Jeu de masques

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Petit dialogue débile et anémique qu’on imagine pendant une journée de confinement.

- Je suis viré !

- On t’a vidé ?

- Non, je n’ai pas été renvoyé, du moins pas encore. J’ai le virus.

- Le virus de quoi ?

- Le virus de la grippe, voyons.

- On t’a pris en grippe ?

- Mais non, la grippe, the flu.

- Le flou, tu es fou ?

- Le coronavirus.

- Alors tu es couronné !

- Non, je suis masqué.

- Ces horribles machins bleus qui cachent le sourire ? Pourquoi ne sont-ils pas roses ?

- C’est mieux que noir.

- On se plaignait des tchadors ou burquas et on fait la même chose ?

- Nécessité fait loi !

- Tombe le masque !

- Pas maintenant ! Il va falloir s’y habituer.

- Comment ?

- Chacun, malade ou pas, devra en porter. Et tu verras, la mode s’y mettra aussi.

- Comment ?

- Comme les chaussures X, les jeans Y et les T-shirts Z, on va trouver des masques de marque.

- Je croyais qu’on avait freiné le consumérisme.

- Pas de si tôt.

- Où les acheter, puisque les boutiques sont fermées ?

- Tu as entendu parler des achats en ligne, non ?

- Pour un objet aussi petit ?

- On en commandera des douzaines. Il faudra bien avoir le choix.

- Comment choisir ?

- Pour éviter qu’il jure avec la couleur des vêtements.

- Faudra-t-il jeter les masques ?

- Non, on pourra les laver. Ainsi qu’on se lave les mains.

- Comment les laver ? Les blanchisseries sont fermées.

- Les laver à la maison.

- Laver le linge sale en famille, ce n’est pas dangereux ?

- Au contraire, on est plus solidaires.

- Laver le masque et puis bientôt le lever. Quand finira-t-il, ce jeu de masques ?

- Quand on aura retrouvé le sourire.

- Bas les masques !

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Commentaires

  • Votre billet, Anne, autour d’un dialogue apparemment improvisé, émaillé de coq-à-l’âne, aussi virtuel que peuvent l’être ceux que nous entretenons en ces temps confinés et où il est question de masques, m’a rappelé une fable de Monsieur de La Fontaine, « L’Ivrogne et sa Femme ».

    D’une part parce que l’épouse se costume en bacchante, d’autre part parce qu’il est tellement vrai que grande est la tentation ces jours, pour tromper l’ennui qui guette, de picoler plus que de raison. Enfin je cause pour ma paroisse, « Chacun a son défaut… »

    Imaginer sa compagne en grande prêtresse de Bacchus, La Fontaine avait de l‘avance : après tout c’est la représentation d’Eurydice, jusqu’ici fidèle épouse et personnage secondaire et un peu terne du mythe, qu’en fait Offenbach dans son « Orphée aux Enfers » ; elle devient une insolente, une effrontée qui se moque de son mari, revendiquant sa liberté. Des scènes de ménage beaucoup plus drôles que celle que Fricka tient à Wotan, premier acte de la Walkyrie, où le temps paraît se dilater étrangement. Et pourtant j’aime RW…

    L'IVROGNE ET SA FEMME
    Chacun a son défaut, où toujours il revient :
    Honte ni peur n'y remédie.
    Sur ce propos, d'un conte il me souvient :
    Je ne dis rien que je n'appuie
    De quelque exemple. Un suppôt de Bacchus
    Altérait sa santé, son esprit et sa bourse.
    Telles gens n'ont pas fait la moitié de leur course
    Qu'ils sont au bout de leurs écus.
    Un jour que celui-ci, plein du jus de la treille,
    Avait laissé ses sens au fond d'une bouteille,
    Sa Femme l'enferma dans un certain tombeau.
    Là, les vapeurs du vin nouveau
    Cuvèrent à loisir. À son réveil il treuve
    L'attirail de la mort à l'entour de son corps :
    Un luminaire, un drap des morts.
    Oh ! dit-il, qu'est ceci ? Ma Femme est-elle veuve ?
    Là-dessus, son Épouse, en habit d'Alecton,
    Masquée, et de sa voix contrefaisant le ton,
    Vient au prétendu Mort, approche de sa bière,
    Lui présente un chaudeau propre pour Lucifer.
    L'Époux alors ne doute en aucune manière
    Qu'il ne soit citoyen d'Enfer.
    Quelle personne es-tu ? dit-il à ce fantôme.
    La Cellerière du royaume
    De Satan, reprit-elle ; et je porte à manger
    À ceux qu'enclôt la tombe noire.
    Le Mari repart sans songer :
    Tu ne leur portes point à boir

  • Puisque vous aimez les histoires d’amour qui finissent mal, je vais vous en conter une de bien lacrymale : 梁山伯与祝英台.
    Zhu Yingtai naît dans une famille riche de Shangyu (province du Zhejiang). Elle est la seule fille d’une fratrie de 9 enfants. Ses frères vont à l’école, mais la tradition de cette époque (dynastie Jin, 266-420) veut que les petites fille restent à la maison. Elle est intelligente et aimerait s’instruire. Elle imagine donc de s’habiller en garçon et parvient à entrer à l’école, avec l’accord de son père. Un jour que les élèves sont en excursion à Hangzhou, Zhu Yingtai fait la connaissance de Liang Shanbo, qui vient de Shaoxing (même province du Zhejiang). Ils sympathisent et vont étudier ensemble dans la même école pendant trois ans. Mais la nature, hélas…
    Zhu Yingtai tombe amoureuse d’un Liang Shanbo qui, obnubilé par ses études, ne s’était pas aperçu que son pseudo-copain d’école était devenu une femme, avec tous les attributs nécessaires. Malheureusement (ça commence !), Zhu Yingtai est rappelée à la maison par son père. Avant de partir, elle raconte tout à la femme de leur maître : sa véritable identité et l‘amour qu’elle porte à son camarade, puis lui demande de remettre un pendentif en jade à Liang Shanbo.
    Plusieurs mois passent avant que Liang Shanbo ne rende visite à Zhu Yingtai. Il découvre enfin qu’elle est une femme et quel ballot il a été jusque-là. Il font alors vœux de s’aimer jusqu’à ce que la mort les sépare. Mais (ça continue !), les parents de Zhu Yingtai ont décidé de la marier avec un homme d’origine noble nommé Ma Wencai (aucune parenté avec Jack Ma). Le cœur brisé, Liang Shanbo ne tarde pas à mourir de chagrin.
    Le jour de son mariage avec Ma Wencai, Zhu Yingtai passe en bateau près de l’endroit où Liang Shanbo est enterré. Une mystérieuse tempête éclate soudain, obligeant les passagers à descendre à terre. Zhu Yingtai apprend alors que c’est l’endroit précis où Liang Shanbo est enterré : elle s’effondre de désespoir et supplie que la tombe s’ouvre. Patatras ! Le sol s’ouvre dans un fracas de tonnerre et Zhu Yingtai se jette dans le trou béant pour rejoindre son amoureux.
    Deux papillons s’envolent gracieusement de la tombe pour rejoindre ensemble l’infini.

  • Il semble que l'on ne meurt que du "corona 19" cette année! Alors Je vais attendre le corona 20, pour ne pas faire comme tout le monde!

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