Les flèches de la Hanse

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Depuis le Moyen Age jusqu’au 18e siècle, de Bruges à Bergen et de Londres à Novgorod ou la Sicile, en passant par le nord de l’Allemagne, la Hanse a organisé la navigation commerciale en Europe. Il en reste des traces et je suis allée les chercher à Hambourg et surtout à Lübeck.

Les flèches d’églises et d’hôtels de ville, toujours plus hautes, symbolisent cette domination.

            Hambourg              

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            Lübeck

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On trouve encore les traces de la Hanse sur les plaques de voiture : HH pour Hansa Hambourg et HL pour Hansa Lübeck ainsi que dans le nom de la compagnie aérienne Lufthansa. D’ailleurs une initiative venue des Pays-Bas en 1980 a créé une Nouvelle Hanse, communauté économique et culturelle dont le siège est à Lübeck.

Les bâtiments religieux et commerciaux illustrent Hambourg; des nombreuses églises construites au Moyen Age, il en reste beaucoup. Après les bombardements de la Deuxième Guerre, la plupart ont été reconstruites. Seule, à Hambourg, Saint Nicolas est restée dans son état délabré pour devenir un mémorial.

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Les immenses entrepôts de brique rouge de la fin du 19e siècle rappellent l’expansion de l’empire allemand.

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C’est au-dessus d’un ancien entrepôt de thé et de tabac que les architectes suisses Herzog et de Meuron ont élaboré l’Elbphilharmonie, sorte de conjonction entre deux siècles. Pour le visiteur de juillet, lorsqu’on n’y propose aucun concert, il reste la possibilité d’accéder par un gigantesque escalator intérieur à la plateforme d’observation qui offre une vue imprenable sur toute la ville et ses canaux.

Mais cela est assez connu et ne nous attardons pas à Hambourg. Filons sur Lübeck, la fascinante « reine de la Hanse », à trois quarts d’heure de train. Tête de la Ligue, c’est elle qui convoquait les diètes, assemblées délibératives pour élaborer certaines règles du droit maritime.

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Lübeck nous accueille à la Holstentor, une porte d’entrée monumentale datant du 15e siècle.

Les façades baroques avec leurs pignons en gradins humanisent la ville.

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L’une d’elles est devenue un musée (fermé à cause du coronavirus) : la Buddenbrookhaus, maison de famille de Thomas Mann (1875-1955) qui n’y vécut guère puisqu’elle fut vendue vers 1890. Mais le Prix Nobel lui valut la notoriété dans sa ville natale et le musée porte le nom d’un de ses meilleurs romans. Les bombes n’ont pas épargné l’édifice, seule la façade tint bon.

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Elle fait face à l’église gothique Sainte Marie à deux clochers, l’une des plus grandes d’Allemagne, où se déroulaient les messes précédant les diètes.

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Elle contient des témoignages de diverses époques. A commencer par le superbe Triptyque d’Anvers, décoré sur toutes ses faces par des peintures et des sculptures relatant la vie de Marie. Il avait été acheté en Flandre par un marchand de Lübeck en 1522, ce qui prouve les contacts des négociants de la ligue hanséatique.

Une horloge astronomique gigantesque nous lance dans les énigmes du calendrier.

Les épitaphes en marbre rappellent le souvenir des personnalités de la ville où l’image de la mort n’est pas oubliée.

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La mort rôde aussi près des 14 croix cassées du sculpteur Günther Uecker créées pour l’Expo 2000 de Hanovre.

Mais les images qui frappent le plus sont celles d’Alexander Dettmar, exposées dans toute l’église. Le peintre allemand s’est donné pour devoir de rappeler l’existence des centaines de synagogues incendiées en novembre 1938, pendant ce qu’on a surnommé la Nuit de cristal au son des vitres brisées. (Painting to remember est présenté jusqu’au 15 septembre.)

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Quelle fut la cause de ce déchaînement antisémite ? A propos de ce sinistre mystère on peut trouver quelques hypothèses, sinon des réponses, dans un livre de la Genevoise Corinne Chaponnière, Les Quatre coups de la Nuit de cristal (publié en 2015 chez Albin Michel).

En ouvrant ses églises aux artistes d’aujourd’hui, l’Allemagne expose son passé.

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