Feu vert

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Vert est synonyme de printemps. En latin, d’ailleurs, ver signifie printemps. En quelques jours, on s’aperçoit que les arbres se sont couverts de feuilles, que les oiseaux chantent sous les frondaisons et que les jardins, parcs, pelouses, prés, prairies, pâturages, vergers, gazons et vertugadins tapissés de primevères s’offrent à nos flâneries.

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Il y a, bien sûr, des activistes et des politiciens qui ont accaparé ce mot pour leurs principes et leur but. Je ne leur en veux pas. Peut-être que ces personnes permettront à la verdure  de résister aux assauts du béton. Greenpeace nous en propose l’espoir. Et Genève entreprend une campagne de verdissement qui devrait améliorer l’environnement.

En Angleterre, le climat favorise les espaces verts. On les honore en tenue de soirée.

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Parc de l'opéra de Glyndebourne

Depuis longtemps, le vert est symbole d’espérance. Le peintre Jan van Eyck a revêtu de vert l’épouse enceinte du portrait des Arnolfini, ainsi que l’explique Michel Pastoureau dans son livre consacré à Vert, histoire d’une couleur (Seuil, 2013).

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Le mariage Arnolfini, Jan van Eyck, 1434 (National Gallery, Londres)

Couleur emblématique de l’islam, nombre de pays musulmans l’ont incluse dans leur drapeau.

Le vert est aussi signe d'ouverture, de permission : le feu vert nous laisse passer.

Alors que de magnifiques tableaux, principalement chez les impressionnistes, se couvrent de vert, un groupe d’artistes l’a renié. Ceux de l’abstraction géométrique, par opposition sans doute, ont mis en valeur les couleurs primaires. Kandinsky déclarait même que « le vert est semblable à une grosse vache ». On a envie de lui répondre vertement. Serait-il daltonien ?

Mais les poètes savent trouver des qualités au vert  : « De toutes les couleurs, il se pourrait que le vert fût la plus mystérieuse en même temps que la plus apaisante », écrivait Philippe Jaccottet dans son Cahier de verdure.

Pour Gérard de Nerval, l’impression est différente : « Je m’étends dans la grande herbe / Perdu dans ce vert linceul. »

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Forcément, le vert est lié à l’herbe, ainsi que le note Alain Corbin dans La Fraîcheur de l’herbe (Fayard, 2018) : « Le pré est vert et reposant, réjouissant parce que vert. Sa couleur provient de la fraîcheur fragile de l’herbe. Son vert à dominante aigre, est fait de plusieurs couches de couleur verte. »

Il est vrai que le vert est variable. Le vert-de-gris et le gris-vert ne ressemblent pas au vert épinard. Georges Perec s’en moque. Dans Je me souviens, il demandait : « Quelle est la couleur des petits pois ?/ Verts, / Non, les petits pois sont rouges. » Il nous en envoyait des vertes et des pas mûres.

Perec est mort trop jeune pour viser l’habit vert de l’Académie française ; ce sont souvent des vieillards encore verts qui l’endossent.

Il n’est pas nécessaire de maîtriser la langue verte pour devenir un vert galant. Mais il est préférable d’être sportif pour courir sur l’herbe de Wimbledon, pour manier la crosse du hockey sur gazon, le club sur un terrain de golf ou les boules du boulingrin.  Et sans doute aussi pour la queue du billard.

Le tapis vert été choisi pour calmer l’ardeur des joueurs de cartes et d’argent, afin qu’ils ne deviennent pas verts de rage.

A Genève, nous avons une eau verte, celle de l’Arve, qui vient s'unir au Rhône bleu à la Jonction.

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Lien permanent Catégories : Air du temps, Genève 1 commentaire

Commentaires

  • Dieu et sa grande Clémence, son épouse légitime, habitent un paradis tout vert, vous l’avez oublié dans votre liste. Les deux derniers quintils de « Moesta et errabunda » nous le rappellent sans péjorer votre chouette billet. Epatant billet, aurait plutôt dit d’Ormesson, qui avait la maîtrise des nuances.

    (…)
    Mais le vert paradis des amours enfantines,
    Les courses, les chansons, les baisers, les bouquets,
    Les violons vibrant derrière les collines,
    Avec les brocs de vin, le soir, dans les bosquets,
    - Mais le vert paradis des amours enfantines,

    L'innocent paradis, plein de plaisirs furtifs,
    Est-il déjà plus loin que l'Inde et que la Chine ?
    Peut-on le rappeler avec des cris plaintifs,
    Et l'animer encore d'une voix argentine,
    L'innocent paradis plein de plaisirs furtifs ?

    Les Fleurs du mal (1857)

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