Tournée musicale

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Les quelque deux cents propositions pour la Fête de la musique le week-end dernier ont séduit la population genevoise,  en dépit des restrictions sanitaires et des orages. J’en ai profité.

Samedi après-midi, au temple de Saint-Gervais, le Duo Hermès composé de Yasemin Yilmaz, avec une harpe étonnamment sonore, et de la flûtiste Tanjia Muller nous emmenait du baroque au contemporain, terminant par un hommage au compositeur vaudois Julien-François Zbinden, décédé en mars dernier.

En sortant, pour me rendre à mon prochain rendez-vous au parc des Cropettes, je suis attirée par une manifestation tranquille et studieuse sur la place Simon Goulart en faveur des droits humains.

Les disparus de la Méditerranée

Elle est organisée par AGORA (Aumônerie genevoise œcuménique auprès des requérants d’asile), SOS Méditerranée et Seebrücke.  Des inscriptions à la craie sur la chaussée rappellent  la disparition de milliers de personnes en Méditerranée à la recherche d’un refuge en Europe. Des noms et des dates sont énumérés par haut-parleur et inscrits sur des bouts de papier qui sont ensuite accrochés à une sorte d’arbre du souvenir.

Petit échange avec un organisateur et nous convenons des difficultés insolubles de ce problème qui devrait être traité principalement à la base, c’est-à-dire dans les pays de départ.

En route pour les Cropettes, je suis happée par une odeur intrigante, un plat qu’une famille déguste assise à la terrasse d’un restaurant érythréen. Voilà des Africains qui ont réussi le voyage.

Dans le parc des Cropettes, des palissades entourent la scène où se déchaîne PH4, un orchestre de jazz, et les chaises régulièrement séparées les unes des autres. Mais cela n’empêche pas de nombreux auditeurs, assis ou couchés sur l’herbe, à l’abri des grands arbres, de goûter eux aussi au concert.

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Ni de s’asseoir sur des bancs pour savourer la nourriture indienne d’un stand dressé pour l’occasion. C’est la fête !

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Dimanche matin, c’est encore calme aux Bastions, mais en passant par là, j’entends des sons inattendus. Des enfants frappent sur des instruments bizarres.

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La musicienne de la Bulle d’or en explique l’origine : ils ont été créés par les frères Baschet dans les années 1950. On en connaît surtout le Cristal Baschet, parfois utilisé dans les concerts de musique  contemporaine.  

Dans l’après-midi, je me mets en route pour la Promenade du Pin où l’on introduit un jeune public aux accents de l’opéra,  Bambin’opéra.

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La soprano Marion Fontana et la  pianiste  Floriane Steinegger n’ont besoin que de quelques accessoires pour passer de Monteverdi à Offenbach et de faire participer les enfants aux duos de la Flûte enchantée de Mozart.

Pendant le spectacle, le ciel s’assombrit. Les derniers applaudissements ont à peine retenti que les gouttes commencent à tomber. De plus en plus rapidement et lourdement. Heureusement que quelques bistrots sont ouverts pour s’abriter un verre à la main.

L’averse me fait changer de programme. Au lieu d’un concert en plein air, je me rends à la Salle des Abeilles au palais de l’Athénée pour le duo Insieme, une pianiste et une violoniste qui ravissent le public avec une sonate de Prokofieff et des danses roumaines de Bartok.

Heureusement que des musiciennes se produisent sur l’estrade, car sur les murs, ornés de portraits et de bustes nombreux, une seule femme a été invitée à se joindre à ce panthéon de la Société des arts, Hélène Rath, peinte par Saint-Ours.

Mécénat

Hélène Rath et sa sœur ont concrétisé la donation de leur frère Simon, qui finança la construction du musée Rath, premier musée des beaux-arts de Suisse. Ces mécènes à qui Genève doit tant et qu’elle rejette dorénavant – preuve étant le refus de l’offre Gandur pour le Musée d’art et d’histoire et le refus de la Cité de la musique également financé par des donateurs privés.

Que serait la Ville de Genève sans les mécènes, souvent étrangers ? Le Victoria Hall (don Barton), le Grand Théâtre (legs Brunswick) avec les portails des Bastions, le Conservatoire (don Bartholoni), le palais Eynard et le Palais de l’Athénée (Eynard) nous ont été offerts. Et plus proches dans le temps, les interventions de la Fondation Wilsdorf, le fondateur de Rolex, qui nous comble de cadeaux.

J’en oublie certainement, mais je m’éloigne de ma tournée musicale qui me fait traverser le parc des Bastions. Les averses ont chassé les musiciens de plein air. Il ne subsiste qu’une tente où dansent et chantent des artistes exotiques. Quelques stands d’alimentations diverses, aux odeurs appétissantes, attirent encore les derniers visiteurs d’une Fête qui s’achève en eau de boudin mais qui a apporté du plaisir à ceux qui aiment la musique.

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