L'heure de Sophie Taeuber-Arp (01/06/2021)

Artiste suisse multi-douée, Sophie Taeuber-Arp (1889-1943) reçoit un hommage mérité au Kunstmuseum de Bâle. C'est enfin l'heure de Sophie.

Sous le titre Sophie Taeuber–Arp, abstraction vivante, cette rare exposition personnelle est organisée par trois musées d’envergure.  Avec le Kunstmuseum, la Tate Modern de Londres et le Museum of Modern Art de New York se sont concertés pour réunir cet ensemble d’environ 250 œuvres mettant en lumière toutes les facettes de sa créativité.

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Autoportrait en photo à une époque où on ne parlait pas de selfie (1926-1927)

On peut aussi retrouver son art dans une exposition au Centre Pompidou à Paris intitulée Elles font l'abstraction (jusqu'au 23 août).

Il semble que les musées se soient donné le mot : place aux femmes. Le musée du Luxembourg a joué le jeu en offrant ses cimaises aux Peintres femmes de 1780 à 1830 (jusqu'au 4 juillet).

Comme beaucoup de compagnes d’artistes, Sophie Taeuber Arp a été éclipsée par son conjoint, Jean Arp. Pourtant son imagination artistique n’était pas moins vive et diverse que celle de son mari.

Née à Davos, elle suit des études à l’Ecole d’art et métiers de Saint Gall et s’installe à Zurich où elle s’initie à la danse expressive tout en s’adonnant à la broderie, au tissage et à la peinture. Comme si le métier à tisser l’avait inspirée, elle se lance d’emblée dans des œuvres abstraites dominées par l’horizontal et le vertical.

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Composition horizontale-verticale à triangles réciproques, aquarelle, 1918 (Fondation Arp Berlin, Photo Delfanne)

C’est dans une galerie zurichoise qu’elle rencontre Hans Arp (Strasbourg, 1886 - Bâle, 1966) en 1915. Elle s’engage avec lui et de nombreux artistes réfugiés en Suisse dans l’aventure de Dada au Cabaret Voltaire. L’un des participants, Marcel Janco, décrit la verve truculente que déployait Sophie lorsqu’elle dansait. A propos de leurs œuvres peintes, il remarque que Sophie et Hans « donnaient l’impression d’une œuvre collective, mais qu’elle incarnait quelque chose de très personnel ». De son côté, le critique Michel Seuphor, thuriféraire de l’art abstrait, la place au même niveau que Arp, Mondrian, Kandinsky ou Van Doesburg.

Sophie continue à manier des objets autant que la peinture. Pour décorer la production de la pièce Le Roi Cerf de Gozzi, elle fabrique des marionnettes à fil pleines d’humour et de finesse.

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Reconstitution des marionnettes présentée dans l'exposition (Photo Julian Salinas)

Le couple se marie au Tessin en 1922. Tandis que Arp voyage et expose à l’étranger, Sophie se consacre surtout à l’artisanat d’art.

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Coussin , 1922 (Arp Museum Remagen, photo Mick Vincenz)

Elle continue à enseigner à l’École des arts appliqués de Zurich, un poste qu’elle occupe depuis 1916 et ne quittera qu’en 1928, lorsque le couple construira leur maison-atelier à Clamart, près de Paris, sur les plans de Sophie. (Cette propriété est devenue la Fondation Arp ouverte aux visiteurs.)

Entre-temps, les Arp séjournent à Strasbourg pour obtenir la nationalité française – dès lors Arp francise son prénom – et Sophie se lance, avec son mari et Theo van Doesburg dans la décoration de l’Aubette, un bar-ciné-dancing, que d’aucuns ont surnommé la « chapelle Sixtine de l’art abstrait ».

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Grâce à un trompe-l’œil, on se croirait à l'Aubette (Photo Julian Salinas)

Sophie appartient aux groupes d’art abstrait Abstraction Création et Cercle et carré, mais, contrairement à son mari, elle ne rejoindra pas les surréalistes. Gérante du magazine Plastique, elle publie cinq numéros entre 1937 et 1939,  dont le premier est consacré à Malevitch et où elle mettra en évidence des artistes américains.

Des œuvres en relief sortent de ses mains, elle travaille le plâtre ou le bois.

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Envol, 1937, relief rond en trois hauteurs (Fondation Arp Berlin)

La guerre approche. Le couple, avec Sonia Delaunay et les Magnelli, se réfugie à Grasse, dans une maison appartenant aux Arp. Puis Sophie retourne en Suisse où elle meurt tragiquement, en 1943. En séjour chez Max Bill à Zurich, elle est asphyxiée par la mauvaise combustion d’un poêle. Triste et ironique fin d’une artiste qui a toujours gardé le contact avec l’objet et la vie domestique.

 

Sophie Taeuber-Arp, abstraction vivante, au Kunstmuseum Neubau de Bâle jusqu’au 20 juin. L’exposition ira à la Tate Modern de Londres du 15 juillet au 17 octobre 2021 et au Musée d’art moderne de New York du 21 novembre 2021 au 12 mars 2022.

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