Joseph, Joël et Genève

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Deux romans policiers qui se passent dans le milieu bancaire genevois ont été publiés cette année par deux auteurs autochtones, La soustraction des possibles (Ed. Finitude) de Joseph Incardona et L’Enigme de la chambre 622 (Ed. de Fallois) de Joël Dicker.

 

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J’ai déjà parlé du premier (blog du 11 mai 2020) qui est paru avant l’éclatement de la pandémie, tandis que le second a dû attendre la réouverture des librairies. La similitude des sujets et des lieux m'incite à tenter une comparaison entre ces deux ouvrages.

Tous deux ont été invités par François Busnel dans sa Grande Librairie, le 27 mai 2020. Dicker parut plus assuré qu’Incardona.

C’est la première fois que Joël situe son intrigue dans sa ville natale et à Verbier, fief genevois en Valais. Pour Joseph, il a souvent choisi la Suisse romande comme base de ses histoires.

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Joël Dicker

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Joseph Incardona

Disons d’emblée que je les ai trouvés aussi palpitants l’un que l’autre. Si le cheminement de Dicker est plus sinueux, nous promenant dans la chronologie des faits sur plusieurs années, aboutissant à 2018, Incardona nous mène par le bout du nez de février 1989 à mars 1990. Mais tous deux ménagent les coups de théâtre et les rebondissements avec un art stupéfiant, sachant brouiller les pistes.

Il y a des morts, bien sûr. Toutefois, dans les deux cas, on ne sait ni qui va mourir ni qui va tuer. Il faut attendre les dernières pages pour connaître le fin mot de l’histoire.

Les deux récits décortiquent des systèmes bancaires au plus haut niveau. Cependant les héros d’Incardona se situent le long de l’échelle sociale alors que Dicker dévoile principalement les démêlés au sommet de la hiérarchie.

Chacun se plaît à décrire des personnages hors du commun, venant souvent de l’étranger, pour semer la confusion. Chez Dicker, l’héroïne est Anastasia, chez Incardona, c’est Svetlana.

A propos des noms des personnages, les choix de Dicker paraissent bizarres : la banque privée genevoise protestante fondée en 1702 s’appelle Ebezner, son président se prénomme Abel et son fils Macaire. Philippe Sagamore est le policier genevois qui mène l’enquête. Un protagoniste russe aussi intrigant qu’intriguant se nomme Sinior Tarnogol.

Les deux auteurs partent parfois dans des chemins de traverse. J’avais souligné précédemment le plaisir d’Incardona à raconter l’histoire du parc des Eaux-Vives avec son club de tennis ou la description des Ports-Francs.

Dicker, lui, rend un hommage touchant à son éditeur Bernard de Fallois (mort en 2018) qui, dit-il, « avait donné du sens à ma vie », «l’homme à qui je devais tout. Mon succès et ma notoriété, c’était grâce à lui. On m’appelait l’écrivain grâce à lui. On me lisait grâce à lui. » Tout au long du livre, il saisit l’occasion de le citer et il relate comment l’éditeur avait lancé La Vérité sur l’affaire Harry Québert en 2012 et les moyens utilisés à cet effet. « Bernard était de ces grands hommes d’un autre siècle, faits dans un bois qui n’existe plus aujourd’hui. Dans la forêt des êtres humains, il était un arbre plus beau, plus fort, plus grand. Une essence unique qui ne repoussera plus. »

Joël aime aussi créer des caractères surprenants, Lev, par exemple, « d’une beauté absolue », qui connait un nombre illimité de langues étrangères, qui devine les moindres secrets de la banque, qui déjoue les plans et en imagine d’autres. Philosophe, il raisonne : « Que sommes-nous capables de faire pour les gens qu’on aime ? C’est à cela qu’on mesure le sens de sa propre vie. »

Chez Dicker, les personnages peuvent être bons, chez Incardona, ils sont presque tous des affreux.

Pour le style, les deux auteurs divergent. Incardona présente des réflexions sur de courtes lignes, sans verbe, en alternance avec de longs paragraphes. L’écriture est plus banale chez Dicker. Mais tous deux aiment intervenir personnellement.

Ils s’amusent à citer des textes qui les inspirent. Douze hommes en colère de Reginald Rose, auteur dont Dicker donne le nom au directeur du Palace ou Les Vrais durs ne dansent pas de Norman Mailer qui donnent le ton à Incardona.

Les sites que fréquentent les personnages  des deux romans sont souvent semblables, évidemment, les grands restaurants, les grands hôtels, les villas cossues de Cologny, la rue du Rhône.

Les lieux sont précisés. Une église chez Incardona : celle de Collonge-Bellerive (petite erreur : pas de s à Collonge), le bureau de Svetlana est au 21 rue du Rhône ; chez Dicker, le Café Léo à Rive, le Steak House à Champel, le Remor à la place du Cirque. L’écrivain habite 13 avenue Bertrand et se promène dans le parc du même nom. En revanche, à Verbier, tout est inventé. Ni la chambre 622, ni le Palace, ni l’Alpina n’existent. Il ne faut pas porter atteinte à l’honorabilité de la station valaisanne.

Finalement, dans La Soustraction des possibles, l’argent reste le moteur essentiel du roman et il gagne la partie.

L’Enigme de la chambre 622 laisse planer le doute. L’amour peut triompher. 

Lien permanent Catégories : Genève, Romans 1 commentaire

Commentaires

  • Parle t on de la médiocre attitude des polices genevoises dans ces 2 romands??

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