Tous les sens

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Lorsqu’on est covidé, on perd le goût et l’odorat. Deux sens sur cinq. Il reste l’ouïe, la vue et le toucher.

On se rend compte de l’importance d’un sens dès qu’il nous manque.

Il n’existe pas de hiérarchie définitive des sens, elle diffère selon chaque individu. Ne plus reconnaître le goût d’une fraise ou d’un grand vin et l’odeur d’une rose ou d’un bébé propre enlève un des plaisirs de l’existence, certes. On pourra dire comme Baudelaire, « le printemps adorable a perdu son odeur ! » (1) Et ne pas remarquer la pourriture et une fuite de gaz peut être dangereux. Mais l’agueusie et l’anosmie ne semblent pas les pires problèmes.

Pour la vue et l’ouïe, on est fréquemment handicapé par une baisse de leurs fonctions. Il est possible d’améliorer la situation en s’équipant de lunettes et d’appareils auditifs. Quelle tragédie, en revanche, si l’on devient totalement aveugle ou sourd.

Le sens du toucher

En ce qui concerne le toucher, la chose est complexe. A moins d’être paralysé, les mouvements des mains restent libres. On a la possibilité de les employer normalement.

Mais désormais, on est privé, en raison de l'instauration des gestes-barrières, d’une partie essentielle du toucher, celle qui représente le contact avec notre prochain.

On ne peut plus exprimer son amour ou sa tendresse en embrassant, enlaçant, caressant, pelotant, tripotant, en serrant ou en baisant la main, ni exprimer sa colère en frappant, giflant, fessant, bousculant. On ne peut jouer à touche-touche.

Je me demande s’il n’y a pas davantage de vieilles personnes mortes faute de contacts avec leurs proches plutôt qu’à la suite d’une infection au coronavirus. Principalement dans les EMS. La relation physique est nécessaire pour sentir que l’on participe à la vie familiale ou sociale. Quel est le sens de l'existence si l’on ne peut voir ni toucher ceux qu’on aime ?

Le sens des consignes

En me posant cette question, je ne jette pas la pierre aux maisons de retraite qui font de leur mieux, dans les circonstances, vu les consignes de confinement. Ce sont ces consignes qui me rendent perplexe. Ont-elles un sens ?

Pour une personne âgée, atteinte de démence ou d’Alzheimer, l’absence des visites de leurs proches ne représente sans doute pas une perte sensible. Et encore, qu’en sait-on ? Mais ce vide doit être insupportable pour des résidants d’EMS conscients de la situation, traités comme des pestiférés et mis au ban de la société. La gentillesse du personnel ne peut remplacer la présence de leur famille ou de leurs amis.

Par son règlement draconien, le confinement manque de nuances et met tous les vieux dans le même sac. C’est traiter le problème avec le plus petit dénominateur commun.

Le sens de la religion

Pendant la période de Pâques on a parfois cherché une aide auprès de la religion. A-t-elle un sens ? Là aussi les contacts réels ont été coupés, remplacés parfois par le virtuel. Faut-il trouver une réponse chez Camus, dans La Peste ? « Peut-être vaut-il mieux pour Dieu qu’on ne croie pas en lui et qu’on lutte de toutes ses forces contre la mort, sans lever les yeux vers le ciel où il se tait. »

Quand les recherches sur un vaccin arriveront à bout touchant, on pourra enfin se serrer dans les bras. Mais combien auront péri jusque-là ?

 

1) Citation proposée par Tatiana de Rosnay dans La Grande librairie du 29 avril sur France 5.       

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Commentaires

  • Les covidés ? Jolie trouvaille, les mène-t-on à la pâture aussi, pour les y laisser ruminer seuls dans leur coin ? Pas à l’abattoir quand même ?

    Les organes des sens, vrai qu’ils se font la paire souvent bien avant que la pompe ne s’arrête. On ne va pas dresser un tableau clinique des dégénérescences sensorielles diverses qui nous guettent, des récepteurs tactiles de la peau qui s’effacent au durcissement des osselets de l’oreille moyenne en passant par le rététinement de la rétine… Cela risquerait d’assombrir l’humeur de l’aimable lecteur, de lui torpiller le moral, une pandémie et un confinement à la fois please.

    Conserve-t-on ce sixième sens qui met en garde contre les dangers ? Sérieux doute, autrement on ne se laisserait pas enfermer dans un Ems…

    Le sens de l’orientation, pas d’illusion à nourrir, suffit de demander aux gendarmes le nombre de seniors égarés qu’ils ramènent au bercail.

    Le bon sens, l’apanage de l’âge et la sagesse résignée qui va avec ? À lire les commentaires des internautes censément sensés, il n’est pas si répandu que cela. Sauf en cas de démence, on ne doit pas tellement s’apercevoir de sa disparition.

    Reste le sens de l’humour, de toute façon l’un des moins partagés…C’est la politesse ou coquetterie des désespérés comme le disait – à peu près – Chris Marker. Un aphorisme que l’on a prêté à beaucoup de monde. Nous on est polis, coquets, mais pas désespérés. Enfin pas toujours…

    Bonne suite, c'est jour de fête (enfin pas partout)

  • Le sens, Comme dirait François Cheng, ce mot polysémique comprimé en une seule syllabe qui donne lieu à trois définitions; la Sensation, la Direction (cheminement devenir), et la Signification (réalisation).

  • "Quel est le sens de l'existence si l’on ne peut voir ni toucher ceux qu’on aime ?"
    Alors ma vie n'aurait aucun sens ? Ne vous en faites pas, je l'avais compris depuis longtemps. Mais je crains que la vôtre et les vôtres n'en aient pas davantage...

    A propos des incarcérations dans un EMS : entendu un psychiatre du nom de Haas qui trouvait scandaleux que les prisonniers de ces EMS aient le droit de boire de l'alcool. Il prétendait limiter la consommation de vin à un demi-verre par jour. On se réjouit tous de vivre plus longtemps, pour que l’État puisse pomper tous nos biens en nous cantonnant dans ses mouroirs...

  • J'ai eu quelques jours d'état grippal avec des courbatures il y a 6/7 semaines, juste au début de ce confinement! Etait ce le corona, une petite grippe, ou le rhum des foins, en tout cas l'odorat qui était parti est bien revenu quelques jours plus tard, les courbatures ont disparues et moi je ne suis pas encore parti! Les sympthomes du corona, de la grippe et du rhume des foins sont assez semblables, alors pas de panique! En tout cas pas de dafalgan à tort et à travers! On se pourri la santé avec tous ses médicaments! J'ai regardé quelques articles sur la grippe espagnole de 1918, les choses se sont arrangées quand les médecins ont compris qu'il fallait mettre les malades à l'extérieur et au soleil! Plutôt que de les laisser confinés dans des salles polluées par le virus!, Comme quoi nos médecins eux ne l'ont pas compris! Aérez vos appartements et faites de l'exercice devant vos fenêtres grandes ouvertes!

  • Et le sens de .............l'humour????? Dans tous les sens celui-là, ils nous fait du bien!

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