Images de neige

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Après la pluie, la neige. Elle propose des images bien différentes selon les points de vue.

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La neige, pour les Suisses, c’est le ski, la santé.

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Pour Genève, c’est le Mont-Blanc, l’inaccessible.

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Pour Paris, c’est la tristesse, comme le chantait Yves Montand :

« La neige tombe sur la ville / Le brouillard tombe sur mon cœur / Les gens s’en vont d’un pas tranquille / Emmitouflés dans leur bonnet. »

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Boulevard de Clichy, la neige, Paul Signac, 1886 (Art Institute Minneapolis)

Pour beaucoup,  la blancheur symbolise la pureté.

 « Des rangées de blancs chérubins / Remplacent l’hiver les sapins / Et balancent leurs ailes », aux yeux de Guillaume Apollinaire dans  Les Sapins, extrait d’Alcools (1913).

Il faut un écrivain suisse, Henri Warnery (Lausanne 1859-1902), pour écrire Neige, essaim blanc… dans Sur l’Alpe (1895) : « Neige, essaim blanc, essaim d’ailes papillonnantes, / Je te salue ô fleur céleste des hivers. »

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Atmosphère d’hiver, Plinio Colombi, 1904 (Musée de Berne)

Mais devant ce qu’ils ont souvent comparé à un suaire, les poètes ressentent une sorte de malaise.

 « La neige, sur la plaine où les morts sont couchés, / Comme un suaire étend au loin ses nappes blanches. » Leconte de Lisle : Le vent froid de la nuit dans Poèmes barbares (1859).

 « La neige tombe indiscontinûment  / Comme une lente et longue et pauvre laine, / Parmi la morne et longue et pauvre plaine, / Froide d’amour, chaude de haine (…) Ainsi s’en va la neige au loin / En chaque sente, en chaque coin. / Toujours la neige et son suaire, / La neige pâle et mortuaire, / La neige pâle et inféconde,  / En folles loques vagabondes / Par à travers l’hiver illimité du monde. »   Emile Verhaeren : Neige dans Villages illusoires (1895).

Victor Hugo a évoqué la neige en Russie dans la débâcle napoléonienne : « Il neigeait. On était vaincu par sa conquête (…) / Il neigeait. L’âpre hiver fondait en avalanche. / Après la plaine blanche, une autre plaine blanche. (…) Il neigeait, il neigeait toujours ! La froide bise / Sifflait ; sur le verglas, dans des lieux inconnus,  / On n’avait pas de pain et l’on allait pieds nus. » L’expiation dans Les Châtiments (1852).

Merveille

La neige fait peur, mais elle émerveille.

« Le nez rouge, la face blême, / Sur un pupitre de glaçons, / L’Hiver exécute son thème / Dans le quatuor des saisons. (…) Et les arbres, comme aux féeries / Sont en filigrane d’argent. (…) Et sur la neige on voit se suivre / Les pas étoilés des oiseaux. » Théophile Gautier : Fantaisies d’hiver.

 « Il neigeait, et voici nous en dirons merveilles : l’aube muette dans sa plume, comme une grande chouette fabuleuse en proie aux souffles de l’esprit, enflait son corps de dahlia blanc. » Saint-John Perse : Neiges (1944).

L’écrivain turc Orhan Pamuk (Prix Nobel de littérature 2006), dans son roman intitulé Neige (paru en 2002 et publié en français en 2005), demande à la neige d’apporter une teinte poétique à un livre politique.

Peintres

Des peintres en ont fait le théâtre de leurs paysages.

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Chasseurs dans la neige, Pieter Breughel, 1569 (Kunsthistorisches Museum, Vienne)

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La Pie, Claude Monet, 1868-1869 (Musée d’Orsay, Paris)

Et attendons Arthur Rimbaud, dans Le Bateau ivre (1871) pour mélanger les couleurs : « J’ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies. »

Pour la promeneuse que je suis, rien ne vaut le plaisir du son des pas qui crissent sur la neige.

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Commentaires

  • « La neige fascine aussi bien les habitants des contrées froides qui la vivent que ceux des régions chaudes qui ne la connaissent souvent que par l’image.
    L’apparition des flocons immaculés surprend et constitue une rupture dans le train-train quotidien. Pendant que les enfants s’amusent à fabriquer boules et bonhommes de neige, les adultes contemplent leurs empreintes dans la poudreuse… Cet émerveillement a été restitué par nombre d’écrivains et de poètes. »

    Citation d’un billet trouvé sur la toile intitulé « Poésie de la neige » :

    https://theconversation.com/poesie-de-la-neige-89383

    Magnifique d'éclectisme votre choix personnel. Vous auriez pu aller puiser chez les anciens (Villon, Charles d’Orléans, les poètes de la Pléiade…), citer Baudelaire - Et quand viendra l'hiver aux neiges monotones,
    Je fermerai partout portières et volets. –, un autre Théophile Gautier - Les vases ont des fleurs de givre, Sous la charmille aux blancs réseaux ; Et sur la neige on voit se suivre Les pas étoilés des oiseaux. –, Verlaine - Dans l'interminable Ennui de la plaine La neige incertaine Luit comme du sable.-, tant d’autres encore, mais vous n’écrivez pas pour établir une anthologie.

    Deux mots aussi sur le choix des peintres :

    Magnifique le Breughel, ces chasseurs rentrant de chasse, courbés, apparemment harassés à la lueur du soir tombant, même leurs chiens n’ont plus l’air fringants…

    Magnifique le Monet qui, prenant pour sujet l’oiseau perché sur la rambarde du portail de bois, nous restitue un paysage somptueux.
    Sur le même plan, du même Monet dans un autre paysage d’hiver, j’ai un faible aussi pour la locomotive à l’arrêt du « Train sous la neige », toute fumante, avec ses deux gros yeux jaunes qui trouent la brume. A Marmottan, quand elle s’y trouve – elle est souvent prêtée – je ne manque jamais d’aller la saluer, l’admirer. Une réminiscence des petits trains de l’enfance, peut-être…

  • Je me suis baladé tout à l'heure dans le parc de mon enfance, où on allait faire de la luge ou du skie dans les années..............60! Pour ne plus avoir peur du réchauffement climatique sur youtube une formidable série de reportages d'ARTE! "La valse des continents"! Débarrassez vous de vos peurs allez marcher dans la neige! froot! froot! froot!

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