Harcèlement

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Le harcèlement n’est pas toujours ce qu'on pense, celui d’un homme à l’encontre d’une femme. Il arrive, plus rarement, qu’un homme subisse le même sort.

C’est un tel cas que raconte Annette Duchêne dans Le Syndrome (Slatkine), roman inspiré de faits réels, paru récemment.

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Qu’est-ce que ce syndrome ? La conviction délirante d’être aimé, principalement par une personne d’un niveau social inatteignable. Ce syndrome, un amour à sens unique, est appelé plus communément l’érotomanie et a été décrit en 1921 par Gaëtan Gatian de Clérambault (1872-1934). Psychiatre français, mais aussi peintre et photographe, il a dirigé le service psychiatrique à la Police de Paris. Jacques Lacan s’est dit très influencé par ses travaux.

La maladie touche surtout les femmes et révèle un manque affectif. Parmi les cas cités par Clérambault figure une Anglaise qui s’était entichée du roi George V et passait des heures devant le palais de Buckingham, persuadée que le souverain était amoureux d’elle.

Le roman d’Annette Duchêne expose une pareille fixation.

Puisque le drame n’est pas terminé – contrairement à l’épilogue -, puisque les protagonistes sont vivants, il a fallu les transformer, changer les lieux et les professions.  Et ajouter quelques éléments pour rendre l’histoire plus lisible et plus romanesque.

Un trop gentil patron

Pendant des années, un patron d’une grande compagnie, qui a eu la gentillesse de soutenir une de ses collaboratrices dans un moment difficile, en a été mal récompensé. Elle s’est imaginé que le geste compatissant était un geste d’amour. Et à partir de ce moment, elle n’a eu de cesse de chercher à se l’attacher. Utilisant tous les moyens, toutes les ruses, tous les mensonges pour s’infiltrer dans sa vie.

Comme elle se prétend sa femme, elle s’inscrit dans un hôtel en empruntant son nom. Invitée chez lui lors d’une réception pour les membres de l’entreprise, elle refuse de s’en aller et s’installe dans sa chambre à coucher. Transférée dans une filiale, elle parvient à soudoyer quelqu’un pour lui fournir les détails de son agenda et peut ainsi le poursuivre partout, même dans ses lieux de vacances.

La femme est douée d’un esprit d'invention diabolique. L’auteur a pu raconter toutes les péripéties sans avoir besoin d’en rajouter. L’affaire, qui lui avait été révélée par celui qui en était la malheureuse victime, lui avait paru tellement extraordinaire qu’elle avait décidé de la relater dans un livre. Avec l’accord du protagoniste masculin.

Premier roman

C’est le premier roman d’Annette Duchêne dont les activités jusque-là s’étaient dirigées vers d’autres voies. A côté d’études scientifiques, elle avait entamé une carrière de musicienne ;  après une virtuosité de chant au Conservatoire de Genève, elle s’est consacrée à l’enseignement de la musique au collège de Staël, une expérience qui lui a apporté beaucoup  de joie. Les leçons, les spectacles, les relations de confiance étaient aussi enrichissantes pour elle que pour ses élèves.

Annette Duchêne a aussi eu l’occasion de relire et de corriger plusieurs livres. Ce travail lui a suggéré l’idée de mettre sur le papier cette histoire difficilement croyable et pourtant véridique.

Les faits sont racontés en alternance par les deux personnages. Elle, persuadée que sa cible est amoureuse d’elle et n’ose pas le montrer. Lui, qui se défend tant bien que mal, plutôt mal que bien au début, ayant pitié d’elle. Avec l’aide d’un psychiatre qui lui fait comprendre le problème maladif de la femme, il réussit peu à peu à se préserver et à éviter son invasion, grâce à l’aide de ses amis. Courriers, par poste ou internet, appels téléphoniques, parfois totalement incohérents, continuent, mais il peut les dévier. 

Procédure classée

La police est parfois appelée en renfort, la harceleuse passe quelques jours dans une clinique psychiatrique, rien n’y fait.  Malgré des faux dans les titres et des menaces, la procédure engagée n’est pas poursuivie. Une simple sommation lui est adressée. « La procédure est classée et sera reprise sur simple recharge de M., dans l’hypothèse que vous veniez à réitérer vos agissements », a déclaré le procureur général.

Que faut-il pour que la victime reçoive justice ? Qu’elle soit assassinée ?

« Comme on peut le constater, le droit suisse est encore bien peu sévère contre celles et ceux qui pratiquent le harcèlement mais, je l’ai déjà dit, les choses changent… », conclut le harcelé. Espérons-le avec lui.

Cet ouvrage vient au bon moment.

 

P.S. Vous pouvez le commander sur le site de l’éditeur :  www.slatkine.com. 

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Commentaires

  • Bonjour Anne,

    Deux remarques, anecdotiques, à propos de votre billet :

    Lacan a effectivement reconnu ce qu’il devait à Clérambault…en 1966, dans un hommage bien tardif, ce dernier étant mort en 1934. Les relations entre le maître et l’élève, le moins que l’on puisse dire, ont été plutôt conflictuelles. Freud, ô mon bel ego…

    Pour ceux que le jargon psy ne rebute pas trop, un article-biographie très complet :

    https://www.cairn.info/revue-la-cause-freudienne-2010-1-page-222.htm

    Votre anglaise atteinte d’érotomanie et attendant devant les grilles du palais : voilà le parfait exemple de cette paranoïa décrite par Clérambault. Faut être très atteinte pour faire une fixette sur Georges V ; il avait autant de charisme et de séduction qu’une moule, aucune culture, pas d’humour, tout le contraire de son papa Edouard VII, qui en tant que Prince de Galles ou sous un pseudo pour ne pas fâcher Mum Victoria, faisait les beaux jours ou plutôt les belles soirées du Chabanais et a laissé des souvenirs émus aux Parisiennes de l’époque, si l’on en croit les confidences de quelques « belles horizontales » des neiges d’antan.

    En ces temps de confinement, et pour ceux que la (petite) Histoire intéresse, un bouquin épatant de Stephen Clarke : « Edouard VII. Un roi made in France ».

    Une petite Histoire peut-être, mais c’est comme cela qu’on bâtît une Entente cordiale.

  • Le harcèlement femme/homme c'est parallèle à la violence femme/homme !

    On imagine que seuls les hommes sont capables de violence ce qui est archi-faux, les hommes subissant le chantage "financier" comme celui de la violence "physique" : j'accepte ceci ou cela (sexe) contre de l'argent sonnant et trébuchant !

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