Godard sans Godard à Nyon

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En souvenir de sa jeunesse et de la mienne, je me suis rendue à Nyon pour l’exposition Sentiments, signes, passions, à propos du Livre d’image de Jean-Luc Godard. Je l’ai trouvé fidèle à lui-même, toujours aussi incohérent, insolent, et insupportable. Mais le charme en moins.

Qui n’a pas vu sa dernière production, Le Livre d’image, en 2018, peut s’en faire une idée assez nette en contemplant les écrans disséminés dans les six salles que le château de Nyon lui accorde au rez de chaussée.

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La conception de l’exposition est due à un collaborateur de Godard, Fabrice Aragno, car l’artiste ne se déplace plus.

Aucune suite logique n’émerge, sinon l’omniprésence de la violence.

Pourtant, dans le texte de présentation, Godard explique : « Ce que j’essaie de faire, je ne sais pas si c’est compréhensible sur le film, mais c’est de montrer cinq parties, que je définis comme les cinq doigts. Il y a cinq sens, il y a cinq parties du monde, enfin c’est un classique, et puis on a cinq doigts. » C’est le doigt levé de Bécassine qui salue l’arrivant, après la main, le premier plan du film.

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Si l’on veut suivre le trajet tortueux de l’exposition, le petit texte de Godard apporte quelques explications : « On dit, le propre de l’homme c’est de penser avec ses mains. Donc là, j’ai appliqué la règle. Penser avec les mains, de la colle et des ciseaux », conclut-il.

Extraits du Livre d’image, ces fragments répétitifs, ces bouts de films grappillés dans les œuvres de cinéastes du monde entier nous rappellent la boulimie cinématographique de Godard. Comment ne pas se sentir frustré en voyant des scènes coupées ici ou là ?

Il en va de même avec les citations qu’il prononce ou fait réciter par des comparses, souvent se superposant les unes aux autres, les rendant à peu près inaudibles. Seul Montesquieu, avec L’Esprit des lois, émerge.

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On dirait que Godard nous jette son mépris à la figure. Un mépris qui n’a rien de commun avec le magnifique film qui porte ce nom, Le Mépris, de 1963, sa réalisation la plus somptueuse, offrant à Brigitte Bardot l’un de ses meilleurs rôles.

Tout ce qu’il nous montre aujourd’hui n’a plus rien à voir avec ses œuvres des années 1960, celles qui avaient secoué l’industrie cinématographique par son originalité, sa spontanéité et son inconvenance, abordant tous les genres, comédie, tragédie, bouffonnerie, absurde, gangsters, anticipation, allégorie.  

On se rappelle A bout de souffle et Pierrot le fou où Belmondo nous emballait, Une femme est une femme où nous découvrions la délicieuse Anna Karina, La Chinoise qui révéla une Anne Wiazemsky volontaire dans un film qui anticipait la révolte de 1968. Week End, également prémonitoire, avec son gigantesque embouteillage et ses terroristes, est le dernier film du Godard cinéaste.

A partir de 1968, Godard est devenu un activiste idéologue qui se sert des images pour lancer ses aphorismes et dénoncer les injustices. Retiré dans son village vaudois, il garde cependant  un ardent espoir, le dernier mot du texte imprimé de son Livre d’image.

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Exposition du Livre d’image de Godard au château de Nyon jusqu’au 13 septembre 2020.

Visites guidées : 1er juillet à 15 h. 30 ; 26 août à 14 h. ; 9 septembre à 11 h., sur inscription à info@chateaudenyon.ch

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Commentaires

  • Il a toujours été trop intellectuel, mais ça a fini par le perdre. Quand même "Nouvelle Vague" c'était bien, grâce à Delon, qui redonnait de l'énergie et de la substance à un propos abstrait.

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