Les femmes à l'honneur

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A l’occasion du cinquantenaire de l’accession des femmes suisses au droit de vote, Berne  leur a rendu hommage dans ses rues et ses musées. D’autres institutions ont suivi l’exemple.

L'initiative la plus originale se trouve dans trois lieux spectaculaires de la Vieille Ville, la Münsterplatz, la Herrengasse et la Münstergasse. Des portraits de 52 personnalités féminines, deux par canton, sont collés sur les façades. Pour Genève ont été choisies la voyageuse et écrivaine Ella Maillart (1903-1997) et la chirurgienne et gynécologue Gabrielle Perret-Gentil (1919-1990).

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Ces effigies, accompagnées d'explications sur QR, sont visibles jusqu'au 30 juin.

Des femmes au Palais fédéral

Le Musée historique de Berne (Helvetiaplatz 5) a marqué l’événement par des photos et des vidéos d’époque et d’aujourd’hui dans « Des femmes au Parlement fédéral ! 50 ans de suffrage féminin » (jusqu’au 14 novembre). Remarquez le point d’exclamation dans le titre, qui parle à lui tout seul. L’une des photos extraites des archives souligne ce point. Elle a été prise durant une manifestation organisée à Berne en 1928.

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Photo  de la collection Fondation Gosteli

Dès l’entrée de l’exposition, on est accueilli dans la salle du Conseil national en trompe-l’œil. Des vidéos rappellent certains moments épiques. Il est triste de constater que le mandat de la première conseillère fédérale Elisabeth Kopp, élue en 1984, s’est terminé par un des plus gros scandales de la scène politique helvétique. Accusée d’avoir trahi le secret de fonction en avertissant son mari d’une enquête litigieuse, elle avait été forcée de démissionner en janvier 1989. L’affaire avait pris des proportions nationales, sinon internationales.

Un autre épisode dramatique est évoqué par l’image. En 1993, la malchanceuse candidate socialiste Christiane Brunner reconnaît son échec devant l’assemblée et recommande Ruth Dreifuss pour la remplacer. Dans des vidéos récentes, elles se remémorent, tristement pour l’une et placidement pour l’autre, ces moments historiques.

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Photo Christine Moor

 

Une aristocrate rebelle, Annemarie Schwarzenbach

Sous le titre Départ sans destination, le Centre Paul Klee a prêté ses cimaises à l’évocation d’une artiste emblématique des années trente, la photographe, journaliste, romancière et grande voyageuse, l’androgyne Annemarie Schwarzenbach. 

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Portrait d'Annemarie Schwarzenbach, 1939 (auteur inconnu, ¢ Esther Gambaro) 

Née en 1908 dans une famille de riches industriels zurichois, belle, intelligente, ayant fait d’excellentes études, elle a mené une existence rebelle et paradoxale. Issue d’une famille d’extrême droite – son grand-père était Ulrich Wille, général suisse pendant la première guerre mondiale, qui s’était incliné du côté de l’Allemagne où il avait passé sa jeunesse, et sa grand-mère était née Bismarck – elle se rapproche de milieux littéraires et antinazis.

Personnalité énigmatique qui se pose des questions auxquelles elle ne sait répondre : « Qu’est-ce qui me pousse à repartir sans cesse ? », écrit-elle à une amie.

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Nécropole de Nargavs en Ossétie du nord,1933-34 (Bibliothèque nationale suisse, Berne)

Dans ses nombreux voyages en Europe, Asie, Afrique et Amérique, elle s’accompagne de femmes photographes comme elle. Elle aime Erika Mann (la fille de Thomas Mann) d’un amour sans retour. Elle épouse un diplomate français Claude Clarac, en poste à Téhéran, qu’elle quitte assez vite.  

Ses relations avec sa mère, Renée Schwarzenach-Wille, une forte femme, ont toujours été tumultueuses, faites d‘amour et de haine.

Problèmes d’identité sexuelle, tentatives de suicide, dépendance aux drogues, séjours dans des cliniques, sa vie traverse des hauts et des bas.

Ella Maillart tentera de l’aider à sortir de ses tourments au cours d’un voyage vers l’Inde, mais elle échoue lorsqu’Annemarie retombe dans son addiction ; les deux femmes se séparent à Kaboul. Ella continuera seule jusqu’en Inde où elle restera durant la 2e guerre mondiale.

Rentrée en Suisse, Annemarie se retire à Sils où elle meurt en 1942 à la suite d’une chute à bicyclette, « dans des conditions qui n’ont jamais été totalement éclaircies », selon le guide de l’exposition. S’est-elle volontairement donné la mort ? Sa famille a-t-elle joué un rôle ? Elle n’a que trente-quatre ans, mais une existence vécue à fond.

Au-delà de son évolution personnelle, l’intérêt principal de l’exposition est sa vision du monde, telle qu’on la découvre dans des centaines de photographies. Fascinée par des paysages, mais aussi par la vie dans des provinces lointaines, elle s’approche des gens et dévoile leurs conditions sociales par ses photos et ses articles.

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A Cincinnati, 1936 (Bibliothèque nationale, Berne)

Un excellent documentaire de 55 minutes, réalisé par Carole Bonstein en 2000, éclaire bien des aspects de cette vie passionnante.

Centre Paul Klee, Berne, jusqu’au 9 mai 2021.

Avant de quitter Berne, je n'ai pu m'empêcher de rendre visite aux ours. L'un d'eux nous a offert un numéro de cirque : il a bondi sur un arbre !

Emma Kunz et Sophie Taeuber-Arp

Des femmes sont à l’honneur dans deux institutions suisses : Emma Kunz à Aarau et Sophie Taeuber-Arp à Bâle.

Je signale ces expositions sans les avoir vues, elles paraissent prometteuses.

L’Argovienne Emma Kunz (1892-1963) était à la fois une guérisseuse, une visionnaire et une plasticienne. Elle affirmait elle-même que son œuvre graphique était destinée au 21e siècle. (Musée d’Aarau, jusqu’au 24 mai.)

Sophie Taeuber-Arp (1889-1943) est mieux connue, par la variété de ses productions et, faut-il le préciser, par le couple qu’elle formait avec le sculpteur Hans Arp.

« Elle est une pionnière de l’abstraction. Dans son œuvre interdisciplinaire, elle gomme les frontières traditionnelles entre l’art et la vie avec une aisance apparente. Le goût pour l’expérimentation des cercles de l’avant-garde zurichoise et parisienne dont elle fait partie ainsi que sa formation et son activité d’enseignante dans le domaine de l’artisanat d’art se mêlent en une abstraction vécue et appliquée au quotidien à travers laquelle elle façonne presque tous les domaines de l’existence. Lors de sa mort accidentelle tragique en 1943, son œuvre comporte non seulement des textiles, coussins et nappes, des travaux de perles, un théâtre de marionnettes et des costumes, mais aussi des peintures murales, du mobilier, de l’architecture, du graphisme, des peintures, des dessins, des sculptures et des reliefs. » (Texte tiré de la présentation du Kunstmuseum.)

(Kunstmuseum de Bâle, jusqu’au 20 juin.)

 

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Commentaires

  • Je ne vois hélas aucune différence entre l'attitude des hommes et des femmes en politique, c'est l'argent le nerf de cette guerre qui fini de ruiner les peuples du monde entier, et les femmes ne font rien contre cet effondrement!

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