Voyage rhénan (15/10/2021)

L’Unesco a inscrit les SchUM Städte, appelées la Jérusalem du Rhin, au patrimoine mondial de l’humanité en juillet dernier. C’est l’occasion de découvrir une région à l’histoire passionnante, aux confins des religions et des légendes. Après l’avoir visitée, on ne peut plus parler de Moyen Âge obscurantiste.

Trois villes, Spire, Worms et Mayence, forment les SchUM Städte, par leurs initiales hébraïques. Les communautés juives, venant d’Italie, notamment de Lucques (d’où sont venus aussi plus tard, à Genève, des protestants) y ont été très actives et prospères du 11e au 15e siècle. On en trouve encore des traces dans certains quartiers. Des synagogues, des yashivas, des mikvés, des cimetières, construits, détruits, réhabilités.

La première synagogue de Worms, la plus vieille synagogue de pierre d’Europe, date de 1034. Au même moment où Spire commençait à construire sa cathédrale. Certains édifices chrétiens pourraient avoir été bâtis par les mêmes artisans que les édifices juifs.

Cette synagogue a été reconstruite, avec sa salle de prières pour femmes ; elle est accompagnée d’une salle rappelant le séjour du grand rabbin français Rachi.

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Le cimetière juif de Worms, le plus vieux d’Europe, en activité jusqu’en 1911, conserve des pierres tombales depuis 1076. Elles s’enfoncent peu à peu dans ce que l’on a appelé « le Sable sacré ». S’il n’a pas été saccagé, c’est peut-être parce qu’il était situé un peu en dehors de la ville. Aujourd’hui, il est préservé des touristes qui ne peuvent marcher que sur les sentiers battus.

A Spire, où l’on voit les vestiges d’une synagogue de 1104, c’est le mikvé qui attire maintenant les visiteurs. Le bain rituel était destiné à la purification des juifs et pour les femmes au moins chaque mois, même quand l’eau, qui devait être courante et dans laquelle on devait se plonger entièrement, frisait le gel. Il a été conservé après le départ des juifs en le transformant en arsenal militaire.

Cathédrales

 

Si les SchUM rappellent le passé juif, les trois villes rhénanes sont aussi réputées pour leurs magnifiques cathédrales, avec parfois deux absides et quatre tours rondes ou carrées. Le plus accueillant de ces gratte-ciels médiévaux est celui de Spire, le superbe Kaiserdom avec sa crypte monumentale et ses fresques dans la « salle impériale » à mi-chemin d’une tour que l’on peut gravir jusqu’à une plateforme, trois cents marches plus haut, d’où l’on a une vue panoramique sur la ville et le Rhin. Mais on n’y distingue pas les champs d’éoliennes, nombreux dans cette région.

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Le Rhin, on ne peut l’oublier. A Worms, il est relié à la légende des Nibelungen. On entre dans la ville par le pont des Nibelungen dont la tour date de 1900.

 

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Une sculpture par Johann Hirt (1905) a été placée un peu plus loin : elle montre Hagen jetant le trésor des Nibelungen dans le Rhin.

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Puisqu’on y est, descendons donc le Rhin pour arriver à Mayence, la plus grande ville du trio avec ses 217.000 habitants. La cathédrale y est aussi la plus imposante, avec ses nombreuses sculptures, ses tombeaux monumentaux, ses deux chœurs coiffés de tours.

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Un bâtiment m’a particulièrement frappée, le grand théâtre, surmonté par une structure vitrée et non par un bloc de béton comme à Genève.

Mayence a pour titre de gloire d’avoir été la ville natale de Gutenberg. Un musée rappelle son invention au 15e siècle, mais il n’oublie pas de dire qu’une sorte d’imprimerie avait déjà été inventée plusieurs siècles auparavant par les Coréens.

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Buste de Gutenberg par W. Aaltonen, 1962

Revenons à Worms pour y admirer la cathédrale, louée par Victor Hugo : l’une de ces « magnifiques fleurs de la première architecture du Moyen Âge qui sont rares dans toute l’Europe et qui semblent s’épanouir de préférence au bord du Rhin. » Hugo poursuit sa visite dans une « pauvre petite église luthérienne » qu’il dédaigne. Mais, ajoute-t-il, « c’est une opinion d’artiste sur deux ouvrages d’art. Toute religion m’est vénérable. La catholique est nécessaire à la société, la protestante est utile à la civilisation ».

 

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Luther

Worms est aussi un centre du protestantisme, n’en déplaise à Hugo. C’est là que Luther, il y a 500 ans, confronté aux menaces d’excommunication et de bannissement, a prononcé ces paroles exemplaires : « Je ne veux ni ne peux me rétracter en rien, car il n’est ni sûr ni honnête d’agir contre sa propre conscience ».

Un monument gigantesque lui a été consacré en 1868. Luther trône au-dessus des précurseurs et quelques autres réformateurs dont, dans de petits médaillons, Calvin et Bèze.

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Il y a quelques belles églises luthériennes, dont celle de la Trinité à Spire, datant du début du 18e siècle, entièrement décorée du sol au plafond et le long des galeries.

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Mais ce qui frappe le visiteur dans ces villes rhénanes, ce sont les cathédrales, toutes restées catholiques. Cependant, en cette année 2021, les trois religions ont l’occasion d’être mises en valeur.

 

P.S. Comme je vais m’absenter quelques jours, je ferme le guichet des commentaires en vous souhaitant bonne lecture.

 

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