (Musée Condé,Chantilly)

Famille noble, seigneurs de Coligny-en-Revermont, près de Bourg en Bresse, ils héritent des terres de Châtillon-sur-Loing, qui devient Châtillon-Coligny, dans le Loiret.

Le père, maréchal de France, également appelé Gaspard, meurt jeune, en 1522. Il laisse une veuve avec ses trois garçons. Mais elle était la sœur d’un des plus grands notables de France, le connétable Anne de Montmorency, grand officier et chef de l’armée. L’oncle prend soin de ses neveux. De sorte que les trois fils de Coligny sont éduqués avec la famille royale et les enfants de François 1er. Ils sont aussi les amis des Guise qui deviendront leurs pires ennemis plus tard, pendant les guerres de religion.

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François de Coligny, vers 1555, atelier de François Clouet (Musée Condé, Chantilly)

La carrière militaire de François et de Gaspard débute  en Picardie, puis dans la campagne d’Italie. Inspecteur général de l’infanterie, François est envoyé en Ecosse pour soutenir les droits de Marie Stuart qui allait être mariée au futur roi de France François II. Les troupes françaises s’opposent à la Réforme et arrêtent le pasteur John Knox, le déportent en France où il est emprisonné pendant deux ans. John Knox n’était pas encore venu à Genève. Il n’y fera une première visite qu’en 1554, pour échapper à la catholique Marie Stuart qui régnait en Ecosse. Il y reviendra deux ans plus tard.

La guerre reprend en Italie, et François est capturé par les troupes de Charles Quint qui l’emprisonnent  au château de Milan entre 1555 et 1556. C’est durant cette période de retraite forcée que l’homme d’armes se convertit au protestantisme. De retour en France après sa libération, il reprend sa place dans l’armée d’Henri II contre les Espagnols et combat vaillamment.

La réputation de guerrier dont il jouit auprès du roi incommode la famille des Guise, très catholique, qui colporte des propos douteux sur son compte. Henri II le convoque. François de Coligny confirme son allégeance à la Réforme. Furieux, le roi le fait arrêter et l‘enferme au château de Melun. Après le château de Milan, le château de Melun : les châteaux ne lui portent pas chance.

A sa libération,  il trouve une situation nouvelle : d’un côté les Guise, catholiques, parti du roi et de la régente Catherine de Médicis. De l’autre les Condé, de la famille des Bourbon, protestants. Auxquels se rallie aussitôt François de Coligny.

La première guerre de religion est déclenchée par le massacre de Wassy en 1562 et s’achève par la mort de François de Guise.

La deuxième guerre éclate à la suite d’un événement dû aux protestants, en 1567. On l’a appelé la « Surprise de Meaux ». Avec son frère Gaspard et le duc Louis  de Condé, François tente de s’emparer du roi Charles IX (âgé de 7 ans) et de la reine mère, prétendument pour les sauver d’une attaque présumée. Cette conspiration ratée a pour conséquence de nouvelles violences de part et d’autre.

Le calme se rétablit, mais pour peu de temps. Une troisième guerre de religion se prépare. Les protestants subissent une lourde défaite à Jarnac.

Le coup de Jarnac

A propos de Jarnac, permettez-moi une petite parenthèse sémantique. Vous connaissez sans doute l’expression « coup de Jarnac » pour qualifier un acte perfide. Le Jarnac dont il est question ici n’est pas à l’origine de cette expression.

Elle provient d’un duel à l’épée entre deux aristocrates en 1547, une époque où les nobles étaient friands de ces défis en public. Le  baron de Jarnac, un jeune et fringant nobliau, par un coup inattendu, inédit et considéré comme perfide, tua La Chataigneraie, un adversaire plus chevronné que lui. C’est à la suite d’une joute de même acabit que mourra le roi Henri II une douzaine d’années plus tard.

Après la défaite de Jarnac, les protestants lèchent leurs plaies. François se retire à Saintes, une ville protestante. C’est là qu’il est terrassé par une violente fièvre et qu’il meurt, le 27 mai 1569. Cette mort a suscité des interrogations et des suspicions. Les milieux réformés l’ont attribuée à un empoisonnement.

Odet le cardinal

Ce n’est pas la seule mort dramatique des frères de Coligny. Deux ans plus tard, dans des circonstances totalement différentes, le frère aîné Odet mourra, lui aussi probablement empoisonné.

Odet de Coligny était d’une autre trempe que ses frères. Ce n’est pas par les armes qu’il s’est fait connaître. Il aimait le faste et les fêtes. Ayant été dès son enfance destiné à une carrière religieuse par son oncle Anne de Montmorency, il abandonna son droit d’aînesse à Gaspard pour entrer dans les ordres. A seize ans, en 1533, il reçoit le chapeau de cardinal des mains du pape Clément VII à l’occasion du mariage de Catherine de Médicis. Il est ensuite nommé archevêque de Toulouse, puis évêque comte de Beauvais, l’un des plus brillants et des plus riches évêchés de France. Il est aussi pourvu de nombreuses abbayes et prieurés et mène grand train dans sa résidence de Bresles, proche de Beauvais. Marot, Ronsard et Rabelais  lui dédient des œuvres.

Mais lui aussi, se convertit à la Réforme, abandonnant ses prébendes. Il est excommunié en 1562, se marie deux ans plus tard et participe à des expéditions contre les catholiques. Craignant d’être arrêté, il s’enfuit en Angleterre où il meurt de façon suspecte en 1571. Il aurait été empoisonné, comme son frère François.

Gaspard l’amiral

Un an plus tard, c’est le troisième frère, Gaspard de Coligny, amiral de France, le plus connu de la fratrie, dont on peut admirer la statue de pierre sur le Mur des Réformateurs à Genève, qui périt de façon dramatique et ignominieuse.

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Gaspard de Coligny, par Paul Landowski et Henri Bouchard (Mur des Réformateurs, Genève)

Gaspard avait été créé amiral à la suite de ses exploits au-delà des mers, en cherchant à installer des colonies au Brésil et en Floride. Il a aussi encouragé des corsaires huguenots à piller des navires espagnols. Après la mort de Louis de Condé, c’est lui qui devient le chef militaire des réformés.

Gaspard  a toujours espéré réunir tous les Français, catholiques et réformés, pour lutter ensemble contre les Espagnols. Son projet se heurte à la famille des Guise qui jalousent son influence sur le roi Charles IX. Ceux-ci décident d’agir, profitant de la venue d’un grand  nombre de protestants à Paris, à l’occasion du mariage de Marguerite, la sœur du roi, avec Henri de Navarre, le futur Henri IV.

Le 22 août 1572, Gaspard est l’objet d’un attentat qui le blesse mais ne l’achève pas. Il se repose chez lui où les tueurs le retrouvent, deux jours plus tard. Il est ainsi la première victime de la terrible tuerie de la Saint Barthélemy, le 24 août 1572. Jeté par la fenêtre, il s’écrase aux pieds de son ennemi intime, Henri le Balafré, duc de Guise, qui éprouve "une joie silencieuse", selon la scène atroce racontée par Alexandre Dumas dans La Reine Margot.

Il laisse une veuve enceinte de cinq mois.

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Le massacre de la Saint Barthélemy, vers 1572-1584, par François Dubois

(Musée cantonal des beaux-arts, Lausanne)

Tristes fins des trois frères de Coligny, ces grandes figures de la Réforme française.

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