Barjaquons genevois

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Le Dico romand qui vient de paraître (Editions Favre, 2020, 352 pages, 33 fr.) est un dictionnaire à nul autre pareil. Pourtant il n’en manque pas, des recueils de mots régionaux. Chaque canton en rajoute.

 

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Sa singularité a plu, puisqu’il en était déjà à sa troisième édition, avant même que les librairies aient rouvert.

Mille sept cent cinquante-huit termes ont été répertoriés. Ils proviennent des cantons romands, mais aussi de la Savoie voisine. Une introduction du sociolinguiste Pascal Singy explique les divers apports constituant les patois romands.

Ce qui frappe d’entrée, c’est la présentation graphique. Elle s’explique par l’origine du projet, l’Ecole cantonale d’art de Lausanne dont les graphistes se sont fait plaisir. Ils ont pris pour emblème un blason qui orne la couverture. Les armoiries des cantons participants se retrouvent, retravaillées dans les pages suivantes.

Tout cela n’est que fantaisie artistique. Mais le cœur de l’affaire est évidemment le choix des mots. On les doit à un personnage extraordinaire qui n’était pas un linguiste, mais un physicien, Henry Suter (1942-2014). Amoureux de randonnées, il écoutait les conversations autour de lui. Quoique né à Genève, il n’a pas négligé les autres dialectes, bien au contraire.

Beaucoup de termes me sont inconnus, quoique j'aie été élevée dans un milieu genevois. Chaque lecteur se reconnaîtra sans doute ici ou là. Parfois une fantaisie typographique signale un vocable un peu osé. Il faut alors tourner le livre à l’envers et la définition se présente dans une typographie et une couleur différentes. Que les amateurs de mots grivois ne se précipitent pas, l’ensemble est plutôt austère.

Vous remarquerez sans doute que jusqu’ici je me suis efforcée d’écrire une langue française sans couleur locale. Je bresole de me lancer dans les genevoisismes. Il faudrait avoir recours au  Glossaire genevois de 1820, ou au Langage familier d’un collégien en 1900 par Honoré Snell (Editions de la Paumière, 1875) afin d’en assurer l’authenticité.

Cependant, certains de ces termes d’autrefois ne sont plus en usage et ils ne diraient peut-être pas grand-chose à nos collégiens du 21e siècle. D’une génération à l’autre, combien de changements transforment le parler. Des trâlées de mots ont disparu. J’en raperche quelques-uns dans cette cotapile. Ils ne sont pas tous répertoriés dans le Dico romand.

Les griots d’aujourd’hui jouent-ils à ilai ou à clicli-mouchette en pidant zig zag zoug ? Gattent-ils et mascognent-ils à l’école ? Quand ils sortent sous la roille et qu’ils marchent dans les gouilles sont-ils tout trempes ? S’ils s’encoublent et font la cupesse, ils sont enfles, brécheux mais se rattrapent par les poils. Têtes de brelaires, ils ne trouvent pas de l’eau au Rhône, ni même au lac. S’ils sont gâtions et qu’ils ont les quatre pieds blancs, la mégotte leur offrira des petites pièces jottues qui coûtent le lard du chat.

Et les zicos, pendant ce temps qu’est-ce qu’ils foutimassent ? S’ils sortent avec des fénoles, ils vont schmolitzer et s’embrasser parmi. S’ils sont un peu trouillons, ils iront pintocher seuls, avalant de la vinoche. Et après, quel tout-retombe ! Ils auront la molle. Et ils vont la piler. Mais ne peignons pas le diable sur la muraille.

Tout ça, c’est pas pour de vrai.

 

P.S. La médiathèque Valais-Martigny (avenue de la Gare 15, Martigny) présente une exposition consacrée au parler vernaculaire valaisan: "Au pays des mots retrouvés", jusqu'au 25 septembre 2021. Ouverte du lundi au samedi de 14 à 18 h. www.mediatheque.ch/patois-land.

Lien permanent Catégories : Langue française 6 commentaires

Commentaires

  • Il est très bien, votre billet. Mais il y a comme un blème : combien reste-t-il de Genevois pour en reconnaître la valeur ? Vous êtes, puisque le fémininissime est à la mode, probablement la dernière des Mohicannes...
    99% de la population genevoise est d'origine étrangère et ne parle ni ne comprend le français... Alors votre dico, c'est un peu la tombe de Toutankhamon.

  • Très certainement une excellente publication! Merci de nous la faire connaître! Je vais de ce pas me la procurer! Mon père entendait encore parler le patois genevois dans son enfance!

  • Au cours de ma vie, j’ai eu le bonheur d’être le père de deux filles jumelles. Dès qu’elles furent en âge de s’exprimer, assez tôt car douées en ce domaine, ce fut à haut débit, à jets continus. On les avait surnommées les barjaques… Près de quarante après, en se frottant à d’autres jacasses, le ramage s’est affiné certes, plus contrôlé heureusement, mais la complicité reste la même.

  • Ben, histoire de contredire Géo, nous sommes au moins deux dans cette tribu en voie de disparition, ai presque tout juste à l’examen. Juste Clicli-mouchette, pas entravé, késaco (mais ça c’est franchouillard…) ?

    Faut aller se promener dans certains rades Jonction, Carouge, en campagne, on trouve encore des spécimens, et avec l’accent ! De même dans les fanfares, les chœurs, les sociétés patriotiques… Le tout mélangé à l’argot du net et du rap et là c’est nous qui sommes largués !

  • "on trouve encore des spécimens, et avec l’accent !" vous ne faites que confirmer mon commentaire : en cherchant bien, on en trouve encore. je n'ai jamais dit le contraire...

  • Géo@

    A propos des peuplades et de leur langue en voie d’extinction, où en est-on, Géo, dans le canton de Vaud ? Plus que les vieux ou les entre-deux-âges à parler avec les expressions locales ? Tout s’est francophonisé, médias aidant ? Vos parents devaient comprendre sinon parler le patois de la région, mais vous-même ? N’êtes-vous pas aussi une espèce d’Indien en survivance ?

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