Entre énervement et émerveillement

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Fervente de la circulation ferroviaire, j’ai été très déçue lundi dernier par les CFF. Pour rentrer de Bâle – je vous dirai plus loin ce que j’y faisais  – le trajet m'a pris quatre heures et demie.

Je n’ai pas l’habitude de me plaindre dans mes chroniques, mais là, vraiment, j’ai eu le temps de m’énerver.

Alors que j’avais consulté d’avance les horaires, cela ne m'a servi à rien. Manifestement tout était changé. Le passage par Bienne n’étant pas indiqué, je me suis décidée à 18 h. 01 pour Olten. Il faut rappeler que les CFF ne proposent hélas pas de liaison directe Bâle - Genève. On doit changer à Bienne, Berne ou Olten.

Or, ce que je n’avais pas anticipé, c’est que l’arrivée à Olten était prévue à 18 h. 41 et que le train pour Genève partait à 18 h. 40. Et visiblement, il était passé à l’heure précise. Il me fallait donc patienter 59 minutes pour la liaison suivante. Et celle-là, elle était en retard de dix minutes. Pas de chance !

La gare d’Olten n’est pas la plus accueillante, quoiqu’elle possède un quai de plus que celle de Genève. Heureusement, durant cette attente, j’ai trouvé une charmante vendeuse dans la boutique d’alimentation rapide. Elle m’a même offert une énorme tranche de tarte aux pommes qu’elle n’arriverait plus à vendre avant la fermeture. On découvre toujours des gens prêts à aider au bon moment.

Ce n’est pas fini. Le train qui aurait dû aller jusqu’à Genève, se terminait à Morges. Nouvelle attente. Quinze minutes sous un vent frigorifiant – était-ce la bise ? Une salle d’attente dans un espace vitré avec un banc métallique et sans chauffage (comme je l’avais déjà remarqué à Olten : visiblement les CFF font des économies) m’a permis de tenir le coup.

Enfin, le convoi arrive, Il s’arrête dans tous les petits villages de la côte et j’atteins finalement Cornavin à 22 h. 20.

Rentrée à la maison, j’avais peur de ne pas trouver le sommeil ayant lu durant tout le trajet Pas dormir (P.O.L, 2021) où Marie Darrieussecq raconte sa lutte et celle de nombreux écrivains contre les insomnies. Rassurez-vous, je me suis endormie facilement en pensant aux merveilles que j’avais vues à la Fondation Beyeler, but de ma visite à Bâle.

Goya

Il n’est pas nécessaire que je fasse l’apologie d’une exposition exceptionnelle consacrée à Goya. Le Prado de Madrid et des collections privées espagnoles se sont dessaisis de leurs trésors, sans oublier des musées étrangers. La Maja vêtue nous lance son clin d’œil mais La Naja nue est pudiquement restée à Madrid. Les séries de dessins et de gravures montrent le côté obscur de l’artiste tandis que ses portraits savent faire émerger le caractère intime de ses amis ou de ses modèles aristocratiques, rois et duchesses. 

Toute la gamme des créations du peintre espagnol est présentée. On peut ainsi connaître l’étendue de son génie, la variété de son inspiration.

Permettez-moi de vous proposer, parmi les 70 tableaux exposés, l’un de mes préférés.

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Majas al balcon, 1808-1812, collection privée (photo Wikipedia)  

Ces charmantes jeunes femmes attirent toute la lumière tandis que les hommes les surveillent dans l'ombre. Un sujet de société qui dépeint son époque.

Femmes portraitistes

Mais la Fondation Beyeler nous gâte. Sous le titre Close Up, elle a aussi choisi de sélectionner neuf artistes femmes depuis 1870 qui se sont concentrées sur le portrait et l’autoportrait, connues ou moins connues. Une salle pour chacune : Berthe Morisot, Mary Cassatt, Paula Modersohn-Becker, Lotte Laserstein, Frida Kahlo, Alice Neel, Marlene Dumas, Cindy Sherman, Elizabeth Peyton. Et en supplément Marie Bashkirtseff, plus réputée pour son journal intime, mais dont la peinture d’une salle de l’Académie Julian referme en quelque sorte le cercle.

Aucune participante helvétique n’est incluse dans ce groupe. On voit mal d’ailleurs qui aurait pu y figurer. Cependant des Suissesses ont été mises en évidence récemment : Sophie Taeuber-Arp à Bâle, et maintenant Meret Oppenheim à Berne. Mais le portrait n’est pas leur fort. Elles proposent un horizon plus vaste et original.

 

Goya, Fondation Beyeler, Riehen-Bâle, jusqu’au 23 janvier 2020

Close Up, Fondation Beyeler, jusqu’au 2 janvier 2022

Meret Oppenheim, mon exposition,  Kunstmuseum Berne jusqu’au 13 février 2022

Lien permanent Catégories : Art, Humeur 1 commentaire

Commentaires

  • Emerveillement… Ce n’est peut-être pas le terme exact qu’il utilisait, mais l’idée y était, lorsque mon père nous parlait de l’Expo du Prado, tenue au MAH (Musée d’Art et d’Histoire pour les estrangers…) en été 1939. La République espagnole avait déménagé ses œuvres les plus emblématiques au début de la Guerre civile, les confiant à la SDN, craignant les bombardements et leur destruction durant le siège de la capitale. Le vainqueur, tout heureux de marquer un point, autorisa, avant leur retour, l’exposition qui attira 400.000 visiteurs, record encore inégalé. Goya bien sûr, mais aussi El Greco, Zurbarán, Murillo, Vélasquez surtout et tous les autres. Pour l’aquarelliste amateur qu’il était, ce fut un éblouissement.
    Le Prado à Genève dura trois mois, l’expo ferma ses portes le 31 août. Le lendemain, la Wehrmacht entrait en Pologne. Goya avec ses « Horreurs de la Guerre » allait être dépassé.

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