Vanessa Billy sculptrice à Lancy et à Bienne

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Après deux ans de travaux, la Villa Bernasconi à Lancy a rouvert avec une exposition spectaculaire de Vanessa Billy, artiste née à Genève en 1978, partie étudier l’art à Londres et installée à Zurich depuis 2008.

C’est la première fois qu’une exposition personnelle lui est proposée à Genève. D’autres villes l’ont déjà accueillie depuis 2008, Zurich, Edimbourg, Saint-Gall, Paris, Londres, sans parler de ses participations à des expositions de groupe en Suisse et à l’étranger. En même temps que Genève, Pasquart, le Centre d’art de Bienne la reçoit aussi.

Profitant d’une belle journée  d’automne, j’ai choisi de me rendre à  pied  à  la Villa. Passant par le chemin des Vignes et le petit pont couvert, on arrive dans le magnifique parc Bernasconi longeant l’Aire. Des rochers sur la rivière auraient pu inspirer l’artiste. Par un petit sentier, on monte vers la belle villa toute pimpante après sa rénovation.

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Art conceptuel, certes, qui ne plaît pas à  tout le monde. Il exige parfois trop de contorsions de l’esprit. Si on veut aller au fond des symboles, des simagrées et des simulations, on en ressort la tête siphonnée. Mais il n’est pas nécessaire d’aller jusque-là.  

Vanessa Billy suggère, elle n’impose pas. Chacun y trouve son chemin.

Diversité

Elle fait feu de tout bois. Utilisant des objets de récupération tout comme du marbre de Carrare, le métal, le béton, la résine ou le verre. Des vidéos, des héliogravures, des tissus font aussi partie de son travail et créent une diversité remarquable et bienvenue. Elle n’est pas de ces artistes qui trouvent une idée géniale et l’exploitent interminablement.

Le titre, Redevenir, nous ramène-t-il à l’essentiel ? On peut le croire devant les premières œuvres présentées. Dans l’escalier, Same world (2011) est un verre d’eau sur une brique d’argile, l’un étant une composante de l’autre. Et dans la première salle, le moulage d’une femme enceinte, intitulé Centuries (2016, Office fédéral de la culture, Berne), nous ramène au sort des femmes au cours des siècles. La position totalement irréaliste, d’un équilibre quasi magique, s’impose à nos yeux, plus on en regarde les détails.

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Au cours des salles, les allusions aux parties du corps se mêlent à des objets utiles. Ces petits bronzes polis et patinés, Refresh, refresh (2021) sont des moitiés de citrons, colorés en bleu, posés par terre. Pourquoi le citron ? Pour la valeur énergisante de son jus. Si l’on ne connaît pas l’explication de cet objet, on peut en apprécier la pureté.

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Chaque pièce fait surgir des idées, peut-être pas celles de l’artiste. Peu importe. L’œuvre existe et vit par elle-même.

Une vidéo évoque le cheminement d’une image : un croissant évolue peu à peu pour devenir un doigt recourbé. C’est sans doute ainsi que les choses se passent dans le crâne de Vanessa Billy, sensible aux mutations de toutes sortes, à l’écologie, à l’énergie, voire à l’alchimie.

Installation

Au sous-sol, une grande salle a été nouvellement creusée. On y accède en passant entre de puissants murs de pierre et on découvre une installation saisissante. Les Centipedes (2020), sortes de mille-pattes, ont été moulés en silicone et tissu sur une roue de tracteur. Les Ouroboros (2020), des lézards qui se mordent la queue, représentent une allégorie de la rotation du temps, à en croire le texte explicatif très pointu de l’assistante en médiation culturelle de Lancy, Annina Meyer.

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Au fond de la salle une sorte d’échauguette livre un pan du paysage extérieur. De l’autre côté, Algues  (2019) lui répond par trois branches de silicone et latex vertes, autre vision lumineuse (invisible ici).

Centre Pasquart à Bienne

On trouve la seconde partie de l’exposition de Vanessa Billy à Bienne. Quittant le brouillard matinal genevois, je suis arrivée au Centre d’art Pasquart tout ensoleillé, accueillie par l’une de ses œuvres les plus saisissantes, Claws (2021). Peu après, l’artiste arrivait pour participer à une rencontre avec les visiteurs.

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Cette grosse araignée est une sorte de résumé de son travail actuel. Elle transforme des outils et des machines pour leur donner d’autres significations. Mais Claws me rappelle une Araignée bien connue, celle de Louise Bourgeois. Lorsque je demande à Vanessa Billy si elle en a été influencée, elle répond : « Je l’admire, mais elle est trop freudienne pour m‘inspirer ! »

We become, le titre de l’exposition de Bienne, développe l’idée de l’évolution que subit notre civilisation. Les problèmes environnementaux la préoccupent de plus en plus. Ils s’inscrivent à l’arrière-plan de la plupart de ses créations.

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Cette photo de l’installation dans la grande salle du Pasquart donne une idée de sa diversité. Elle propose, tout à gauche, Fishbones, Flax (2021), arrêtes de poisson ou colonne vertébrale où natures humaine et animale se confondent. Elle a été produite en 3D  en plastique biodégradable.

Les deux ballots Bales (2021), recouverts de plumes de poulet, évoquent la surconsommation, explique Vanessa Billy. Pour elle, l’œuvre n’existe que si elle peut s’envisager à plusieurs niveaux.

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Sans avoir l’air d’y toucher, comme en se jouant, l’artiste raconte ses recherches et les diverses phases de son travail, un art qui n’est pas une sinécure.

Figure frêle et presque juvénile, épouse d’un Anglais, mère de deux enfants, la sculptrice Vanessa Billy construit une œuvre solide, surprenante et attachante.

 

Redevenir, Villa Bernasconi, Route du Grand-Lancy 8, jusqu'au 14 novembre 2021.

We become, Centre d'art Pasquart, 71 Faubourg du Lac, Bienne, jusqu'au 21 novembre 2021.

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