Marché du monde à Plainpalais

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- As-tu déjà mangé des œufs de caille ? C’est délicieux. J’en ai trouvé au marché.

- Des yeux de caille ! Quelle horreur !

- Non, pas des yeux, des œufs, un œuf, des œufs ! C’est petit, rond, comme un bonbon au chocolat. Tu les plonges dans l’eau, les retires dès qu’elle bout et tu les refroidis immédiatement. C’est un goût plus raffiné que l’œuf de poule et nettement plus sain, paraît-il.

J’ai surpris ce petit dialogue sur le marché de Plainpalais, où l’on en apprend des vertes et des pas mûres. Et toutes les langues.

Quel plaisir de retrouver ce rassemblement alimentaire – je ne parlerai pas ici du marché aux puces, un tout autre monde, tant du côté de l’offre que de la demande, ni des orgies nocturnes – après la fermeture obligée par le confinement. Mardi, vendredi et dimanche, on y vient pour chercher le nécessaire et on se laisse tenter par le superflu, de petits baklavas turcs ou libanais, des gâteaux polonais qui nous font saliver ou des épices qui chatouillent notre odorat.

Les prix peuvent varier du simple au double, d’un étal à un autre. La qualité, affirme-t-on pour expliquer la différence. Du côté du rond-point de Plainpalais, on flaire le haut de gamme alors que vers le boulevard du Pont d’Arve, la marchandise est plus avantageuse. 

Rien n’est plus cosmopolite que ce marché, principalement le dimanche, quand il est ouvert toute la journée et quand les familles viennent s’attabler auprès des stands de toutes nationalités.

Si vous aimez le canard, le Thaïlandais vous le propose à la sauce tamarin. Vous trouvez du bakalao chez le Portugais, du taboulé chez le Turc, du mezze chez le Libanais, des empanadas chez le Colombien et l’Espagnol, du cebiche chez le Péruvien, du jus de gingembre chez la Congolaise, des nouilles au bœuf piquant chez le Vietnamien, et les Philippines offrent un choix infiniment varié. De Suisse, heureusement, on découvre aussi des spécialités : du fromage chez l’un, des poulets rôtis ailleurs, ou, directement du Valais, de la viande séchée de cheval ou de cerf.

N’oublions pas les fleurs et les plantes, cultivées dans le canton sur les deux rives du lac. Ni le boucher un peu bougon qui présente une viande à tenter même les véganes.

La semaine est plus calme, puisque les étudiants n’ont pas repris le chemin d’Uni-Mail et parce que les consignes sanitaires effraient encore. Les chalands étant moins nombreux, certains marchands réguliers ont renoncé à venir le mardi, malgré la réouverture autorisée. Le boulanger par exemple, aux pains de rêve, pardon de Tournerêve, nous a fait faux bond récemment.

On découvre alors de nouveaux venus, remplaçant les cases vides. Derrière son rempart de pots de confiture, marmelade et condiments, le vendeur m’attire en souriant. Je lui demande d’où lui viennent tous ces fruits, d’Espagne, répond-il, où des amis entretiennent de fabuleux jardins dont il me montre les photographies. Un néflier, par exemple. J’avoue que je n’ai jamais mangé de nèfles, que je ne sais même pas à quoi elles ressemblent. Je lui raconte qu’une expression française n’est d’ailleurs guère encourageante : des nèfles, ça ne vaut rien ! Il paraît que la formule remonte à Calvin.

Pendant que nous bavardons, j’essaie de situer son léger accent. Russe, me dit-il. Pourquoi est-il venu à Genève ? L’amour, s’écrie-t-il avec un grand geste embrassant toute la ville.

Il y en a d’autres qui sont restés à Genève par amour. La Palestinienne, qui produit le meilleur humous et dont la camionnette sonne hardiment Pin Pon, a zigzagué entre la Suisse et la Palestine. Elle a finalement choisi Genève, où elle travaille aussi dur, mais dans un climat plus serein.

En face d’elle, un Marocain offre des pastillas appétissantes et plus loin le rôtisseur assure que ses poulets sont authentiquement suisses.

Les étalages des maraîchers ont dû prendre leurs distances, en raison des règles sanitaires. Comme le client ne peut plus saisir lui-même la marchandise, il a fallu augmenter le nombre des personnes qui aident à remplir les paniers. On entend les vendeurs parler entre eux des langues étrangères, sinon étranges. Le kurde par exemple.

Mais dans le coin du vigneron, les habitués, un verre à la main, batoillent en bon genevois sur le sort des paysans et refont le monde.

Lien permanent Catégories : Air du temps, Genève 8 commentaires

Commentaires

  • bakalao ! Horreur et damnation ! Bacalhau, por favor...

  • OUI et comme disait ma grand mère -Tous les égouts vont dans la nature!

  • Heureusement qu il y a les égouts car sans, nous serions dans la m.... Et pour ceux qui pataugent dans les égouts , leurs écrits ne sentent jamais la rose...

    Charles 05

  • (et juste un petit détail, last but not least, sur bakalao : le "k" n'existe pas en portugais. On écrit par exemple Quenia pour Kénya...)

  • @Géo,

    Gd humaniste devant l éternel comme vous êtes, avez vous mis beaucoup de temps afin de nous pondre votre bac à l eau" Quel boulot intellectuel de longue haleine vous vous êtes forcé à faire, chapeau l artiste. Voulez-vous une statue à votre effigie mais indéboulonnable à Genève et à Berne et à l ONU? Est ce que vous nous permettez de lancer un réferendum polpulaire en Suisse (mais à à l automne SVP) dans ce sens?

    Sans autre.
    Charles 05

  • Ah le Portugal Ah le fado!! sur youtube "Misia chanteuse portugaise" tout est là!!!

  • Hier, dimanche, je suis allée au marché pour y faire quelques courses. J’ai acheté du houmous chez la palestinienne, souriante à bord de son camion « Pin Pon » qui m’a fait gouter ses falafels, des saucisses de veau chez le boucher, du pain, un melon choisi par le commerçant (je ne peux plus le choisir moi-même à cause de la covid-19).
    Un vrai plaisir de se promener dans ces allées bigarrées aux parfums multiples où des langues que je ne comprends pas arrivent à mes oreilles)))))))))))))
    Ce qui est certain, dès que je le peux, je retourne au marché de Plainpalais.

  • Juste en face dans "L'arcade Syrienne" des fallafels fait à la minute, et des assiettes végétariennes sublimes! Avec un charment cuisto syrien, toujours souriant!

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