Une enfant du Platzspitz

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Une enfant témoin et victime des conditions dramatiques de l’enfer des toxicomanes de Zurich dans les années 1990 a survécu victorieusement. Son histoire a été transposée dans un film remarquable, Les Enfants du Platzspitz, de Pierre Monnard, que l’on peut voir actuellement en Suisse romande.  

Il s’est inspiré du livre que Michelle Halbheer a écrit avec l’aide d’une journaliste, Franziska K. Müller, Les Enfants du Platzspitz, ma vie avec une mère toxicomane  (Ed. Wörtersee), dont l’édition originale avait paru en 2013 avec un grand succès en Suisse alémanique.

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A l’âge de 28 ans, elle a enfin osé raconter son histoire. « Si elle lit ce livre, ma mère risque de commettre un acte irréfléchi. C’est une responsabilité que j’assume. Je ne sais pas quels anges gardiens obscurs tournent autour d’elle : elle a souvent trompé la mort, alors que des milliers de personnes de la génération Platzspitz sont mortes depuis longtemps. »

Si l’on veut vraiment comprendre l’ampleur du problème des enfants abandonnés et la situation de cette fillette, interprétée au cinéma de façon incomparable par Luna Mwezi, il faut lire son témoignage.

Deux faits en ressortent principalement. D’une part, le bien-être des toxicomanes était placé au détriment de celui de leurs enfants, considérés comme des outils thérapeutiques dans le traitement des adultes et abandonnés à leur sort misérable. A tel point que Michelle a pu demander à sa mère : « Pourquoi as-tu choisi la drogue plutôt que moi ? »

D’autre part, si le mot résilience a un sens, Michelle Halbheer en donne un exemple spectaculaire. Grâce à un mélange admirable de courage, de force et d’intelligence, elle s’est sortie de ce bourbier infernal.

Les relations entre la mère et sa fille forment le thème fondamental du film. Mais en lisant le livre on apprend comment la mère en est arrivée à sa condition de loque humaine, rôle joué, là aussi avec une justesse incroyable par Sarah Spale.

L’engagement de cette actrice a nécessité un changement dans la transcription de la réalité. Car la comédienne est blanche, tandis que Sandrine, la mère de Michelle, est d’origine congolaise, Elle a souffert dans sa jeunesse de ce métissage et a subi des conditions de vie insupportables, ce qui explique, même si cela n’excuse pas, son recours à la drogue pour chercher les paradis artificiels.

Pour que la peau sombre de la petite Michelle soit crédible, il fallait intervertir les rôles, de sorte que dans le film, son père est noir. Dans la réalité, Andreas, fils d’un fermier thurgovien, avait été captivé par la beauté de cette jeune femme différente et lorsqu’il se rendit compte de sa relation à la drogue, il était trop tard. Malgré tous ses efforts, il ne parvint pas à la guérir.

Les premières années de la petite Michelle se passèrent normalement. Lorsqu’elle était en maternelle, elle raconta à sa mère que ses camarades la méprisaient en disant qu’elle était sale. Sandrine se précipita à l’école, emmena toute la classe dans les lavabos et demanda aux enfants de lui laver les mains, expliquant ainsi que la peau n’était pas sale. C’est un des rares souvenirs heureux pour Michelle, montrant que sa mère avait pris son parti et s’était occupée d’elle.

Mia 7 bis.jpgCette photo du 7e anniversaire de Michelle, au sourire un peu contraint, avait été précédée d'une rage folle de sa mère, rendue furieuse par un cadeau offert par la grand-mère à la petite.

Parce que, ensuite, le bien-être de sa fille n'a plus jamais compté pour sa mère. La manière dont celle-ci en a fait en quelque sorte son esclave ne peut que briser le cœur des lecteurs. Quand  Sandrine, soutenue par une secte évangélique qui croyait tous ses mensonges, demande le divorce, elle exerce un chantage sur sa fille pour que la petite demande de rester avec elle plutôt que d’aller chez son père qu’elle ne pourra plus voir que deux jours par mois.

Pendant quelque temps, sa grand-mère a apporté un soulagement, compensant son manque affectif : « C’est grâce à son amour que j’ai survécu », écrit-elle.

Si Michelle a survécu, c’est surtout par sa volonté intransigeante de « sortir du caniveau », de ne jamais se laisser tenter par les drogues dures et de ne pas devenir comme sa mère. « Personne ne m’a autant déçue que ma mère ». Comment ne l’aurait-elle pas été en voyant ses faiblesses, ses turpitudes et son indignité ?

Mais grâce à l’absence de l’autorité parentale, elle a pu devenir un être indépendant, explique Murielle maintenant

Le remariage de la mère et celui du père sont autant de drames, pour des raisons différentes. Quand enfin, on la place dans une famille d’accueil évangélique, où règnent règles et interdictions, la pression est telle qu’elle en subit une névrose religieuse. Elle se croit coupable des manquements de sa mère. Comme pour sa mère, l’influence de certains groupes religieux a été néfaste.

Un séjour comme jeune fille au pair en Suisse romande, ainsi que la pratique du chant semblent lui avoir apporté un certain apaisement, jusqu’à ce qu’elle puisse entrer en apprentissage et qu’elle trouve enfin un travail et une vie normale. Quoique, écrit-elle, « le temps n’est pas guérisseur ».

 

P.S. Dommage que la traduction fourmille de fautes d’orthographe. Sans doute aurait-il mieux valu que le texte soit confié à un éditeur romand. 

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Commentaires

  • Bravo pour votre billet eh oui les enfants des toxicos sont aussi des victimes, de ce que la gauche présente comme des drogues festives!

  • Dans ces années là , j'ai habité près du parc ou tous les drogués s'étaient donner "rendez vous" . Je me souviens encore des certains visages et surtout de certains enfants souvent très petits avec leurs mères. C'était horrible d'être témoins de cette violence et misère au quotidien pour les habitants du quartiers ;beaucoup en ont été très profondément affectés dans leur santé mentale et physique car toutes nos demandes pour au moins sauvegarder les enfants n'avaient jamais étés entendues . Les autorités de la ville avaient mis beaucoup trop de temps pour réagir . et oui je peux témoigner que les services sociaux avaient laissé tomber ces jeunes enfants en les laissant avec leurs parents toxico .

  • Dans les années 80/90 des artistes comme Kieth Haring ont fait des campagne contre la drogue, aujourd'hui un artiuste qui prendrait position contre la drogue se ferait traité de facho et de raciste! Voilà où nous en sommes! J'habiter près du centre d'injections ce que je vois est honteux et navrant!

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