La Covid-19

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L’Académie française, surnommée la Vieille Dame du Quai Conti, qui prend toujours le temps de la réflexion, est sortie de son confinement pour annoncer qu’il fallait féminiser le Covid-19. Pourquoi ?

Parce que cet acronyme signifie en anglais Coronavirusdisease, c’est-à-dire maladie du coronavirus. Maladie étant féminin, il faut dire la Covid-19. La formule a été lancée par le Québec, semble-t-il.

Féminisation

Pour nous convaincre, on cite l’exemple de la CIA, Central Intelligence Agency, qui est féminine parce que l’agence en français est féminine. Compte non tenu du nombre de ses agents masculins. Dans le sabir des linguistes, on explique que « les sigles et acronymes ont le genre du nom qui constitue le noyau du syntagme dont ils sont une abréviation ».

L’anglais, voire l’américain, une fois de plus donne le ton. Pourquoi n’avoir pas, dès le début, imaginé un nom français ? La macovir : maladie du coronavirus. Ou, quand le virus s’impose, le macovir.

Si l’on a, sous nos latitudes, masculinisé le Covid, c’est certainement sous l’influence du mot masculin, le virus. Maintenant que l’habitude en est prise, il serait surprenant que l’avis de l’Académie française change la donne.

La décision de cette vénérable institution nous étonne quand on sait à quel point elle a renâclé pour accepter la féminisation des noms de métier. Féminiser une maladie lui paraît plus normal que féminiser un métier ?   Drôle de manière de se dédouaner face aux féministes.

Anglicismes

Cette petite polémique nous ramène tout naturellement à l’influence de l’anglais lorsque des changements de terminologie apparaissent. Les anglophones sont-ils plus rapides à la détente, les francophones trop lents ? Ou subit-on trop facilement l’hégémonie américaine, linguistique ou consumériste ?

Dès le début de la pandémie, on a parlé de cluster, ce qui s’appelle simplement en français un noyau, un foyer, d’où l’épidémie se répand. Pas besoin d’avoir recours à l’anglais.

Dans le magazine Lire (mai-juin 2020), le linguiste Bruno Dewaele en fait le mot du mois : « Pendant l’épidémie, les travaux de sape de la langue française continuent, par le truchement d’un anglais toujours prompt à grappiller les parts de marché qui se présentent », écrit-il. « Les timides tentatives pour lui opposer un vocable bien de chez nous (foyer, grappe, chaîne de transmission, regroupement de cas, etc.) ont fait long feu. Tant mieux pour les experts, lesquels savent depuis toujours - depuis Molière, en tout cas – que le vide de la pensée ne se comble jamais aussi aisément qu’à l’aide de mots énigmatiques et ronflants. Et puis, qu’une contamination en cache une autre est dans l’ordre des choses. L’ennui est que, pour cette dernière, on n’est pas près de trouver un vaccin ! », conclut Bruno Dewaele.

Autre intrusion de l’anglais, le lockdown, qui persiste à côté de son équivalent français, le confinement. Ce qui est aussi regrettable sur le plan linguistique que sur le plan social, évidemment.

Omniprésence des écrans

Ce confinement, dont j’ai déjà parlé dans mes chroniques du mois d’avril, continue à nous peser. Ses conséquences sont multiples, imprévisibles, pénibles, mais parfois plaisantes. Car il faut bien trouver un aspect positif à une discipline à laquelle on ne doit pas se soustraire.  

On peut désormais éviter des corvées, refuser une invitation chez quelqu’un qui nous ennuie, rester chez soi quand il pleut à verse, se cuisiner des petits plats, lire ou relire des livres qui dormaient depuis des lustres dans notre bibliothèque, écouter de vieux disques, faire des mots croisés ou des patiences.

Vous remarquerez que dans mes propositions, je ne cite pas d’alternatives électroniques. J’avoue que l’omniprésence des écrans me monte à la tête. Quoique je reconnaisse leur utilité, je me rebiffe devant ces images virtuelles. Voir des visages par des intermédiaires peut-être manipulés, regarder des êtres aimés par petits bouts, sans pouvoir les toucher, me fait ressentir encore davantage leur éloignement.

Bien sûr, tous les musées, tous les orchestres, tous les cinémas, toutes les églises même se dévoilent sur les écrans. Pourtant rien ne remplace une exposition, un concert, un film, une cérémonie religieuse, dans une salle, en compagnie d’êtres humains de chair et de sang.

 

Lien permanent Catégories : Air du temps, Langue française 3 commentaires

Commentaires

  • Hi Ann (pour rester dans l’idiome dominant),

    Z’avez oublié parmi les avantages de ce confinement celui, appréciable pour certains, de restreindre voire supprimer l’envahissement familial, pas toujours vécu comme une sinécure…

    Comme le répète souvent un ami jardinier-paysagiste : « Familles, je vous haies ! »

    Ou différemment, in the dark mood, ce farceur de Pierre Doris :

    « Les morts ont de la chance: ils ne voient leur famille qu'une fois par an, à la Toussaint. ».

    Il s’était gouré, je sais, c’est le 2 novembre…

    Plein de soleil dans les cœurs.

  • Je me fais pour ma part plus de soucis pour le détournement de sens (adresser au sens anglais est devenu très courant chez nos élites à la noix) que pour l'entrisme (monitorer ou implémenter car après tout cela vient du latin...).

  • Avec le/la covid 19 c'est la guerre des genres!!! Outre cette affaire du "covid 19", il y a l'affaire des pangolins et des chauves souris! Vecteurs officiels de cette pandémie! Un pangolin femelle reste un pangolin et une chauve souris mâle, reste une chauve souris! Comme quoi!!! Comment peut on manger ces animaux, ça reste pour moi un mystère! En tout cas dans les abattoirs de France le virus est très vigousse! Il infecte à tout va! Il semble qu'il y a une sorte de révolte du reine animal contre l'homme, qui reste le pire prédateur de la planète!

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