Les Gos de la montagne

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La famille d’artistes Gos a beau être genevoise depuis le 18e siècle, elle est plus connue en Valais  qu’à Genève. La preuve en est donnée par l’exposition qui lui est consacrée à la Médiathèque de Martigny, intitulée Les Gos, une montagne en héritage.

Une petite précision s’impose. Le nom se prononce comme un gosse, mais il ne faut pas confondre avec la famille Gosse, également connue, mais dans le domaine scientifique et à l’origine du Mont Gosse, sur le Salève. Alors que les Gos sont reliés aux Alpes suisses et particulièrement valaisannes.

Quelques points communs unissent toutefois les deux familles. Protestantes, elles sont arrivées à Genève après la Révocation de l’Edit de Nantes, les Gos venant de la Drôme et les Gosse d’Alsace.

Mais revenons aux Gos. La fibre artistique remonte à Pierre Gos, accédant à la bourgeoisie de Genève en 1791 : il était peintre sur émail.

L’exposition de Martigny met en évidence quatre artistes, le père Albert Gos (1852-1942), peintre et musicien, et ses trois fils, François, peintre, Charles, écrivain, et Émile, photographe. Tous, dans leur domaine respectif, ont célébré la montagne, la parcourant en tous sens et la décrivant. La Médiathèque martigneraine leur rend un hommage très bien documenté et d’une grande variété, vu les différentes approches des quatre artistes.

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Albert Gos avec ses cinq enfants en 1932 : Charles, Emile, Camille, Albert, Juliette et François

Le père, Albert

Albert avait commencé sa formation artistique comme violoniste. Et il jouera du violon toute sa vie, se liant d’amitié avec de grands musiciens de sa génération. Deux de ses instruments sont d'ailleurs exposés, de même que sa palette. La découverte de Calame et Diday l’amène cependant à la peinture qu’il étudia avec Barthélemy Menn. Il aime peindre en plein air et ses pas le portent dans l’Oberland bernois et les Alpes valaisannes. Le Cervin surtout le fascine à tel point qu’on l’a surnommé le peintre du Cervin.

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Albert Gos dans son atelier, photographié par Emile Gos

Mais ici, une autre vision est apportée par La cabane du Mountet, que peint Albert Gos en 1876 (Club Alpin suisse).

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L’aîné, François

Son fils aîné François (1880-1975) le suivra dans sa passion pour la peinture. Après avoir étudié l’art à Genève, il se rend à Paris où il entreprend des travaux d’art décoratif. Il publie notamment La Flore alpine en 1902, une vingtaine de planches décoratives sur des motifs inspirés par les plantes que l’exposition permet d’admirer.

Après des années passées à Munich et en Hollande, il revient à Genève. Et de là, il retrouve le goût de la montagne et du Cervin auquel il consacrera de nombreux tableaux et affiches.

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Trop grandes pour être déplacées, ses peintures murales dans les gares, entre autres à Cornavin, démontrent largement son amour de la montagne qu’il exprime aussi par des livres et articles de journaux.

Charles

Pour Charles (1885-1949), qui a suivi des études de lettres, le moyen d’expression est l’écrit. Lui aussi est fasciné par la montagne, il deviendra même le directeur de la collection Montagne aux éditions Attinger à Neuchâtel. Ses romans portent la lumière sur l’héroïsme des alpinistes ; il évoque aussi la vie militaire.

Emile

A côté des peintres, Emile, le benjamin (1888-1969) est le plus spectaculaire. Après un apprentissage de photographe en Suisse et à l’étranger, il installe son atelier à Lausanne.  

Lui aussi aura pour la montagne le même attrait. Ses photographies et ses films l’animent à nos yeux. La Médiathèque de Martigny possède ses archives.

Un film tourné en 1922, La Croix du Cervin avec son frère Charles est un des premiers films de haute montagne, aujourd’hui perdu. Mais Arête de l’Argentine, qui date de la même époque, est un documentaire surprenant sur trois jours d’ascension par une équipe d’alpinistes. Et il est projeté pour notre plaisir.

Emile s’adonna aussi au portrait, un bel exemple nous est donné par une photo de son père peignant au-dessus de Riffelalp.

 

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Ses clichés de montagne sont d'une exceptionnelle beauté.

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Points de vue

En marge de l’exposition, la Médiathèque a publié un carnet de textes d’une haute tenue. Sylvie Délèze, sa directrice, met en scène l’évolution historique de l’intérêt pour la montagne. Elle raconte comment les Romantiques  ont en quelque sorte sacralisé les Alpes, à côté des paysans qui ont aussi nourri cet imaginaire. Considérant l’apport des Gos, elle y perçoit une sorte de « retour d’un refoulé païen » au sein de l’esthétique chrétienne. « Ils conjugueront, dans cette énergie créatrice, une culture très protestante, de l’excellence, celle du dépassement de soi que requiert la pratique de l’alpinisme - mais aussi celle des arts ».

Maéva Besse, historienne de l’art, qui avait consacré son mémoire de master à la représentation visuelle du Cervin par la famille Gos, est la commissaire de l’exposition qu’elle présente dans un texte explicatif clair et précis.

Identité suisse

Laurent Tissot, professeur d’histoire à l’université de Neuchâtel, ajoute un point de vue helvétique, en quelque sorte : « Aux Alpes élitaires construites par le cercle restreint des alpinistes et aux Alpes populeuses traduites par l’émergence du tourisme s’ajoutent ce qu’on pourrait appeler les Alpes paradoxales qui amènent les montagnards à s’entendre dire qu’ils sont les vrais dépositaires de l’identité suisse ».

Dans un témoignage touchant, Pernette Rickli-Gos, la fille de l’aîné des frères, raconte l’influence des hommes de la famille sur ses perceptions et émotions. Mais, judicieuse, elle rappelle « la part des épouses, laissées dans l’ombre, dévouées, compagnes sensibles et affairées participant de leur manière laborieuse à l’œuvre en création. »

 

Exposition au rez-de-chaussée de la Médiathèque Valais-Martigny, 15 avenue de la Gare, Martigny, jusqu’au 16 janvier 2021. Ouverte du lundi au samedi de 13 h. à 18 h., le jeudi de 10 h. à 18 h.

Si vous venez en train, à la sortie de la gare, ne cherchez pas un écriteau portant le nom de la rue, vous n’en trouverez pas. Mais allez tout droit, en direction de la place Centrale, d’où part la numérotation… donc le 15 est plus loin qu’on le suppose.

Plusieurs animations sont prévues, notamment le 19 août à 19 h., la projection des rushes de La Croix du Cervin retrouvés à la Cinémathèque suisse.

 

Outre cette exposition, Martigny offre une quantité de lieux artistiques à visiter : la Fondation Gianadda avec les chefs d’œuvres suisses de la collection Blocher, le Manoir avec une exposition d'artistes iraniens contemporains, Barryland, l’antre des chiens de Saint-Bernard, le musée des Sciences de la terre, la chapelle protestante avec les vitraux de Hans Erni et le Minotaure, un bronze d’Erni, que vous ne pouvez manquer de voir sur un carrefour de l’avenue de la Gare. 

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Commentaires

  • Bravo pour la mention du temple protestant et ses vitraux de Erni!

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