Scènes de la vie urbaine

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Dans le tram

Une dame d’âge respectable monte dans le tram. Elle regarde autour d’elle à la recherche d’une place vide. Elle n’en trouve pas. Une jeune femme, le masque sur le nez et le téléphone à l’oreille, se lève et lui désigne son siège. La dame remercie et s’assied.

Au bout d’un moment, elle se tâte le menton et s’aperçoit qu’elle n’a pas de masque. Elle en cherche un dans son sac et se l’applique sur le visage. Elle se tourne alors vers la jeune femme, toujours au téléphone après une longue conversation sur l’organisation de quelque événement, et lui dit : « Vous ne m’aviez pas avertie que je n’avais pas de masque ». « Je n’avais pas remarqué », répond la jeune femme. Lorsque celle-ci quitte le tram, elle salue la vieille dame. Ainsi se créent les civilités en temps de pandémie.

A la banque

Devant un bancomat à l’intérieur d’une banque,  une femme désire de l’argent et insère sa carte là où il faut. Sur les nombreuses propositions, elle choisit le bouton de 400 fr. sans reçu et reçoit deux billets de 200 fr. Visiblement, ces deux coupures ne lui plaisent pas. Elle veut les échanger contre plusieurs autres billets. Elle s’embrouille. Les deux mêmes billets lui reviennent.

Agacée, elle va demander de l’aide au guichet. Après quelques minutes d’attente, elle parvient devant la préposée et lui expose son problème. Celle-ci l’accompagne à la machine. Quand la femme veut remettre la carte dans l’ouverture, elle s’aperçoit qu’elle ne l’a plus. Elle se demande, affolée, si elle l’a oubliée ou si quelqu’un l’a subtilisée.

De retour au guichet, la préposée tapote sur son ordinateur et annonce que, oui, la carte a été avalée, mais qu’elle ne peut pas la récupérer. Il faudra en demander une nouvelle qui n’arrivera que dans quelques jours. Entre-temps les deux billets de 200 fr. seront quand même utiles.

La femme aux pigeons

Au rond-point de Plainpalais, des dizaines de pigeons tournoient au-dessus des passants. Une femme arrive. Aussitôt les volatiles piquent une tête vers un coin de la place où elle vient de jeter des miettes ou des graines, comme un semeur.  Visiblement elle est connue de la gent ailée. Mais elle ne connaît pas le règlement du canton de Genève sur la propreté, la salubrité et la sécurité publiques selon lequel il est interdit de nourrir les pigeons. A cause de la saleté de leurs fientes et des risques de maladies qu’ils font courir à la population. Pour cette dame, l’amour des oiseaux justifie son action.

A un arrêt de bus

Sur un banc à l’arrêt de Rive, deux femmes d’âge moyen bavardent. L’une d’elles, le masque sous le menton, coiffée d’une casquette rouge, vêtue d’une robe à fleurs, porte un sac à dos. L’autre, aux pantalons courts, est sans masque. Visiblement elles attendent le bus qui les mènera à Genève-Plage.

Assise à côté d’elles, je tends l’oreille. A l’accent je devine qu’elles viennent de Suisse allemande. Le seul mot que je saisis dans leur conversation est gemütlich. J’espère que cet adjectif signifie leur appréciation de Genève, mais mon manque de vocabulaire schwytzerdütsch ne me permet pas de leur poser la question.

Quoi qu’il en soit, cela fait plaisir d’entendre, pour une fois, au lieu de la langue de Times Square, le dialecte alémanique. Ce dialecte, que Metin Arditi dans son Dictionnaire amoureux de la Suisse (Ed. Plon, 2017) qualifie de « trésor ».

                                                                                                         

Il n’y a que des bonnes femmes dans mes histoires, il est temps que j’observe la gent masculine.

Sur un monument

Dans le jardin du consulat de France, rue Sénebier, cachés derrière un immense panneau installé par l’Association pour l’amitié et la mémoire franco-suisses, deux hommes grattent, martèlent, s’affairent sur le Monument aux Français de Genève et aux Volontaires suisses morts pour la France en 1914-1918 et 1930-1945.

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Une rénovation s’impose sur ce mémorial inauguré en 1924  et créé par le sculpteur lyonnais Jean Larrivé, auteur d’un cénotaphe à Lyon, et l’architecte suisse Julien Flegenheimer, l’un des concepteurs du Palais des Nations, à qui l’on doit aussi la reconstruction de la gare Cornavin.

Le travail de réparation est considérable. Il inclura des noms supplémentaires, notamment celui de la résistante française Noëlla Rouget, morte centenaire l’an dernier. 

Le panneau nous assure que tout sera terminé en septembre 2021. Je pose la question à l’un des marbriers. Il hésite et en riant, il me donne rendez-vous fin septembre. Sa voix comporte un point d’interrogation.

Dans le parc

Se promener dans le parc La Grange un matin d’été est un enchantement. Grâce  aux nombreuses pluies, tout n’est que verdure. Les enfants courent dans les prés, batifolent dans le bassin, jouent sur les balançoires, glissoires et autres engins qui leur sont destinés. Les chiens, et leurs propriétaires, se réunissent près de la mare.

En se dirigeant vers le parc des Eaux-Vives, on côtoie les installations de barbecue qui seront prises d’assaut plus tard dans la journée ainsi que la Scène Ella Fitzgerald où des concerts sont organisés le jeudi et le vendredi.

Au moment où l’on va entrer dans le parc voisin des Eaux-Vives, de l’eau ruisselle sur le chemin. Des hommes discutent à proximité, visiblement responsables de cette petite inondation. Comme je m’en étonne auprès de l’un d’eux, il me répond avec un sourire : « C’est plus bucolique ! » Comment lui en vouloir ?   

Lien permanent Catégories : Air du temps, Genève 4 commentaires

Commentaires

  • *Ainsi se créent les civilités en temps de pandémie."
    Ce sont aussi ce genre de "petites" nouvelles qui peuvent nous consoler du nombre incroyables d'idioties et d'horreurs dont le quotidien nous abreuve. Merci.

  • Mère-Grand a raison, votre manière par petites touches finit par composer un tableau de la civilité urbaine, à la façon d’un paysage de Seurat ou d’un portrait de Delaunay période néo-impressionniste.

    On l’avait un peu oubliée, cette civilité et cela nous change agréablement des collapsologues ou assimilés qui hantent ces colonnes, tous les théoriciens prêcheurs de l’Apocalypse qui ne cessent de panser leurs chevaux.
    Votre billet a la fraîcheur des roses de La Grange.

  • Joli billet, Madame. Cela dit, je trouve que G. confond un peu tout. Personne ne prêche l'Apocalypse, il y a juste que l'Humanité aborde quelques difficultés...
    Et votre approche à vous vaut bien celles des mémés anti-CF qui veulent sauver le climat parce qu'elles ont trop chaud et que le Conseil Fédéral doit y remédier à tout prix...

  • Il est "extraordinaire" de remarquer que la carte de cette dame est là à quelques mètres du préposé, mais que celui-ci ne peut pas y accéder! Le monde est devenu fou! Au passage cette dame va devoir payer 35.-/40.-! Au Val de Travers il y a 3 ans la même mésaventure m'est arrivée à la poste, mais là la charmante dame du guichet est allée me la chercher, et je l'ai ...............remercié! Pour ce qui est des transports en communs, 96% des gens sont avachis sur leurs iphones, et ne regardent absolument pas ce qui se passe, les personnes âgées peuvent bien rester debout, les civilités avec les réseaux sociaux, c'est devenu très aléatoire!

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