Les Pays-Bas à Morges

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Quel plaisir que de rencontrer un écrivain dont on a aimé les œuvres, et c’est ce plaisir que nous ont proposé les Livres sur les quais à Morges, dont c’était la douzième édition. J’y ai passé la dernière journée, dimanche 5 septembre, en me concentrant sur les hôtes d’honneur de l’année : une flottille néerlandaise.

Avant toute chose, je dois avouer que ce choix me tenait à cœur parce que les Pays-Bas font partie de mes origines et que j’ai lu certains de leurs livres dans la langue originale.

Il y avait là des romancières, des romanciers, un sociologue, un créateur de bandes dessinées, des traducteurs et des traductrices. J’ai donc passé outre aux célébrités littéraires francophones, Amélie Nothomb, Christine Angot, Frédéric Beigbeder ou Eric-Emmanuel Schmitt, qui n’étaient d’ailleurs plus là.

Arrivée à la gare de Morges, je ne m’attendais certes pas à être reçue en grande pompe, mais je pensais y trouver quelques renseignements sur le déroulement de la journée et des indications sur les lieux où devaient s’organiser les rencontres.

Rien de tout cela, je me suis donc engagée tout droit en direction du lac. Les premières tentes qui m’accueillent sur les quais font partie d’une section parallèle, consacrée au Slow Food – la langue anglaise y trouve aussi son compte. Pour les Néerlandais, elle est plus facile que le français…

Un peu plus loin, longeant le quai, barrage sanitaire : certificat de vaccination et carte d’identité me procurent le sésame, un bracelet argenté au poignet et tout baigne désormais. Je n’ai qu’à tendre le bras pour entrer dans les divers points de rencontre.

Sous la grande tente, deux rangées de part et d’autre, des piles de livres, et des signataires, qui m’étaient pour la plupart inconnus. Mon objectif : la Coquette, une buvette et une tente tout au bout du quai, après le château, dans un parc magnifique.

C’est là que Nina Weijers, un bébé serré contre son cœur, Arnon Grunberg et Adriaan van Dis présentent leurs derniers romans tandis que Peter van Dongen (connu par son travail sur Blake and Mortimer) les illustre en direct.

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Sous la tente: le guitariste Stephane Blok, Adriaan van Dis et le dessinateur Peter van Dongen

Le texte de Weijers est lu en français par la comédienne Julie Meyer, alors que Grunberg et van Dis lisent eux-mêmes leurs extraits dans la version française. On n’entendra que quelques phrases en néerlandais. Et c’est en français que Grunberg s’est écrié qu’il aime tellement la Suisse qu’il désire y mourir… Le plus tard possible, bien entendu. Avec ses airs de jeune homme, malgré ses 50 ans, il a encore le temps. D’autant plus que le bébé de Nina Weijers est aussi le sien.

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Arnon Grunberg, Nina Weijers avec son bébé de quatre mois, et Adriaan van Dis

Grunberg est très connu aux Pays-Bas, non seulement par ses nombreux romans, mais par ses collaborations dans la presse, au cinéma et au théâtre. Il est traduit dans de nombreuses langues et a reçu plusieurs prix littéraires. Par une surprenante coïncidence, une de mes nièces hollandaises m’avait apporté il y a un mois un des romans de Grunberg, Huid en haar paru en 2010. Le titre français, Tout cru (éd. Actes Sud), en reflète bien le contenu. Les scènes sont crues, les personnages souvent antipathiques, mais leurs relations sont subtilement racontées et on reste accroché à leur histoire.

Traduction

La traduction est due à Isabelle Rosselin et Philippe Noble, l’un des meilleurs et plus prolifiques truchements entre le néerlandais et le français. Présent à Morges, celui-ci m’explique qu’un livre si volumineux a mérité deux traducteurs ; comme ils se connaissent bien, la collaboration fonctionne.

Le nouveau roman de Grunberg, Des bons gars (Ed. Chambon, avec les mêmes traducteurs) va sortir incessamment ; d’après l’extrait, il sera aussi captivant que les précédents.

Philippe Noble est la vigie qui repère les phares de la littérature néerlandaise pour Actes Sud, c’est lui qui y a amené Adriaan van Dis, autre écrivain réputé, dont Quand je n’aurai plus d’ombre narre la vie d’une mère aventurière dans les méandres du 20e siècle. Van Dis, grand voyageur, a participé en outre à une rencontre en partenariat avec le Slow Food Market dans laquelle il a fait « voir le monde depuis les cuisines néerlandaises », où l’on sent et l’on goûte l’influence des Indes néerlandaises, aujourd’hui l’Indonésie.

La troisième participante, la journaliste Nina Weijers, a obtenu un grand succès et un prix avec son premier roman, Les Conséquences (Actes Sud, 2017) et publie maintenant chambres antichambres (Ed. Chambon), où une jeune femme se cherche et se perd dans des scènes tragicomiques. 

Anna Enquist

Sur le thème de la vie de famille, Anna Enquist a pris part à une rencontre en anglais avec John Boyne, le truculent écrivain irlandais.

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Anna Enquist est la doyenne de la littérature néerlandaise, encore qu’elle ait commencé à écrire tardivement. Pianiste et psychothérapeute de formation, elle a abandonné la musique pour l’écriture de nombreux poèmes et romans. Pour Le Retour (Actes Sud, 2007), qui décrit la vie de la femme de l’explorateur James Cook, sorte de Pénélope du 18e siècle, Enquist a accumulé des années de recherches qui rendent son récit réaliste et touchant à la fois.

Même si elle ne joue plus dans les salles de concert, la musique reste dans ses pensées et dans ses livres. Après Quatuor (Actes Sud, 2016), elle publie maintenant la suite : Car la nuit s’approche (Actes Sud) revient aux vies souvent tourmentées des membres du quatuor.

Abram de Swaan

Sur le thème des résistantes, le grand sociologue Abram de Swaan a participé samedi à une discussion avec l’ethnologue Ananda Devi et l’écrivaine Perrine le Querrec. Après un récent ouvrage sur les régimes génocidaires, de Swaan vient de publier une étude intitulée Contre les femmes, la montée d’une haine mondiale (Seuil).

L’art

Lorsque l’on évoque la culture des Pays-Bas, on en arrive immanquablement à l’art. Morges ne l’a pas négligé et a invité l’historien de l’art Jan Blanc (doyen de la faculté des lettres de Genève).

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Pour présenter son nouvel opus, L’Art des anciens Pays-Bas (Citadelles et Mazenod), le professeur a brillamment disserté sur l’évolution de la peinture depuis Van Eyck jusqu’au 18e siècle. Cet ouvrage paraîtra en octobre. Il fait suite à Le Siècle d’or hollandais (Citadelles et Mazenod, 2019) et sera certainement aussi magnifiquement illustré, selon les bonnes habitudes de cet éditeur.

La Suisse

Comme je me suis uniquement intéressée au contingent néerlandais, j’ai manqué un entretien qu’on m’a dit très intéressant avec l’ancienne conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey qui s’est prêtée à un débat avec ses auditeurs sur la démocratie et la neutralité, sujet dont elle traite dans son livre Pour une neutralité active (EPFL Press).

La Suisse n’a pas été oubliée sur les bords du Léman, au cours d’un week-end radieux.  

 

 

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