Amours à Prangins

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Jambes à l’air et jambes en l’air ! Le beau temps nous encourage à déconfiner de toutes les manières. Le château de Prangins, sous ses airs austères, nous offre une balade dans les couloirs de la séduction.

Et plus si affinités… Amour et sexualité au 18e siècle. Sous ce titre alléchant, l’antenne romande du Musée national suisse propose une vision panoramique d’un des thèmes fondateurs de la vie humaine.

Peintures, céramiques, objets, textes, vidéos, films prouvent l’ampleur de la recherche qui a fait naître et vivre cette exposition, très bien présentée, avec des panneaux explicatifs en quatre langues.

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Montre à automate Piguet-Meylan (attribué) vers 1820 (Musée de l'horlogerie de La Chaux de Fonds)

Batifolages de toutes sortes, ils laissent place à l’imagination. Les artistes y ont pris plaisir. Quête de l’hédonisme, certes, mais aussi l’amour conjugal et la famille. Un triptyque le confirme : cérémonie du mariage, fête de la noce et baptême du premier né.

Parmi les plus belles pièces figure un lit en marqueterie, commandé par un riche aristocrate grison, décoré de tous côtés, où l’on trouve la figurine du propriétaire.

lit P.JPG                                                   Antoni Zanet, lit d'angle à baldaquin, 1650lit.JPG

 

Une salle est consacrée à la projection de quelques extraits de films évoquant des folâtreries de l’époque : Barry Lyndon, Marie Antoinette, The Favourite, et

Les Liaisons dangereuses.

Les consignes sanitaires limitent le nombre des visiteurs, de sorte qu’en attendant on peut découvrir les salons du château qui revivent sous l’appellation Noblesse oblige, la vie de château au 18e siècle.

On n’y trouve pas que des badineries. Un impressionnant paravent en quatre volets décrit la condition humaine tiraillée entre le mal et le bien, le vice et la vertu, ou le malheur et le bonheur. Des scènes de genre, des paysages, des allégories illustrent le propos. On n‘est pas surpris d’apprendre que l’artiste, le Lausannois Jean-Elie Dautun (1776-1832), était aussi pasteur.

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Un beau château

Faut-il rappeler que le château de Prangins fut construit par un banquier parisien d’origine saint-galloise, Louis Guiger, dans les années 1720 ? Voltaire y séjourna vers 1750.

Un descendant Guiger le vendit en 1814 à Joseph Bonaparte, frère ainé de Napoléon, roi de Naples puis d’Espagne. Celui-ci n’y demeura guère puisqu’il fut expulsé par le gouvernement vaudois l’année suivante et s’exila aux Etats-Unis puis en Angleterre, mais il en resta le propriétaire jusqu’en 1827.

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Portrait de Joseph Bonaparte, 1806, attribué à Robert Lefèvre (offert au Musée par les Amis du Musée)

Parmi les propriétaires suivants, on note une Unité des frères moraves, ouvrant un pensionnat protestant, Horace de Pourtalès, frère de l’écrivain Guy de Pourtalès, auteur du charmant roman du lac, Marins d’eau douce, et une Américaine. En 1974, Vaud et Genève achètent le château et l’offrent à la Confédération qui décide d’en faire la section romande du Musée national qui sera finalement inaugurée en 1998.

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Outre le château, on peut admirer une vue imprenable sur le Léman, le parc, ombragé par des arbres magnifiques, et le jardin potager aménagé en contrebas, le plus grand de Suisse, où l’on cultive des fruits et légumes anciens. Une aile a été transformée en restaurant et café, avec une terrasse accueillante.

 

Exposition jusqu'au 11 octobre 2020, ouverte tous les jours de 10 à 17 h., sauf le lundi.

L'exposition a donné lieu à une publication illustrée, conçue et éditée par Nicole Straremberg, commissaire de l'exposition, 180 pages, Ed. Antipodes, 2020, 29 fr.

 

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Commentaires

  • Bonsoir Anne,

    Vous citez dans votre billet parmi les œuvres du rayon libertinage du XVIIIe siècle « Les Liaisons dangereuses », du moins la projection d’une adaptation au cinéma. Si c’est celle à laquelle je pense, vrai que Michelle Pfeiffer en présidente de Tourvel, on comprend Valmont… Cela m’a donné envie d’en relire quelques pages.

    Les anthologies scolaires passent généralement comme chat sur braises au sujet de ce roman épistolier que beaucoup considèrent comme le meilleur roman tout court du XVIIIe. Contrairement à Flaubert qui s’identifiait à son héroïne, Choderlos de Laclos (petite noblesse récente) ne se serait jamais écrié « Valmont c’est moi ! ». L’auteur était un officier d’artillerie, son école était plutôt celle de Vauban que celle de Crébillon fils et des libertins. Un homme austère, assez froid aux dires de ses contemporains et qui ne recherchait pas les bonnes fortunes. Il avait en tous cas une sacrée plume et quel style.

    Ce qui a choqué, le malheureux a eu tous les ennuis avec sa hiérarchie et les censeurs de l’époque, c’est évidemment la mécanique de l’intrigue ourdie par Mme de Merteuil, sa noirceur - Valmont son complice n’est que son jouet -, le machiavélisme, le Mal à l’état pur, dans sa volonté de détruire par jeu Mme de Tourvel. Cela n’a rien d’une badinerie, pour reprendre votre expression. Le dénouement est parfaitement moral, au contraire, c’est un manifeste contre le libertinage, ainsi que l’auteur le signale en préambule : Valmont meurt en duel, la Présidente qui a pris le voile aussi de chagrin et la marquise de Merteuil restée seule vieillit le visage défiguré par la variole… Déjà une anti-vax à refuser le procédé de Jenner...
    Nos ancêtres n’étaient guère différents de nous, le déduit comme l’on disait alors occupait une bonne partie de leur vie, ils reproduisaient les mêmes figures héritées de la nuit des temps, rayon gaudriole nous n’avons rien inventé… Cela n’a pas trop mal marché puisque nous sommes là et que l’espèce s’est perpétuée (trop bien).

  • Un vrai délice que cette haute envolée de l’époque! Nous n’avions pas les mêmes préoccupations..... Merci Anne. Merci Gislebert!

    Je me suis toujours demandé, car jamais vue fonctionner, si l’acte était en fonction de l’heure...... :)))))

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