Promenade à Saint-Georges

Imprimer

Visiter un cimetière procure un moment de sérénité, particulièrement dans le magnifique parc que représente le cimetière de Saint-Georges. Un sentiment qui nous est nécessaire dans cette période d’incertitude que nous subissons, provoquée par la pandémie. On peut y prendre l’air, ce dont nous avons particulièrement besoin maintenant.

(Attention, des travaux obstruent actuellement le passage par le Bois de la Bâtie.)

La pandémie va laisser une marque : un cèdre pleureur a été choisi comme "arbre du souvenir - Covid 19".

Champ de repos, dit-on parfois. Repos pour les défunts comme pour les vivants. Ce n’était pas toujours le cas. Autrefois, les tombes étaient placées dans les églises, serrées contre ou autour de leurs murs pour rappeler le souvenir des morts.

Au début du 19e siècle, une autre attitude s’est imposée, sous l’influence de nécropoles en Allemagne et en Angleterre. On pouvait s’y promener, sans autre but que de se détendre.

Le cimetière de Saint-Georges s’est construit sur un terrain offert par la commune de Lancy pour accueillir toutes les personnes ressortissantes de la commune de Genève, qui y sont nées ou décédées. Il a été aménagé entre 1880 et 1883. L’entrée solennelle avec ses pavillons néo-gothiques, due à l’architecte John Camoletti, est typique de cette époque. A droite et à gauche, se dressent deux nymphes consolatrices, une blanche, tenant une branche de laurier, et une noire, en attitude de pleureuse. La chapelle de l’Ange de la Consolation, au bout de l’allée principale, a été édifiée en 1902 par Gustave Brocher.

st G entrée.JPG

Au début du 20e siècle, un mouvement s’est amorcé contre l’enlaidissement des cimetières. En 1902, la Commission d’art public a dénoncé « le mauvais goût qui préside aux décorations tombales », inondées de pacotilles. Les toitures de fer-blanc qui surplombaient les monuments funéraires ont été interdites. Et le botaniste Henry Correvon en soutenant cette tendance déclarait que « la nature transforme les corps des défunts en verdure ».

Par beau temps, quel plaisir de se promener sous les conifères, entre les platebandes et les tombes pieusement fleuries, dans les allées ou dans les prés qui ne sont pas encore tous hérissés de tombes.

st G arbre.JPG

Le chant des oiseaux est parfois ponctué de pétarades incongrues, les tirs du Stand de tir de Saint-Georges. Curieusement, cette institution a été créée à proximité quelques années après l’ouverture du cimetière. Les défunts n’en seraient pas importunés, certes. Mais les visiteurs ? Ces détonations rappellent  la mort déjà omniprésente.

Chapelles, chambres mortuaires, crématoire, columbarium, jardin du souvenir : ils sont là, les accompagnements mortuaires nécessaires pour les ensevelissements. Les premières incinérations ont été eu lieu en 1902. Il faut attendre 2007 pour instituer des carrés israélite et musulman.

Jardin du souvenir.JPG

Jardin du souvenir

Puisque tous les notables ont le droit d’être honorés au cimetière des Rois, on n’en trouve guère à Saint-Georges. Quelques exceptions dont Carl Vogt,  Hodler et Hans Wilsdorf (1881-1960), inventeur de la montre Rolex et grand bienfaiteur de Genève.

st G Vogt.JPG

 

 

Le savant Carl Vogt (1817-1895) se trouve dès l’entrée, à droite. Vu la polémique suscitée récemment autour de ses théories raciales politiquement incorrectes, il est peut-être préférable qu’on le laisse tranquillement reposer à Saint-Georges. Le médaillon, dû au sculpteur Hugues Bovy, grand spécialiste des portraits de personnalités genevoises, est gravé sur un bloc erratique du Mont Gosse qui servait de démonstration au naturaliste.

 

 

 

 

 

 

 

 

Hodler.JPG

 

Le mausolée du peintre Ferdinand Hodler (1853-1918) a été posé près de l’entrée latérale, du côté du parking et des chambres mortuaires. Le peintre Albert Schmidt a peint une copie du Chant lointain (1906) de Hodler. Comme elle avait été endommagée par l’humidité, elle a été transférée au Musée de Genève et remplacée par une nouvelle copie.

 

Son fils Hector Hodler (1887-1920), un grand pacifiste et passionné  de l’espéranto, repose à son côté. De santé fragile, il mourut deux ans après son père.

Pedro Meylan lui consacre une sculpture, Adam et Eve, avec une épitaphe en espéranto.

 

 

Souvenirs

Un monument de Maurice Braillard rappelle la mémoire d'Henri Fürst (1894-1932), président du parti communiste genevois, une des treize victimes de la tragédie du 9 novembre 1932, lorsque la troupe tira sur une manifestation socialiste et communiste.

Un souvenir laisse perplexe : le cénotaphe élevé par la colonie allemande de Genève en hommage à ceux qui sont tombés en 1914-1918 et en 1939-1945.

Mémorial militaire suisse celui-ci : lieutenant aviateur Louis Pagan, né le 3 janvier 1892, tombé en service commandé le 8 mars 1918 à Thoune. Une citation de Victor Hugo est gravée au pied de la pierre tombale : « Ceux qui pieusement sont morts pour la patrie ont droit qu’à leur cercueil la foule vienne et prie. »

st G aviateur.JPG

 

P.S. Étant éloignée des écrans d'internet pendant quelques jours, je ferme le guichet des commentaires et vous souhaite de bonnes fêtes de Pâques.

Lien permanent Catégories : Genève, Histoire 0 commentaire

Les commentaires sont fermés.